AccueilLa UNELagarde à Tunis : «Ce n’est pas le PAS», c’est son cousin...

Lagarde à Tunis : «Ce n’est pas le PAS», c’est son cousin (Vidéo) !

Christine Lagarde est la directrice générale d’un FMI (Fonds monétaire international), dont beaucoup de Tunisiens ne gardent qu’un très mauvais souvenir, celui essentiellement de la vérité des prix et de la politique d’austérité du PAS (Plan d’ajustement structurel) et surtout des douloureuses journées sanglantes de ladite «Révolution du pain», entre le 27 décembre 1983 et le 6 janvier 1984.

Ce n’est pas la première visite en Tunisie de C. Lagarde. La directrice générale du FMI avait rencontré, en 2014, l’ex chef de gouvernement Mehdi Jomaa à Washington. Avant lui, elle avait rencontré en 2012,   à Tunis, Hammadi Jbali et s’était entretenue avec le gouverneur de la BCT,  M. K. Nabli.

Cette dernière visite est spéciale. Elle intervient dans la foulée d’une mission de consultations en Tunisie et de son rapport, alarmant malgré les quelques caresses dans le sens du poil, politiquement corrects envers un pays dont la révolution a été saluée par tous et dont la transition politique est aussi, au moins verbalement, soutenue par tous. Cette visite de Lagarde intervient, aussi et surtout, dans une conjoncture très difficile pour une Tunisie qui s’endette, non pour investir car le citoyen s’y oppose, mais pour payer les salaires et s’enfoncer dans des guéguerres, politiciennes et fratricides, à ne plus savoir en sortir.

A chacune de ces rencontres, c’était une levée de boucliers des politiciens de tous bords qui «s’indignaient» de la perte de la souveraineté de décision de la Tunisie, la peur au ventre d’être  obligés d’appliquer le «remède de cheval» que pourrait imposer cette institution financière, sans conscience sociale, pour bénéficier de ses crédits. Cette fois, comme les autres, la peur de perdre tous les conforts, installés par la révolution, la faiblesse et la stratégie des «mains tremblantes» du gouvernement Habib Essid, était dans tous les esprits.

[youtube= »https://www.youtube.com/watch?v=1I9Zq49w1pE »]

Questionnée à propos d’une possible ressemblance ou parenté entre le PAS et le plan d’action que discute actuellement le FMI avec la Tunisie pour l’exfiltrer de la crise financière qui n’est plus qu’à deux pas de sa trésorerie, l’habile directrice du FMI se retranche derrière la brièveté de sa carrière au FMI, pour éluder le piège sur la similitude. «Je suis ravie de répondre, mais j’ai peur de manquer de fond, car en 1986 je n’étais pas là», contourne-t-elle la question, aidée par le rire de la salle. Et de se reprendre, elle aussi avec le sourire, que «ce que je sais, c’est qu’on ne parle plus d’ajustement [ndlr : Elle évite même le terme « structurel » et par là tout le PAS] budgétaire. On parle de programmes qui sont fondés sur un partenariat entre le pays et le Fonds Monétaire International». Et la directrice du FMI d’expliquer que «le programme appartient au pays». Comprenez qu’on ne pourra pas en accuser le FMI et salir son image, comme en 1984 ou en 1986. Elle voudrait que l’ensemble des autorités du pays «s’approprient ce programme, ses objectifs et les réformes structurelles», sinon, dit-elle, le programme ne va pas marcher. Avant cela, et sans pour autant avoir détaillé, notamment les réformes qui, on le sent, seront douloureuses pour les classes, pauvre et moyenne, de la société tunisienne, elle aura fini par lâcher l’expression «réformes structurelles» ! On sait ainsi, même sans en connaître encore les détails, à quoi nous en tenir et cela ne sera pas une partie de plaisir. En filigrane, on entendra les mots de «flexibilité et réactivité pour s’ajuster » aux  circonstances. Des mots qui ne plairont certainement pas à l’UGTT et à Hamma Hammami.

La main sur la joue, pendant que Lagarde essayait de naviguer entre les termes à utiliser pour ne pas choquer, le gouverneur de la BCT décide de prendre la parole, comme s’il n’était pas assez satisfait du cadrage fait par la présidente du FMI, «seulement pour ajouter, privilège de l’âge», dit-il en souriant, que   «en 1986, la crise a été déclenchée alors que la Tunisie n’avait plus un centime dans ses caisses. C’était une énorme crise de paiement et le contexte économique, où la croissance était à des niveaux vraiment très bas et des réserves d’importation de quelques jours, n’est pas le même». Et de finir par bien calibrer le cadrage de Christine Lagarde, en insistant que «entre le PAS et le programme actuel, les différences sont énormes».

Certes. Mais la croissance tunisienne pour 2015, dépassera difficilement le 1 % contre un budget dont les ¾ sont dépensés en salaires et non en investissements et les augmentations salariales n’arrêtent pas. Les réserves en devises tunisiennes dépassent actuellement la centaine de jours d’importation. Mais cela est, en grande partie, dû aux effets de l’encaissement de prêts étrangers. On ne connaît pas encore le détail de ce qui est actuellement appelé «un partenariat Tunisie/FMI». Mais s’il ne ressemble pas PAS, il ne devrait pas en être un cousin très éloigné. Force est cependant de conclure ici, que «on n’a que ce qu’on mérite», dans un pays qui ne travaille plus et demande plus de salaires, moins de prix et des compensations à ne plus en finir.

[youtube= »https://www.youtube.com/watch?v=_zgBeRI4eHY »]

Reste à conclure par cette partie de la conférence de presse, ce mercredi 9 septembre 2015 à la BCT, de la directrice générale du FMI, par ce malaise qui était perceptible sur les visages des deux premiers responsables des finances tunisiennes, lorsqu’une journaliste américaine a demandé une évaluation des fonds spoliés, ou présentés comme tels, par les Ben Ali qui ont quitté le pays. Personne n’était capable de le dire, et la question avait tout l’air d’avoir déboussolé les deux argentiers présents alors que tous les partis politiques de la place en parlent au peuple en termes de milliards de dinars et leur promettent  monts et merveilles s’ils arrivaient à en trouver la trace et les rapatrier. FMI ou pas, on n’est pas sorti de l’auberge, pourrait-on enfin conclure !

- Publicité-

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Réseaux Sociaux

108,654FansJ'aime
480,852SuiveursSuivre
5,135SuiveursSuivre
624AbonnésS'abonner
- Publicité -