Dans la famille des Beys husseinites de Tunisie depuis des générations, l’émeraude est une grosse pierre précieuse dont a toujours été sertie la ceinture d’apparat de tous les monarques successifs qui se la passait à chaque accès au trône de Tunis.
Confisquée chez la famille husseinite, dès l’annonce de la première République tunisienne en 1956 par Habib Bourguiba, auteur du premier coup de force de Tunisie, par le tout premier décret de confiscation de l’histoire du pays , cette pierre précieuse avait toujours été placée sous bonne garde dans le coffre-fort de la Trésorerie générale de Tunisie. Un coffre qui contenait aussi un grand nombre d’autres «bijoux de la couronne», puisque cette ceinture comptait aussi 38 autres gros diamants et 36 autres plus petits, sans compter les parures d’or et autres objets très précieux. Le tout a toujours été détaillé dans un récolement officiel, un inventaire dressé par des juges et des experts.
Le 16 octobre 1965, la présidence de la République de l’époque demandait à voir la grosse émeraude verte qui figurait dans la ceinture beylicale. Un PV fut alors établi, attestant la la décharge et la prise en charge de la pierre précieuse. Elle y restera jusqu’au 16 novembre de la même année, jour où elle fut rapportée, à la demande de Sadok Mokadem, alors président du Parlement, et rejoignait donc le coffre de la Trésorerie générale, comme l’atteste le PV de décharge et de prise en charge.
En 1974, la présidence de la République demandait, une seconde fois la même pierre, l’émeraude des Husseinites. Cette seconde fois, comme nous le confirme le ministre des domaines de l’Etat, Hatem El Euchi, la demande fut faite à travers le ministre des Finances de l’époque sans qu’il y ait ni PV de décharge ni PV de prise en charge. C’est à ce moment là certainement qu’aurait été fait, ce qui s’apparente maintenant à un échange.
En effet, le dernier récolement du coffre de la Trésorerie générale, a été effectué en 1990. C’est à cette date qu’un juge du tribunal de première instance, des représentants des ministères des Finances, du ministère des domaines de l’Etat et des experts en pierres précieuses procèderont au récolement du coffre. Le PV qui en avait alors était fait, attestait à cette date déjà, que l’émeraude déposée dans le coffre, était un faux. Personne alors pourtant ne s’en était soucié et n’avait alerté quiconque, ni le juge, ni l’expert, ni les représentants des ministres des Finances et des domaines de l’Etat ! Pourquoi ? Personne ne le sait pour l’instant et la Tunisie avait gardé une fausse pierre dans ces coffres.
Le silence dura jusqu’à ce que, par un pur hasard, le ministère tunisien de la Culture se rende compte qu’un site internet spécialisé dans les ventes aux enchères, proposait à la vente une grosse émeraude verte. Branlebas de combat alors des autorités concernées au coffre-fort de la Trésorerie dont le contenu n’avait jamais été récolé depuis 1990, croyant que la pierre avait été volée. Surprise, l’émeraude était là, mais en présence du PV du récolement de 1990 qui attestait qu’elle était fausse.
Entretemps, l’ambassadeur de Tunis avait pris contact avec les autorités monégasques, puisque l’émeraude devait être vendue à Monaco. L’ambassadeur monégasque à Tunis intervint aussi de son côté et la vente fut arrêtée. Les autorités tunisiennes demandent depuis le retour de la pierre originale, mais les vendeurs demandaient aussi les documents qui attestent la propriété de la Tunisie et les circonstances de son vol.
Pour ce faire, le ministère des domaines de l’Etat a déjà déposé une plainte et une enquête judiciaire est ouverte pour découvrir les péripéties de cet échange d’émeraude, qui l’a fait et comment la pierre précieuse était arrivée à Monaco.
Il reste aussi, en plus des questions qui se posent notamment sur le silence de tous les responsables de l’époque sur le contenu du récolement de 1990, à en faire un autre en espérant qu’il n’y aura pas de nouvelles surprises.








