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Tunis : Le gouvernement Essid se fissure et le remaniement devient une évidence !

Dans un communiqué laconique, sec et lapidaire, digne du meilleur cru de la politique de communication de l’ère Ben Ali, le chef du gouvernement tunisien annonce qu’il a démis de ses fonctions son ministre de la Justice Mohamed Salah Ben Aïssa. Faisant fi de tout devoir de transparence et de l’obligation d’informer le peuple qu’il dirige, l’annonce du chef du gouvernement tunisien Habib Essid n’a été motivée par aucune explication.

Ancien SG du gouvernement dans le Cabinet de Béji Caïed Essebssi (BCE) en 2011, Ben Aïssa n’est pourtant pas l’homme d’un parti. Son choix, en janvier 2015, pour occuper le poste de ministre de la Justice dans le gouvernement Essid, s’il n’est pas le propre fait d’Essid,  l’est certainement celui de BCE, en Jordanie au moment de la démission. Le communiqué, laconique et contraire aux règles d’information dans un gouvernement démocratique, laisse ainsi la porte ouverte à tous les commentaires et toutes les supputations.

Selon le ministre lui-même dans diverses déclarations de presse, sa révocation ferait suite à «de profonds  désaccords avec le gouvernement sur la méthode de travail», surgi au cours des 48 dernières heures, ainsi qu’à son «refus de prendre part à la session plénière consacrée à l’examen du projet de loi du Conseil supérieur de la magistrature et le fait qu’il ne soit pas convaincu de la formule retenue pour ce projet de loi qu’il refuse».

Il faut dire aussi que l’ancien ministre de la Justice n’a pas arrêté, depuis quelques semaines, de faire parler de lui. Il fera en effet son premier «Buzz», en se prononçant contre la criminalisation de l’homosexualité. Il obligera le chef de l’Etat, alors en visite officielle en Egypte, à le réprimander publiquement. Son second «Buzz», l’ancien ministre de la Justice, démis ce mardi 20 octobre 2015 de ses fonctions, y aura droit en déclarant  avoir «fait l’objet de pressions internationales à propos du projet de loi relatif à la traite des humains» et qu’il aurait eu un «vif échange de mot avec l’ambassadeur américain » qui aurait essayé de lui donner des instructions. D’autres sources évoquent aussi une rencontre avec son collègue français qui se serait mal passée.

Entre supputations et déclarations de Mohamed Salah Ben Aïssa lui-même, ce qui restera,  c’est ce malaise persistant qui traverse depuis quelques semaines le premier gouvernement issu des élections de 2014. Un gouvernement d’entente nationale qui commence à ressembler à un gouvernement de la discorde.

Il faudrait rappeler ici que cette démission du ministre de la Justice fait suite au départ volontaire d’un autre ministre. Lazhar Akremi, député du parti au pouvoir, Nida Tounès, était chargé des relations entre l’ARP et le gouvernement avant qu’il n’en démissionne lui-même il y a exactement quinze jours. Akremi aussi, ne semblait pas bien s’entendre avec son chef Habib Essid sur les méthodes de travail. Il s’était alors longuement plaint, sur plus d’un plateau TV, de ne rien faire et d’être presque enfermée  dans une cage dorée.

Bien avant cela, en septembre dernier, certainement conscient du malaise qui traverse son Cabinet, ainsi que du mécontentement populaire quant au rendement de ce gouvernement, le chef du gouvernement avait réuni tout son gouvernement en conclave à Hammamet pour essayer de décrypter ce malaise et redonner un semblant de cohésion à un gouvernement, politiquement  hétéroclite et non solidaire. Le sentiment de malaise se sentait alors à plein nez.

Il faut rappeler que plus d’un membre de ce gouvernement avait entamé la «dissension», dès l’annonce des priorités de chaque ministre pour les 100 premiers du gouvernement.  Des priorités qui donnaient la nette impression d’être la traduction des promesses électorales des partis dont étaient  issus les ministres.

On rappellera aussi, alors que se profile obligatoirement le premier remaniement ministériel pour palier au moins au départ du ministre de la Justice, que les voix s’étaient, depuis des mois, élevées demandant un remaniement. Vite démenties par le chef de l’Etat, lors de son passage sur une chaîne TV privée, elles remontent à la surface avec cette déclaration du porte-parole de l’ULP d’une «suspension du soutien » de son parti «à la coalition gouvernementale». C’est ensuite cette déclaration du SG d’Ennahdha, le parti islamiste que le magazine  Jeune Afrique (JA N° 2858 P 42) décrivait comme étant le «marionnettiste» de la coalition gouvernementale, qui affirme qu’Ennahdha soutient le gouvernement Essid qui ne doit pas être changé. Une déclaration qui ne pouvait pas mieux exprimer l’existence d’un  malaise et le début de la fissure.

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