Le déficit budgétaire de l’Etat tunisien au titre de 2016 est évalué à 6.600 MDT. Et pour résorber l’écart entre les ressources et les dépenses budgétaires, le gouvernement d’Habib Essid continue de tout faire pour trouver un plan de financement capable de renflouer les caisses de l’Etat.
Dans ce cadre, la Tunisie semble avoir choisi la voie des Sukuks islamiques comme l’un des moyens de mobilisation des fonds nécessaires pour le financement des dépenses qui s’amplifient davantage.
Pour ce faire, l’émission de ces sukuks d’une valeur de 1 milliard de dinars, sera réalisée contre le gage/cession du Stade Olympique de Radès. Le ministre des Finances l’a certifié devant l’ARP alors que son collègue des Domaines de l’Etat le démentait. On croit savoir, de notre côté, que le Stade Olympique de Radès reste l’une des probabilités à retenir en tant que gage. Si cela se confirmait, toujours selon nos informations, une société de gestion pourrait dès lors être créée pour gérer l’établissement. Les produits de son exploitation (majorés des intérêts payés par l’Etat ) pourraient servir au paiement du service de cette dette d’un milliard DT.
Sitôt cette information révélée par l’expert économique Moez Joudi sur la chaine privée Nessma, le recours du gouvernement tunisien à ce mécanisme a vite fait de provoquer la polémique et de faire couler beaucoup d’encre. A cette polémique est venue s’ajouter la confusion observée au niveau de la position du ministère des Finances et de celui des Domaines de l’État.
En effet, Slim Chaker, premier responsable des finances a déclaré que le gouvernement recourra au financement étranger en adoptant le mécanisme des sukuks pour absorber l’écart, estimé à 4000 MDT (entre les 6.600MDT en besoins générés par le déficit budgétaire et les 2000 milliards qui seront apportés par le financement local.
La déclaration de Slim Chaker a été vite démentie par son collègue Hatem Euchi, ministre des Domaines de l’Etat. Il n’en a pas moins précisé qu’il s’agit d’une proposition dans le cadre du mécanisme des « sukuks » islamiques introduites dans le projet du budget de l’Etat pour 2016. « Une proposition qui est susceptible d’être retenue comme d’être rejetée par l’ARP, a encore souligné le ministre dans une interview accordée au quotidien « Assahafa ».
Une démarche « incompréhensible » !
Plusieurs experts en économie se sont exprimés pour dire ce qu’ils en pensent .C’est le cas de Mourad Hattab, expert en risques financiers. Dans un entretien avec Africanmanager, il a fait valoir que « le recours du gouvernement tunisien aux sukuks islamiques n’est pas compréhensible sur le plan technique d’autant plus ce genre de pratique pourrait porter atteinte à une partie de notre souveraineté nationale ».
Mourad Hattab a par ailleurs noté qu’« une fois, le gouvernement s’oriente vers les emprunts obligataires à gage, il va certainement se trouver dans la logique où il pourra hypothéquer des biens et même de l’infrastructure du pays » mettant en garde contre les retombées de ce genre d’action.
L’expert en risques financiers a par ailleurs recommandé « de faire appel au marché intérieur d’emprunt sans porter atteinte aux équilibres financiers ». C’est la meilleure solution pour remédier à cette situation, selon ses dires.
De son coté, Walid Ben Salah, expert-comptable, a affirmé que «l’émission de ces sukuks sera réalisée par la cession du Stade olympique de Radès. C’est pour cette raison qu’ une société de gestion sera créée pour gérer ce bien public sachant que les produits de son exploitation vont bénéficier aux souscripteurs des sukuks qui seront a priori des pays du Golfe sans oublier les intérêts qui doivent être payés par la Tunisie».
S’appuyant sur des sources du ministère des finances, il a annoncé que les négociations à propos cette question avancent de manière considérable. Ceci prouve, selon ses dires, que l’Etat n’a plus de marge de manœuvre au moment où il possède plusieurs entreprises confisquées qu’il sera en mesure de redresser et de revendre à des prix élévés.








