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Tunis : Célébration perturbée à Carthage

S’est-on emmêlé les pinceaux pour célébrer un événement unique dans l’histoire de la Tunisie et qui devait rassembler les Tunisiens dans une communion très rare en ces temps-ci ?   La cérémonie organisée ce lundi au palais de Carthage pour célébrer solennellement l’attribution du Prix Nobel de la Paix au Quartet du Dialogue national n’a pas tenu ses promesses. Sans aller jusqu’à dire qu’elle a « foiré », force est d’observer qu’elle a été gâchée quelque part par des aléas qui tiennent beaucoup du rabat-joie. Le secrétaire général de l’UGTT, Houcine Abassi, n’y allant pas du dos de la cuiller, a pris sur lui de dire que « notre joie est gâchée », en désignant explicitement l’autre partenaire social.

A cet « imprévu » pas tout à fait contingent, est venu s’ajouter une incongruité, disons une maladresse imputable exclusivement aux services de la présidence de la République qui ont confié à une chaîne de télévision privée, en l’occurrence Nessma tv, l’exclusivité de la retransmission en direct de la cérémonie, aux dépens de la chaîne publique Wataniya.

C’est dans cette atmosphère que le président de la République, Béji Caïd Essebsi, a inauguré ce qui devrait être une réjouissance, en appelant les Tunisiens à affronter les grands défis auxquels ils font face  avec « la même intelligence, la même sagesse et la même volonté » et surtout à «  s’unir et se concerter calmement concernant les points de divergence et identifier la manière la plus efficace de tirer le meilleur du Prix Nobel de la Paix 2015, aussi bien en Tunisie que lors des fêtes internationales ».

Au demeurant, il a souligné la nécessité d’œuvrer à « ancrer la stabilité et la paix sociale et d’assainir le climat social, politique et psychologique afin que le Tunisien se sente en sécurité et retrouve la pleine confiance dans ses capacités, quelles que soient ses convictions et ses appartenances ».

Carthage se défend sans convaincre !

Bien des observateurs se perdent en conjectures sur le pourquoi de la décision de la présidence de la République de confier l’exclusivité de la couverture de pareille grandiose cérémonie à une chaîne de télévision relativement de fraîche date et , plus est, privée, écartant ainsi celle , publique, qui se prévaut d’une incontestable et riche expérience en matière de couverture de grands événements et surtout d’une maîtrise technique sans tache et régulièrement avérée. Les services du palais de Carthage ont  affirmé qu’il n’était question que de « l’utilisation des moyens logistiques et techniques de la chaîne », ajoutant que « la transmission était ouverte à tous les médias audiovisuels et les services techniques des chaînes TV ont été informés la veille par écrit et que  tous les premiers responsables des médias publics et privés ont été invités à la cérémonie ».

Peine perdue, puisque l’Etablissement de la télévision tunisienne a affirmé et rappelé avec force que « la couverture de pareils évènements est  au cœur de la mission du service public »  et que « la priorité doit être accordée aux médias publics », évoquant un  « fâcheux précédent ».

Le fait est que la Télévision tunisienne, et après concertation avec la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle, a estimé qu’elle ne pouvait pas transmettre en direct la cérémonie et qu’elle couvrira l’événement dans ses journaux TV.

Mais la réaction la plus virulente est venue du Syndicat national des journalistes tunisiens, qui a d’abord boycotté la cérémonie en signe, explique-t-il,  de protestation contre « l’irrespect envers les journalistes qui ont contribué à la réussite du dialogue national dans ses différentes étapes », déplorant  la confiscation » de leur droit d’exercer leur travail et « la flagrante violation » du droit d’accès à l’information ».

Bien plus, le syndicat voit dans cette exclusivité de couverture une «  sanction » infligée à la télévision publique en raison de sa « non adhésion » à la politique du président de la République, citant les informations qui circulent selon lesquelles Caïd Essebsi serait mécontent du rendement de la télévision tunisienne, tout en notant que le propriétaire de la chaîne privée dont il s’agit « entretient des relations politiques et partisanes avec le chef de l’Etat, ce qui constitue une ingérence du politique dans le secteur de l’information et une faveur accordée par le président de la République à une chaîne TV qui l’avait soutenue en période de campagne ».

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