Que faudra-t-il retenir de cette année 2015 qui s’achève sauf qu’elle a été triste à faire pleurer dans les chaumières. Tout s’est conjugué pour en faire un composé d’errements politiques, de fourches caudines sociales, d’une gravissime crise économique, d’un néant culturel et surtout d’une apocalypse terroriste. Pourtant, elle s’était ouverte sur des augures que l’on croyait porteurs de bien-être, de quiétude, de croissance ou à tout le mois d’un léger mieux au sortir d’une parenthèse politique mouvementée ouverte par la Révolution, une révolution mal comprise, mal gérée et à peu près totalement dévoyée.
Les Tunisiens se sont offerts une Constitution, un Parlement, un gouvernement, des institutions dignes d’un Etat démocratique, une plateforme de consensus national, une culture de liberté, bref une architecture censément idoine pour négocier le bon cap. Mais ont-ils su la meubler ? Voilà toute la tare rédhibitoire qu’ils n’ont pas réussi à évacuer pour se retrouver dans une situation pire qu’ils ne pouvaient imaginer.
C’est que le terrorisme est passé par là, frappant aveuglément et odieusement touristes étrangers et citoyens, semant la panique et le chaos et frappant de plein fouet maints secteurs économiques clés du pays, et d’abord le tourisme. A un point tel que toute la hiérarchie des priorités s’est trouvée bouleversée avec un gouvernement qui ne savait pas, qui ne sait plus encore où donner de la tête, soumis qu’il était à de très fortes pressions de toutes sortes, et se sentant pieds et poings liés, en un mot sans la moindre latitude d’agir comme un bon père de famille. L’Etat dont l’autorité était déjà malmenée, était constamment attendu au tournant, chaque fois qu’il s’avisait à remplir les missions qui sont, pourtant, naturellement les siennes. Et le sursaut tarde encore à venir pour obstruer l’horizon et donner de l’espoir à un peuple, certes enfin libre, mais peu à même de s’en servir à bon escient. Voltaire ne disait-il pas que « la liberté consiste à ne dépendre que des lois » !
Les lois, parlons-en ! Les projets y afférents s’entassent sur le bureau du législateur, nommément l’Assemblée des représentants du peuple. Et s’il leur arrivait d’être votés, c’était au terme d’une foule d’avatars inutiles et parfois délibérés. Une survivance de la défunte Constituante où les élus étaient plus occupés à ergoter et s’écharper qu’à faire des lois. L’opposition s’en donnait à cœur joie, trouvant prétexte à tout, et à tout bout de champ, pour contester et rouspéter dans l’hémicycle et plus souvent ailleurs, avec une prédilection marquée pour les plateaux de télévision devenus de véritables foires d’empoigne. Le gouvernement qui donne l’impression de se tuer à la tâche, ne trouve rien à y redire encore moins à faire au risque d’être taxé de « mains tremblantes » en ajoutant une autre ombre au tableau , celle d’être un mauvais communicateur, un handicap qui le dessert énormément auprès de l’opinion publique.
Ainsi paralysé et, plus est, relativement mal outillé pour la conduite de ses missions, le gouvernement, ployant sous le legs hérité de ses prédécesseurs, est naturellement en peine de répondre aux attentes de ses citoyens surtout en matière de sécurité, avec un terrorisme qui, faute d’avoir été jugulé, du moins émoussé dès sa naissance, n’a fait que se durcir, étendre ses tentacules et s‘enraciner dans maintes couches de la population, particulièrement les jeunes et les vulnérables. Un terreau tout indiqué pour un prosélytisme sournois nourri de l’étranger certes, mais aussi de l’indolence des autorités qui se sont relayées depuis la Révolution, avec des mosquées livrées aux extrémistes et à la radicalisation, des frontières passoires où les armes, les terroristes et les contrebandiers passent comme dans du beurre. En face, l’Armée et les forces de sécurité, peu ou mal équipées, trouvent toutes les peines du monde à arrêter ces flux et conjurer le péril. Mais il est tout à leur actif et leur honneur d’avoir évité au pays de multiples catastrophes et d’avoir déjoué des plans terroristes qui auraient pu être autrement désastreux.
Le bilan politique de l’année, c’est aussi, ce prix Nobel de la paix décerné au Quartet, au peuple tunisien, insiste le président de la République, Béji Caïd Essebsi. Une récompense dont on aurait cependant pu et dû tirer moult dividendes eu égard à l’auréole qui s’y attache mais surtout à ses retombées économiques. De tout cela, les Tunisiens n’ont encore rien vu, alors qu’ils étaient en droit d’en attendre le début d’une manne financière plus présente dans les promesses des puissances mondiales que dans leurs portefeuilles, ces Etats riches et démocratiques qui ne tarissent pas d’éloges sur le processus démocratique en Tunisie et sur l’exemple qu’elle renvoie aux autres nations de la région.
Alors que l’année 2015 tire sa révérence, l’unique espoir qui semble habiter les Tunisiens est que la suivante ne lui emboîtera pas le pas avec son cortège de difficultés, parfois de tragédies, souvent de déboires, mais il n’appartient qu’à eux de changer les choses et surtout de changer eux-mêmes, en retroussant les manches, en se donnant les moyens de vivre mieux, comme il incombe à ceux qui les dirigent de savoir où les mener et comment s’y prendre. Méditons pour terminer ce que disait Joseph de Maistre : « La question n’est pas de savoir quel est le meilleur gouvernement, mais quel est le peuple le mieux gouverné » !








