Dans quelques heures, la Tunisie de l’après ben Ali dira adieu à l’année 2016. Peut-être avec regret au regard des mauvaises prévisions, annoncées depuis début décembre par la BCT (Banque Centrale de Tunisie). Une année dont on ne regrettera pas en tout cas les coups de gueule répétés du chef de l’Etat contre la presse, dans un paysage média dominé, du point de vue contenu, par le parti islamiste d’Ennahdha. Une année 2016 aussi dont on ne regrettera pas non plus les gesticulations médiatiques de Rached Ghannouchi pour essayer d’ouvrir grandes les portes du repentir aux terroristes défaits en Syrie par le duo de l’année, Poutine-Assad.
Une année dont on ne regrettera pas la communication des premiers mois de Habib Essid (suivez notre regard), tout en regrettant que son remplaçant applique le dicton disant «on prend les mêmes et on recommence».
L’actuel chef du gouvernement, Youssef Chahed, ne l’a peut-être pas encore compris, mais le dernier taux de 52% d’insatisfaits dégagé en décembre par «Emrhod consulting», après seulement 4 mois de gouvernement, vient de lui démontrer l’effet Com. Dans satisfaction, il y a aussi le mot communication. Et lorsque celle-ci est mal gérée et défaillante, le couperet tombe, mais toujours pas les têtes. Certains de son entourage l’ont compris et auraient déjà quitté le bateau !
⦁ Un chef de gouvernement qui n’a pas su être le lion espéré
L’année 2016 pour les Tunisiens a commencé avec le gouvernement Habib Essid. Un chef de gouvernement qui n’a pas su être le lion que ses ouailles attendaient. Huit mois à diriger un pays avec les «mains tremblantes» qu’il refusera de reconnaitre. Et dans cette période, plus de deux mois d’instabilité, à répéter qu’il ne démissionnera pas, jusqu’à ce que ceux qui l’avaient menacé de le rouler dans la boue finissent par le mettre dehors, une fin tragi-comique.
Huit mois aussi à gérer, de mains tout aussi tremblantes, le dossier des négociations sociales et des relations avec son principal bailleur de fonds, le FMI. Il finira, comme à son habitude, par contenter tout le monde, en donnant à l’UGTT toutes les augmentations qu’elle demandait et en assurant au FMI qu’il n’augmentera pas les salaires. Sa spécialité c’était de ne pas faire de vagues, surtout pas, à tout prix, jusqu’à ce qu’il soit, ironie du sort, emporté par la vague.
Huit mois aussi à voir s’empiler les dossiers brûlants sur le bureau de son chef de cabinet, sans arriver à en traiter un correctement et de bout en bout. Six mois enfin d’un gouvernement, voulu par Nidaa Tounes, le parti de la majorité qui se fissure, part en miettes et qui ne le soutiendra jamais. Au bout, la Tunisie aura peut-être perdu un grand commis de l’Etat, mais pas le grand homme d’Etat qu’elle attendait. En lègue, il transmettra à Chahed un pays politiquement déboussolé et économiquement déstructuré, sinistré, avec des clignotants partout au rouge, ainsi qu’un budget irréalisable et une loi de finances aux allures de passoire.
⦁ عام تعدى في تقعيد العود
Le 27 août 2016, Youssef Chahed prend le témoin dans ce relais à mi-parcours dans un pays où personne n’est content, où tout le monde veut toujours tout et maintenant. Un pays où l’Etat a perdu toute son autorité face à une désobéissance civile qui n’en finissait pas depuis 2011, et il va vite s’en rendre compte. Au lendemain de son ascension au pouvoir, il se retrouve à gérer l’affaire Petrofac à Kerkennah. Comme son prédécesseur qui avait machine arrière devant les contrebandiers du Sud tunisien, mécontents du droit de passage de 30 DT, il cède devant les révoltés de Kerkennah.
Pressé ensuite par le temps, le manque de budget et de loi de finances, il ferme les yeux sur tous les autres sujets et deviendra le Chahed qui ne voit rien. Il ne fera pas attention à la croissance qui ne vient pas et au modèle de croissance qui plonge dans la consommation sans valeur ajoutée et sans production, au travail qui ne reprend pas, à la dette qui devient galopante, à la liquidité qui s’assèche et aux opérateurs économiques qui refusent l’impôt, à la détérioration des finances publiques et aux énormes pressions sur la balance des paiements. Il se taira sur l’énorme retard des réformes administratives dans une conjoncture où les cadres refusent toute initiative car menacés à tout instant de passer en justice.
Il fermera aussi les yeux sur les lenteurs de la justice à boucler les centaines de dossiers de la corruption et la récurrence des grèves et troubles sociaux. Il n’écoutera pas les cris des consommateurs au sujet du pouvoir d’achat qui s’effrite malgré les innombrables augmentations salariales, n’entendra pas les plaintes des opérateurs économiques, empêchés d’investir, diabolisés pour avoir fait des bénéfices et parfois empêchés de voyager, ni les doléances des entreprises publiques qui partent en vrille et s’endettent parfois pour payer les salaires de leurs employés.
Monsieur le chef du gouvernement fait juste le pompier, parfois pyromane et colmate les brèches. Il renvoie ministre, gouverneurs et PDG, sans rien dire des raisons de cette gesticulation administrative, sans audit de leurs résultats ou enquêtes sur leurs erreurs.
2016 c’est, en deux mots, une année passée à dresser le luth, ou en dialectal عام تعدى في تقعيد العود
2016 finit en tout cas en eau de boudin, avec un capital sympathie du Nobel et du « Tunisia 2020 » qu’on n’a pas su fructifier et une image salie par le terrorisme, à ajouter aux réussites intérieures qu’on n’a pas su capitaliser pour redorer le blason du pays.
Espérons, pour 2017, que Chahed trouve assez d’argent pour contenter toutes les demandes du prochain patron de l’UGTT, qu’il distribue sans fâcheries le gâteau des postes de PDG entre les partis alliés et amis et qu’il réussisse le prochain «Tunisia 2020» pour les jeunes comme il l’avait «réussi» pour l’investissement par les promesses mirobolantes.
Espérons que l’actuel chef du gouvernement passe sans encombre le cap de janvier, qu’il sorte de l’ombre de son maître et se mette enfin lui-même debout pour le pays. Espérons, enfin, que Chahed ouvre les yeux et qu’il devienne le réel témoin de son époque que la Tunisie espérait en juin dernier, un témoin actif et sans calculs politiques ou politiciens de sa reconstruction.









