AccueilLa UNETunisie : Le coup de gueule d’une citoyenne !

Tunisie : Le coup de gueule d’une citoyenne !

Je suis à l’hôpital des yeux à Bab Saadoun et je fais la queue, pour m’inscrire à la demande de mon médecin. Les hommes me dépassent. Je réclame mon droit. On me dit qu’il y a une queue pour les hommes et une autre pour les femmes. J’exprime mon mécontentement en disant que nous ne sommes pas au Hammam. Du coup, je me fais traiter de tous les noms et la dame voilée au guichet, me refuse l’enregistrement pour la création de mon dossier. Je remonte me plaindre à mon médecin, qui me donne un autre papier et je redescends faire la queue au même guichet.
La Dame voilée me refuse de nouveau l’enregistrement et me traite de tous les noms. Un coup de gueule de ma part et le surveillant arrive. Sans comprendre, il pointe tous ses doigts à 5 cm de mon visage. Deux policiers s’en mêlent. Un me colle carrément et me regarde de bas en haut, signifiant ainsi qu’il n’aime pas ma robe « هياتك و روبتك ما عجبتنيش », me dit-il. C’est pourtant une Jebba qui m’arrive aux genoux. La «fliquette» me crie dessus. «Quand on te parle, tu regardes en bas», me dit-elle en pleine figure. Et je me fais encore traiter de tous les noms (sans vulgarité).

La dame quitte son guichet, s’approche de moi, nez à nez, elle m’insulte et me dit d’aller porter plainte. Je croyais qu’elle allait m’agresser physiquement. Et voilà que la horde dans la salle s’en mêle. Même avec l’intervention du médecin que je remercie, «the civil servant», comme on la qualifie au Royaume-Uni, a campé sur sa position. Une tierce personne part m’ouvrir un dossier.
Voilà où en est notre administration, nos lois, nos droits, notre espace public.

Merci qui ? Merci au laxisme de notre cher gouvernement. Mais surtout à nous qui avons cédé trop tôt, trop vite. Continuons à dormir et à faire l’autruche et à jeter la responsabilité sur les autres, toujours les autres !!

Le monde a lâché Les islamistes, mais ces derniers continuent à nous gouverner, à changer notre société et notre mode de vie en toute sécurité et impunité, grâce à notre lâcheté et à notre passivité.
Je maudits ces politicards vendus qui nous trahissent tous les jours, qui sont complices par leur collaboration ou par leur silence. Notre pays va très, très mal, et c’est loin d’être économique. Nous sommes en effet devenus étrangers dans notre propre pays.

Depuis 6 ans, aucune réforme radicale digne d’être soulignée, à part la loi votée en faveur des femmes violentées, mais la réalité est toute autre sur le terrain…

Mr le ministre de l’Education, continuez à soutenir un système éducatif misérable et défaillant, indigne de 2017. Mr. le monstre de la Culture, continuez à ne pas investir dans la culture et à céder les maisons de jeunes et les maisons de culture aux islamistes pour qu’ils en fassent des lieux de prêche et de lavage de cerveau d’une jeunesse déboussolée et désespérée, aigrie et révoltée par tant d’injustice sociale. Mr. le chef du gouvernent, continuez à garder «ce foutu ministère» des Affaires religieuses pour un endoctrinement assuré, sans faille et un enseignement du radicalisme et de l’obscurantisme.
Continuez chère élite illuminée à polémiquer autour de l’héritage et des Awkafs, et de tous ces grains de sable soufflés dans vos yeux pour vous détourner de ces crimes et des véritables problèmes de cette société créés par le diable qui continue à régner et à dessiner l’avenir des générations futures.
Continuez chers députés à trahir votre bannière et vos électeurs, à défendre vos intérêts et à nous pondre des lois rétrogrades. Continuez surtout à allouer des budgets minables pour l’éducation, à la recherche et la culture et à jouer le jeu des «Khouenjyas» [Ndlr : Dénomination dialectale tunisienne des Frères Musulmans]. Si les islamistes dans le monde sont kaput sauf en Tunisie, ce n’est pas pour rien, tout comme les 23 ans de dictature de Ben Ali.

Un peuple appauvri, «mhamech», endoctriné, livré à lui-même, laissé pour compte…
J’ai honte pour mon pays, j’ai honte pour ce qu’il est devenu ! Et Basta les éloges de l’exception tunisienne, 3000 d’histoire, le prix Nobel de la paix et de belles paroles. Nous sommes aujourd’hui bons pour être colonisés, si ce n’est déjà fait, et je pèse mes mots !

Rafaa Ayadi

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