La récréation semble bel et bien terminée. Le ballet des arrestations des gros bonnets de la corruption et de sa mère nourricière, la contrebande, a repris de plus belle avec l’interpellation aux fins de placement en résidence surveillée de deux d’entre eux sévissant à Sfax. Et ce ne serait qu’une petite prise comparée à ce qui attend cette fourmilière de pontifes de tout acabit, comme l’a affirmé une source gouvernementale qui assure qu’« une autre série d’arrestations de personnes impliquées dans des réseaux de corruption, de contrebande, d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent est programmée dans les jours à venir ».
Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, qui a fait de la lutte contre la corruption le crédo majeur de sa politique, veut apporter ainsi la démonstration qu’il n’a pas baissé la garde et que telle sera sa posture en tant que chef de guerre dans la croisade qu’il avait lancée voici quelques mois contre ceux que tout le monde soupçonne de corrompre tout le monde y compris les élus, l’administration, haute et subalterne, le ban et l’arrière-ban. Accusé d’avoir levé le pied, au mieux mis un bémol à la fougue dont il avait fait montre aux premiers commencements de sa campagne anti-corruption, Chahed n’en continuait pas moins, comme il en a protesté lui-même, sa chasse au milieu de la corruption, même si la cadence des interpellations avait ralenti.
Cette fois-ci sera-t-elle la bonne ? Censément oui car, au risque de se déjuger, il a l’ardente obligation de terminer le travail et de convaincre, par les actes, que rien ni personne ne pourront l’arrêter dans cette œuvre de salut public, et surtout pas les relais subliminaux qui cherchent à saboter sa guerre sous de prétextes en apparence nobles et d’intérêt général, mais dans les faits, mis au service de desseins inavoués. En s’entourant d’une « task force » réputée rompue à la lutte contre la corruption, intègre devant l’Eternel et ayant visiblement les coudées franches pour mener à son terme la croisade contre les contrebandiers, les corrupteurs, les hommes d’affaires véreux et les évadés fiscaux, Youssef Chahed pense avoir en main l’essentiel de ce qu’il faut pour aller au bout de sa logique. Intraitable sur la propreté et la probité de son attelage mis en place à cette fin, il peut se targuer d’avoir fait place nette dans sa sphère tout en rassurant l’Administration qu’elle n’a rien à craindre chaque fois qu’elle est requise pour mettre en œuvre les décisions et les mesures que le gouvernement aura à prendre pour donner la pertinence et l’efficience qu’il faut à la campagne ainsi remise en selle. L’adoption de la loi sur la réconciliation administrative est à cet égard un outil de taille pour désamorcer toute velléité d’appréhension ou de frilosité qui pourrait altérer le processus anti-corruption.
Les icônes et le reste !
On ne cessera pas de comprendre que cette croisade ne pourra pas aboutir aux objectifs qui lui sont assignés en se limitant aux seules icônes de la corruption. C’est toute l’architecture de la corruption qui doit être mise en pièces, avec un arsenal juridique diligemment appliqué, des magistrats beaucoup plus nombreux, un pôle judiciaire financier disposant de tous les moyens et de tous les pouvoirs qui lui permettent de débusquer les suspects, instruire les dossiers, vite et bien, et déférer ceux dont la culpabilité aura été dûment établie.
Une œuvre de longue haleine ! Certainement et pas uniquement. Il importera aussi d’inventer une culture anti-corruption qui soit aussi mobilisatrice que possible non seulement parmi ceux et celles qui sont directement concernés, mais englobant les autres, c’est-à-dire tous les citoyens, la société civile, les administrés… Il s’agit encore et surtout d’afficher de l’audace, voire de l’aplomb pour maintenir le processus en marche quels qu’en soient les aléas et les résistances qui pourraient forcément l’entacher. C’est à cette aune que l’on jugera toute l’efficience et la soutenabilité de cette guerre dont on pourra, ce faisant, être en droit d’escompter des dividendes pour une remise en marche de l’économie et un véritable ancrage de la gouvernance dans le pays.








