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La Tunisie sort de nouveau sur le marché financier international. Une fatalité peu bravée !

Peu nombreux étaient les observateurs qui la donnaient pour improbable, et ils n’avaient nullement tort. La Tunisie sortira sur le marché financier international pour lever des fonds dont l’apport est crucial pour son budget. Au minimum, la Tunisie aura besoin, en 2020, d’environ 8,5 milliards de dinars, soit à peu près 3 milliards de dollars. Un cycle de prêts qu’elle devra inaugurer par l’émission d’un emprunt obligataire de 800 millions d’euros.

Comme la pratique parlementaire l’y oblige, le gouvernement devra s’assurer de l’accord de l’Assemblée des représentants du peuple pour l’émission d’obligations d’une valeur maximale de 800 millions d’euros l’année prochaine. Pour le reste, il serait encore prématuré de fixer avec précision le moment et la valeur exacte des emprunts obligataires à lancer. Notons tout de même qu’en juillet dernier, les autorités tunisiennes avaient émis une obligation à sept ans libellée en euros d’une valeur de 700 millions d’euros à un taux d’intérêt de 6,37%. Sachons enfin que le pays aura besoin d’un financement total de 11 milliards de dinars l’année prochaine contre 10 milliards de dinars en 2019.

Salaires, service de la dette, baril de pétrole…

A bien des égards, cette sortie sur le marché international et celles qui sans doute la suivront semblent avoir les allures d’une fatalité d’autant plus impérieuse que le budget de l’Etat pour 2020 devra s’élever à 47 milliards de dinars, soit un peu plus de 7 milliards DT que lors de l’exercice 2019. Une hausse qui s’explique par celle de l’enveloppe allouée aux salaires qui monte à 19 voire à 20 milliards de dinars, l’année prochaine, mais aussi par l’augmentation du service de la dette que la Tunisie est tenue de rembourser, soit l’équivalent en devises de 11 milliards de dinars. Mais il y a surtout les cours du pétrole dont la Tunisie est importateur net. Ils n’ont de cesse de monter. Mardi, par exemple, ils on réagi à la hausse en cours d’échanges européens, alors que sont parues des informations selon lesquelles la production de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) en septembre est au plus bas en huit ans. Le baril de Brent ou brut de mer du Nord valait 60,02 dollars à Londres, en hausse de 1,30% par rapport à la clôture de lundi.

Des développements qui sont en prise direct sur les finances de la Tunisie de plus en plus au creux de la vague. Au point que le ministre des Finances, Ridha Chalghoum, a souligné avec force le cruel besoin d’assainir les finances publiques et de rechercher de nouvelles ressources, estimant qu’il n’est plus possible de continuer avec un taux d’endettement qui dépasse les 70 %. Voilà pourquoi il est plus qu’impératif d’aller de l’avant dans la réduction du déficit budgétaire qui était de 6,1% en 2016 et 2017, de 4,8% en 2018 et aux alentours de 3,9% en 2019. Le gouvernement souhaite atteindre le chiffre qu’il a toujours escompté, c’est-à-dire 3%, ce qui lui permettra de raboter encore le taux d’endettement qui a, déjà reculé de 2 points en 2019.

Le spectre de l’incertitude politique

Une évolution corroborée par l’agence de notation Fitch qui relève que les chiffres relatifs à l’exécution du budget de l’Etat n’indiquent pas de dérapages budgétaires majeurs à l’approche des élections législatives et présidentielle. « Nous prévoyons que le déficit de l’administration pour l’ensemble de l’année (y compris les dons) sera globalement conforme à notre projection de 4 % du PIB de juin », assure Fitch. Ce chiffre serait inférieur à celui de l’année dernière (4,5 %) et de 2017 (6 %), mais supérieur à l’objectif du gouvernement (3,7 %), en raison de progrès plus lents que prévu dans la réforme des subventions et des augmentations salariales.

Ce sont des approches budgétaires qui pourraient être compromises par l’incertitude politique qui entache actuellement le processus électoral et qui risque de déboucher sur une paralysie politique, craint Fitch, ce qui, selon l’agence de notation, entraverait encore davantage les réformes économiques et fiscales, qui ont déjà été soumises à des contraintes sociales et politiques, comme en témoignent les résultats mitigés du programme du FMI en Tunisie et les protestations sociales et ouvrières qui perturbent l’économie.

LM

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