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Le gouvernement tunisien est-il confronté à un dilemme entre le financement du déficit chronique et celui de la croissance économique ?Quel est le véritable objectif de la demande pressante du ministère tunisien des Finances aux banques commerciales ?
Cette semaine, la ministre des Finances a tenu une réunion de haut niveau avec les dirigeants de toutes les banques commerciales tunisiennes afin de les inciter à acheter davantage de bons du Trésor pour financer le déficit budgétaire chronique et respecter leur quota d’achat d’obligations d’État prévu dans le budget 2026. Pourquoi ?
Rappelons qu’en mai dernier, le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, à son retour de la réunion du FMI à Washington, avait tenu une réunion de haut niveau avec les dirigeants des banques commerciales tunisiennes et leur avait demandé d’élaborer un plan financier pour augmenter leurs capacités de prêt au secteur privé afin d’encourager l’investissement et la croissance économique.
Sa Majesté la ministre tunisienne des Finances et la Banque centrale de Tunisie cherchent désespérément à mobiliser davantage de ressources financières pour les quatre (4) raisons suivantes :
1. Le FMI et la Banque mondiale ont-ils demandé cette année au gouvernement tunisien et à la Banque centrale de Tunisie de cesser de financer directement le budget afin de maîtriser l’inflation alimentaire et de maintenir la stabilité des prix ?
La politique monétaire de la Banque centrale de Tunisie, visant à réduire l’inflation et à octroyer des prêts sans intérêt au gouvernement tunisien, a atteint ses limites et a contribué à un climat d’inflation élevée et à la hausse chronique des prix alimentaires. Par ailleurs, il convient de rappeler que le Fonds monétaire international et la Banque mondiale exhortent régulièrement la Banque centrale de Tunisie (BCT) à éviter le financement monétaire du déficit budgétaire depuis 2022.
Le FMI considère cette pratique – qui consiste pour la banque centrale à imprimer de la monnaie ou à accorder des prêts directs à l’État pour combler les déficits budgétaires – comme un risque majeur pour la stabilité des prix et l’inflation. En effet, la Banque centrale de Tunisie a déjà injecté 25 milliards de dinars dans l’économie au cours des trois dernières années (7+7+11), sans que les ménages tunisiens n’en retirent de réels bénéfices. (Source : voir les rapports ci-dessous dans les commentaires).
2. La guerre entre les États-Unis et l’Iran et la flambée des prix de l’énergie ont aggravé le déficit budgétaire tunisien cette année. Le gouvernement tunisien est contraint d’emprunter davantage pour combler le déficit budgétaire et couvrir ainsi le coût élevé de l’énergie et le niveau important des subventions à l’énergie et à l’alimentation.
3. L’économie parallèle, qui représente 40 % du total des recettes fiscales, engendre des pertes de recettes fiscales estimées à 12 milliards de dinars par an. Le gouvernement tunisien a déjà augmenté les impôts de 8 % en 2025 et de 7 % en 2024. Il ne peut pas procéder à de nouvelles hausses en 2026, car un environnement fiscal élevé a un impact négatif sur l’investissement et la croissance économique. Par conséquent, le gouvernement a besoin de ressources financières supplémentaires.
4. Le ministère des Finances et la Banque centrale de Tunisie n’ont d’autre choix que de demander aux banques commerciales nationales et aux compagnies d’assurance d’acheter davantage d’obligations d’État et d’augmenter leur quota d’achat de BTS au cours des six prochains mois. Cependant, les banques commerciales tunisiennes disposent de marges de manœuvre très limitées pour prêter de l’argent au secteur privé. En 2025, elles ont accordé plus de 33 milliards de dinars de prêts à l’État, dont 19 milliards de dinars de créances douteuses (soit 16 % du total des prêts). Par ailleurs, 28 milliards de dinars circulent dans l’économie souterraine, ce qui signifie que la liquidité des banques commerciales est très limitée et que l’essentiel de leurs profits provient des prêts accordés à l’État et des commissions élevées prélevées sur leurs clients.
De plus, la législation bancaire tunisienne impose aux banques commerciales de disposer de liquidités suffisantes pour couvrir les créances douteuses et de respecter l’ensemble des ratios prudentiels fixés par la Banque centrale de Tunisie et par la Banque des règlements internationaux (BRI) à Bâle (Bâle III prochainement mis en œuvre).
Conclusion :
1. Le véritable problème réside dans la politique budgétaire du gouvernement tunisien, et non dans le refus des banques commerciales de prêter au secteur privé. Si le gouvernement tunisien réforme les finances publiques, réforme et réduit le système de subventions, s’attaque à l’économie parallèle qui représente 40 % du PIB et cesse d’emprunter des sommes importantes auprès des banques commerciales, alors et seulement alors ces dernières disposeront de davantage de liquidités pour prêter au secteur privé, ce qui stimulera la croissance économique, réduira le chômage à 12 %, ramènera l’inflation à 3 % par an et l’offre de biens et services sera plus productive, entraînant une baisse des prix pour les consommateurs.
2. Bien avant la guerre Iran-Américaine, l’économie tunisienne souffrait déjà d’un déficit jumeau chronique et de problèmes budgétaires persistants depuis 15 ans. Ce conflit ne fera qu’aggraver la situation et le déficit budgétaire atteindra 7 % du PIB, en raison de la hausse des coûts de l’énergie et des denrées alimentaires et de l’augmentation des subventions au cours des deux prochaines années.
3. Si le gouvernement tunisien obligeait chaque Tunisien à utiliser un numéro d’identification fiscale unique et un numéro de compte bancaire, il pourrait réduire l’économie parallèle à 10 % de l’économie totale et collecter 12 milliards de dinars par an. Il n’aurait plus besoin d’emprunter auprès des banques commerciales tunisiennes, les taux d’intérêt baisseraient à 4 % et la politique monétaire de la banque centrale serait plus efficace, car 90 % de l’économie totale serait officielle et seulement 10 % informelle au cours des trois prochaines années.
*Larbi Benbouhali









