En 2016, les recettes propres du budget tunisien totalisaient 21,245 Milliards DT. En 2017, elles augmentaient d’un peu plus de 2,5 Milliards DT. Dans la loi de finance (LF) 2018, elles montaient à presque 28 Milliards DT et augmentaient à 30,7 milliards DT en 2019. Ce dernier chiffre n’est pas définitif, et devrait augmenter à l’occasion de la LF complémentaire 2019.
Selon les propres chiffres du ministère des finances (MF), ces recettes ont toujours été en très grande partie, issues de la fiscalité, directe notamment. Ainsi, la pression fiscale qui était de 20,8 % en 2016, n’a pas arrêté de croitre, jusqu’à atteindre les 23,2 % en 2019. Le MF saigne donc ainsi, sans arrêt et sans autre issue, entreprises et employés. De plus, ces recettes ne servaient qu’aux dépenses de gestion, et notamment les salaires et rémunérations, qui représenteront 53,7 % (16,5 Milliards DT) du total des ressources, et 61 % de toutes les recettes fiscales, et ne produisaient aucune richesse ou presque.
D’ailleurs, à fin juillet 2019, l’Etat récupérait 16,6 Milliards DT en recettes fiscales (en hausse de 18 % par rapport à juillet 2018), et redistribuait 9,8 Milliards DT en rémunérations et salaires. 59 % des recettes fiscales sont ainsi allées aux seuls salaires publics. Des salaires, qui ont aussi représenté 53 % de toutes les recettes propres. Pis, les salaires distribués jusqu’à juillet 2019, ont représenté 3 fois les dépenses en capital ou dépenses d’investissement.
On pourra certes argumenter que les salaires sont aussi un pouvoir d’achat qui sera dépensé en consommation et que cette dernière produit de la croissance. Mais ils produisent aussi de la demande en importation, induisant une pression sur la balance commerciale et les réserves en devises, et sur la valeur du Dinar tunisien. Etre toujours payé plus, n’est pas la solution à la hausse du coût de la vie, qui est déterminé par beaucoup plus de facteurs, endogènes et exogènes.
- Un Etat qui vit au-dessus de ses moyens, à cause des salaires
Il n’est plus un secret, que l’Etat tunisien dépense plus qu’il n’a et vit incontestablement au-dessus de ses moyens. Pour un total de recettes propres, prévues pour 2019 à 30,719 Milliards DT, les dépenses devraient totaliser 40,861 Milliards DT, à la fin de l’année et sauf mise à jour des réalisations.
Plus de 25 milliards DT, sont consacrés aux dépenses de gestion, alors que ce ne sont que 6,150 Milliards DT qui étaient prévues en 2019 pour l’investissement. L’Etat tunisien, vit donc au-dessus de ses moyens et n’investit que très peu pour améliorer sa rentabilité et favoriser la création de richesses. Un schéma de développement qui s’enfonce donc dans le négatif, badigeonné par quelques petites réussites (baisses du déficit du budget et du taux d’endettement), qui cachent plus d’un cadavre dans le placard (Une inflation galopante, un coût de la vie qui se dégrade malgré les hausses annuelles des salaires et une hausse de la pression fiscale qui tue chaque année plus, entreprises et particuliers). En face, c’est une politique de la fuite en avant et de la terre brûlée, qui continue à être suivie par le ministère des finances, qui ne veut rien entendre au dicton «trop d’impôt, tue l’impôt».
- Où est-ce Chalghoum compte trouver les 6,2 Milliards DT ? Encore le Fisc ?
On sait qu’il a mis à jour ses chiffres et que le budget de l’Etat pour 2020, ne sera pas comme il l’avait dit. Mais on va s’en tenir à ses propres déclarations. Le ministre des Finances Ridha Chalghoum a en effetannoncé,le lundi 30 septembre 2019, que le budget de l’Etat pour l’exercice 2020, devrait s’élever à 47 milliard dinars contre 40,8 milliard de dinars en 2019. Ce serait ainsi, une hausse de 6,2 Milliards DT en une seule année.
Or, jusqu’à présent, les recettes fiscales qui sont la seule source pour un Etat qui annonce vouloir baisser, ou au moins stabiliser, le taux d’endettement, et baisser encore le déficit budgétaire à 3 %, augmentaient en moyenne de 2,5 à 3 Milliards DT chaque année.
A croire la dernière déclaration du ministre Chalghoum, ce ne sont plus 3, mais 6,2 milliards DT qu’il lui faudra trouver pour boucler le budget. D’où les tirera-t-il alors, autrement que par le Fisc qui pressera ainsi, encore plus, les ménages et les entreprises et aboutira ainsi à tuer, ou presque, ce qui reste d’entreprises ?
Et quand bien même, il arriverait à un déficit budgétaire de seulement 3,772 Milliards DT comme il vient d’en faire la mise à jour, il faudra au ministre des finances trouver cette somme (3,7 Milliards DT au lieu de 6,2 Milliards DT) pour clôturer son budget. Comment fera-t-il que par la hausse de la fiscalité, alors que cette prévision est déjà bâtie sur une hausse de 10 % des recettes fiscales ? Jusqu’où donc le ministre compte-t-il presser le citron fiscal dans les yeux des Tunisiens ?








