En Tunisie, la Poste, c’est plus de 88 millions de courriers ordinaires par an, et plus de 18,7 millions de courriers hybrides, sans compter les 1,6 million d’envois en Rapid-poste et autres. C’est aussi un réseau de 1028 bureaux, sans compter les bureaux ambulants et sans compter les 65 agences Rapid et colis. Un réseau qui lui permet d’être, au moins, dans 540 endroits où il n’y a aucune agence bancaire et qui sont servis par la Poste. Un réseau craint par les banques tunisiennes.
Mais la Poste ne fait plus, depuis de longues années, que distribuer le courrier et les colis. Créée en 1847, la poste ouvrait dès avril 1884 un service de l’épargne en Tunisie, et créait la Caisse d’épargne nationale tunisienne en juillet 1956, bien avant création de l’Office National des Postes, dénommé «La Poste Tunisienne», sous la forme d’une entreprise publique à caractère industriel et commercial dotée de l’autonomie financière et de la personnalité morale qui démarra son activité le 1er janvier 1999.
- Banque avant les banques
Sans être une institution financière, la Poste tunisienne, pour la seconde fois primée «meilleure poste » à l’échelle africaine et du monde arabe, gère déjà pour le compte de l’Etat 3,893 millions d’épargnants, représentant un volume de 7 milliards DT, au tout petit taux de rémunération de 1,5 %. Et cette prochaine clientèle qui fera sa force de frappe, lorsqu’elle deviendra officiellement une institution financière, comme le craint le secteur bancaire tunisien.
La Poste, c’est un chiffre d’affaires de 480 MDT. Rien qu’au titre du service universel que devrait financer l’Etat, la Poste lui permet de faire l’épargne de quelque 200 MDT par an que pourrait lui coûter ce service universel. En résultat net, car entreprise à but non lucratif, les finances de la Poste restent toujours équilibrées. Les revenus commerciaux, autres que le service universel, permettent à la Poste de couvrir ses charges, et parfois de mettre de côté un pécule supplémentaire pour l’investissement.
Dans d’autres conditions, celles d’un service payé par l’Etat, la Poste aurait été bénéficiaire de plus de 150 MDT. Pour l’instant, entre revenus et charges et le financement du service universel, en place et lieu de l’Etat, le reste est investi par la Poste. «Nous sommes l’unique entreprise publique en Tunisie, qui fait une croissance annuelle à deux chiffres», finit par dire Jawhar Ferjaoui. Cette croissance du chiffre d’affaires a été de 10,8 % en 2018 par rapport à 2017.
L’investissement, la Poste a été un précurseur innovant, dans le domaine de la monétique par exemple, lorsqu’elle lançait le e-dinar. Sur son site, on indique le nombre de 1.721.746 opérations de paiement sur Internet, sans compter les 1,2 million d’opérations de transfert électronique d’argent provenant de l’étranger et les 4,880 millions d’opérations de virement d’argent via CCPNet. On citera aussi, chez la Poste, la plateforme Mobi-Dinar, qui permet de transférer de l’argent via Mobile. Tout cela, pour dire que la Poste tunisienne ne fait plus que distribuer courrier et colis, mais exerce déjà le métier de banque et à travers des outils technologiques, bien avant certaines banques de la place.
- Le dossier de transformation n’attend qu’un CMR du prochain gouvernement
Pour la banque, la Poste a déjà déposé le dossier de sa transformation en SA auprès de la Carep. Ce dernier a transféré le dossier à la décision d’un prochain conseil ministériel, le volume de cette future entreprise faisant encore craindre certains responsables. Pour Africanmanager, le PDG de La Poste, Jawhar Ferjaoui, reste optimiste. «Nous sommes dans le last Mile, et au point de non-retour», dit-il pour affirmer que le processus de la transformation est engagé, et ne saurait tarder au-delà de la fin de cette année 2019. Il nous a ainsi précisé que la prochaine SA de la banque postale tunisienne, devrait être de 80 MDT, avec une participation à hauteur de 20 % du capital de la CDC (Caisse des dépôts et de consignations) qui utilise déjà une partie de l’épargne nationale, à partir de la trésorerie de l’Etat. Un gage de confiance et un soutien de taille pour la prochaine banque.
Une fois le dossier de la constitution de la SA étudié par «l’un des premiers CMR du prochain gouvernement», comme l’espère le PDG de la Poste, le dossier passera pour approbation de la Banque Centrale, seule autorité à donner l’autorisation d’exercer en tant que banque.
- C’est quoi la «D17» ?
En attendant, la Poste planche actuellement sur la mise en place de la plateforme de transformation digitale, dont l’acronyme est «D17». Une application mobile intègre le paiement par Mobile par QR Code, «avec un niveau de stabilité de 99,9 % dans les statistiques de Google, et un niveau d’adoption de 97 %», dit fièrement Ferjaoui, et qui intègre le transfert d’argent, le paiement des factures, l’envoi et l’encaissement des mandats et les recharges téléphoniques. Une plateforme qui intègrera, mensuellement, un nouveau service», aime à dire la PDG de la Poste. Et il ne se prive pas, à son propos, de nous raconter que «nous avons chargé un groupe de hackers de l’attaquer. Ils m’est revenu, la semaine dernière, pour me certifier qu’elle est infaillible».
L’objectif de la Poste, pour cette nouvelle application, est l’installation de 5.000 marchands d’ici la fin 2019, dont plus de 1.500 y sont déjà, et gérés par les bureaux de poste. Elle devrait participer de manière efficace à l’inclusion financière, et au De-Cashing, avec un mode d’utilisation simple et permettant en lien le digital par le physique, par simple ouverture d’un compte Wallet et déjà utilisée par plus de 50 mille utilisateurs.








