Commençons par cette anecdote, réelle et rapportée par une source fiable, à propos de la chasse aux têtes, lancée depuis plus d’un mois par le chef de gouvernement missionné Habib Jemli, sans résultats connus.
C’est le cas de quelqu’un qui aurait été convoqué par Jemli pour un entretien de recrutement pour son prochain gouvernement. La personne arrive à Dar Dhiafa et se présente au bureau provisoire de Jemli. De but en blanc, après le salamalec d’usage, le chef de gouvernement missionné lui demande de se présenter. Il n’avait manifestement aucune information à propos du candidat ou n’aurait pas lu son CV. Riant jaune, le candidat se présente. «Comment êtes-vous arrivé à ce poste », aurait alors demandé Jemli, avant de lui faire sa proposition. La personne concernée répond par le refus, car elle serait contente là où elle se trouve. L’anecdote réelle dit que Jemli lui aurait signifié que le poste, où se trouverait le candidat, serait convoité par d’autres. Nouveau rire jaune du candidat, qui ne sait plus ce qu’il fait là, et qui aurait réitéré son refus du poste proposé par Jemli. Jemli serait-il gauche à ce point ? Si oui, on comprendrait ceux qui ont refusé de le rejoindre !
- Sait-il ce qui l’attend, si jamais il dépassait le cap de l’ARP ?
Alors que le gouvernement partant de Youssef Chahed dresse son bilan, par le biais des conférences de presse de ses ministres qui s’enchaînent, son successeur de plus en plus improbable, Jemli attendait jusqu’à ce mardi 17 décembre 2019 l’issue des réunions d’hiver du bureau politique du parti de Mohamed Abbou et continuait, silencieusement, ses tractations. Signe que Jemli reste en pleine «Mission impossible», et pourrait le déclarer si Abbou lui opposait un «Niet».
Entretemps, rien n’a filtré sur le programme, économique et financier surtout, du candidat Jemli. Ses proches disent qu’il serait en train de le peaufiner. Force est pourtant de constater qu’il a très peu disserté à ce propos sur sa page officielle fb. Jemli n’a, non plus, reçu aucun des ministres en charge des portefeuilles de l’économie et des portefeuilles associés, même pour un simple briefing et encore moins pour un profond débriefing, ce qui aurait pu le rendre complètement effectif dès son entrée à la Kasbah.
On ne sait pas si Jemli en sait déjà assez, par ses propres sources, sur la situation économique et financière du pays, ou s’il est tellement plongé dans les sujets politiques et politiciens qu’il n’a pas de temps pour l’économie. L’anecdote sur sa procédure de recrutement nous revient en tête, et on devient pessimiste !
Sait-il, par exemple, que le budget qu’on espère qu’il a lu et non parcouru, est tellement serré qu’il lui donne très peu de marge pour faire autre chose que dépenser. 2020, c’est une dépense moyenne de 3,9 Milliards DT, dont 1,6 Milliard DT de salaires par mois, alors que les ressources propres de l’Etat ne sont que d’une moyenne mensuelle de 3,5 Milliards DT ? Sait-il que la Tunisie aura à rembourser, dès janvier 2020, et chaque mois, quelques centaines de millions DT de dettes ? Sait-il que les bailleurs de fonds, et le FMI en particulier, attendent la fin du calvaire tunisien de la composition du gouvernement, pour savoir avec qui ils vont négocier pour débloquer la dernière tranche d’aide de 450 MDT ? Sait-il sur quelle base il va ou devra négocier ? S’il va continuer les réformes requises par le FMI, ou non ? Sait-il sur quel pied il va danser, en face d’une UGTT qui l’attend de pied ferme pour de nouvelles discussions salariales ? Est-il au fait de la situation désastreuse des entreprises publiques, et sait-il déjà ce qu’il devra y faire, ce qu’il devra y injecter en argent frais et en sacrifices de tout le monde, pour que la machine à sous, notamment du phosphate, recommence à tourner ?
Autant de questions, conjuguées au très peu de temps qui reste à son gouvernement encore au pas de sénateur, sans oublier le très peu de moyens et le trop d’espoir et d’attente des contribuables, qui ne disent rien qui vaille sur le début de 2020 et même sur toute l’année 2020. «الله يرحمك يا راجل امي الاول»








