A voir le zèle mis par les autorités tunisiennes pour se doter d’un dispositif d’énergie solaire puissant et stratégique, on ne manquerait pas de remarquer qu’elles sont en train de rattraper les retards enchaînés sur ce registre et de brûler les étapes pour être en conformité avec les objectifs de son plan solaire (PST). A coups de décisions fortes, certes, mais aussi en alignant les appels d’offres internationaux qui trouvent facilement et rapidement acquéreurs.
C’est tout récemment le cas de la société norvégienne Scatec Solar qui a remporté le marché de trois projets de centrales solaires en Tunisie totalisant environ 360 MW. « Nous sommes ravis de lancer nos premiers projets en Tunisie, soutenant l’objectif du gouvernement d’atteindre 30% de production d’électricité à partir d’énergies renouvelables d’ici 2030. Nous avons une solide expérience du développement, de l’exécution et de l’exploitation de projets en Afrique et au Moyen-Orient au cours des dernières années, qui nous accompagne dans ce nouveau marché « , s’est félicité Raymond Carlsen, CEO de Scatec Solar.
Les trois projets d’environ 60 MW, 60 MW et 240 MW seront situés respectivement à Tozeur, Sidi Bouzid et Tataouine. Les centrales solaires détiendront 20 ans d’AAE avec la Société Tunisienne de l’Electricité et du Gaz (STEG). Les centrales solaires devraient produire environ 830 GWh par an, soit assez d’électricité pour alimenter plus de 300 000 foyers tunisiens par an et contribuer à éviter 480 000 tonnes d’émissions de CO2 par an.
Scatec Solar sera le principal investisseur en fonds propres dans ces projets. La société sera également le fournisseur d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction (EPC) et fournira des services d’exploitation et de maintenance ainsi que des services de gestion des actifs aux centrales électriques.
Depuis fin 2016, le gouvernement tunisien a engagé la mise en œuvre de son programme de développement de la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables. D’autant que la baisse généralisée des coûts de fonctionnement des technologies solaires photovoltaïques, qui ont diminué de plus de 80% depuis 2009, devraient connaître une nouvelle chute de 59% d’ici 2025, faisant du solaire photovoltaïque le mode de génération d’électricité le moins coûteux qui soit, selon l’Agence internationale de l’énergie renouvelable (IRENA). Et pourrait permettre à la Tunisie d’accéder à son indépendance énergétique et de réaliser son objectif de créer une industrie locale d’installations solaires photovoltaïques destinée à des utilisations domestiques, agricoles et touristiques, sans compter la vocation à créer des emplois et à générer des richesses (électricité gratuite, propre et à l’avant-garde) de la filière photovoltaïque.
Des investissements de plus de 4800 M€
La mise en œuvre du Plan Solaire Tunisien nécessite d’importants investissements évalués à plus de 4800 M€ d’ici 2030. La mobilisation des financements nécessaires pour couvrir ces investissements est par conséquent indispensable pour atteindre les objectifs fixés. Les institutions financières locales peuvent et doivent jouer un rôle primordial dans le financement du PST, notamment les auto-producteurs et les investisseurs locaux en production indépendante.
Le ministère tunisien de l’Industrie vise à attirer 2 milliards de dollars d’investissements étrangers grâce au lancement d’appels d’offres internationaux portant sur la réalisation d’une série de projets d’électricité éolienne et solaire au cours des trois prochaines années. Ces investissements permettraient de doter la Tunisie d’une capacité de production supplémentaire de 1900 MW d’ici 2022, ce qui représentera alors environ 22% de la capacité installée. Cela contribuera également à rapprocher la Tunisie de l’objectif à long terme qu’elle s’est fixé dans le Plan d’Action Pour l’Accélération des Projets d’Energie Renouvelables, lancé en 2016, à savoir de couvrir 30% de ses besoins en électricité par des énergies renouvelables d’ici 2030.
A l’heure actuelle, environ 3% de l’électricité produite en Tunisie est de source renouvelable – éolienne pour la plupart- le reste provenant de centrales électriques fonctionnant à partir de combustibles fossiles. La capacité installée atteint aujourd’hui 5781 MW et on s’attend à une augmentation de la demande de l’ordre de 2 à 5% par an.
Cette volonté de développement des capacités des énergies renouvelables s’explique en partie par des pressions budgétaires. Les importations énergétiques représentent environ un tiers du déficit commercial, qui est passé de 15,6 milliards de dinars (4,6 milliards d’euros) en 2017 à 19 milliards de dinars (5,6 milliards d’euros) l’an dernier.
Traduction & synthèse : AM








