AccueilLa UNELes dessous du rachat de la BTK. Qu’en fera l’Etat ?

Les dessous du rachat de la BTK. Qu’en fera l’Etat ?

La semaine dernière avait été marquée, sur le plan financier, par un évènement de grande importance. Sans effet d’annonce aucun, le ministre tunisien des Finances organisait, le 13 décembre 2019 dans la bibliothèque du ministère et en présence de personnalités à première vue sans aucun lien avec l’évènement, une cérémonie de signature d’un accord de principe avec le premier responsable de la BPCE, pour le rachat de 60 % de ses parts dans le capital de la BTK.

  • En finir avec une Tunisie, place financière de succursales

Aspirant au statut de place financière internationale, la Tunisie s’est retrouvée, depuis de longues années, dans celui de place financière de succursales de banques étrangères, avec ce qui s’en suit en paupérisation en techniques bancaires, et surtout en sortie de devises sous forme de conventions diverses et variées.

Une situation, dont se lassent, par ailleurs, certaines de ces banques étrangères, comme les françaises BNP Paribas et la BPCE qui décident d’en sortir. D’autres, américaines et arabes aussi, mais dont l’envergure internationale des banques-mères n’a en rien profité à la place financière tunisienne et qui ne se démarquent point par l’existence d’une politique pour le pays où elles se trouvent, sauf celle de récolter les fruits des conventions en devises. Certaines, en sortant finalement de la Tunisie, décident même de vendre à d’autres banques, de 3ème et même de quatrième rang, ce qui n’arrange en rien la place financière tunisienne.

Et comme pour confirmer l’absence d’un projet tunisien chez la BTK de la BPCE, par exemple, Radhi Meddeb qui en était président du conseil, expliquait sur RTCI sa démission. «Lorsque je me suis retrouvé dans une situation où les principaux actionnaires ne se sentaient pas concernés par les destinées de cette institution, que des décisions n’étaient pas prises, que des délais exorbitants étaient mis en œuvre, pour ne pas réaliser ce qui a été annoncé, j’ai estimé que je n’étais plus en position de partager une vision, qui n’existait pas, du principal actionnaire», disait Meddeb.

  • Achetée à 300 MDT, vendue pour presque rien !

La BPCE français avait racheté 60 % des titres BTK, dont le capital était à parts égales entre l’Etat tunisien et un fonds souverain koweitien KIA (Kuwait Investment Authority), fin 2017 pour 300 MDT, dont la Tunisie avait reçu la moitié (150 MDT).

En septembre 2019, la BPCE française décidait de vendre ses 60 % dans le capital de la tunisienne BTK, à la Banque Populaire, du Maroc. L’accord avait été presque scellé, et même annoncé le 25 septembre 2019 par la banque marocaine BCP (Banque Centrale Populaire) pour les parts de BPCE au Cameroun, à Madagascar, au Congo et en Tunisie.

Mais c’était compter sans le droit de préemption légalement dû aux autres actionnaires restants, dont l’Etat tunisien et son homologue koweitien, qui disposent chacun de 20 % du capital de la BTK. Des parts qui risquaient de fondre comme neige au soleil si le nouvel acquéreur décidait d’augmenter le capital de la BTK et que la Tunisie, en manque d’argent et de devises surtout, ne suivrait pas.

Dès mai 2019, la Tunisie signifiait à la BCPE qu’elle ne comptait pas vendre ses parts et aurait même convaincu les Koweitiens de ne pas le faire de leur côté. Autre information qui avait circulé à la même date, l’intention de la banque française de céder ses parts à la banque marocaine, à un prix symbolique. Une information jamais commentée par la BPCE, ni démentie.

  • Une bonne affaire pour l’Etat, autorisée par la Carep. Radhi Meddeb donne un indice

Après plusieurs visites en Tunisie et des rencontres avec le responsables tunisiens, la BPCE informe les autorités tunisiennes de son intention de vendre sa participation dans le capital de de la BTK à une banque étrangère. Cette participation s’élève à 60%. Elle a également, et dans le même cadre, présenté une offre à l’Etat tunisien pour acheter sa participation dans le capital de la BTK qui s’élève à 20%, à un prix global de 40 MDT, prix fixé sur la base d’une valorisation de la BTK qui serait de 198 MDT, actif et passif compris, et où le prix de l’immeuble du siège social, à lui seul, pourrait être important, et qui aurait été faite par Rothschild.

La Commission d’Assainissement et de Restructuration des Entreprises publiques (Carep) réunie à cet effet, aurait cependant rejeté l’offre française, jugée en dessous de la valorisation cible de la banque. Sur la base d’autres éléments techniques et juridiques, des discussions ont été engagées entre l’Etat tunisien et la BPCE pour entamer les formalités nécessaires à l’acquisition par l’Etat tunisien de la participation de la BPCE au capital de la BTK.

Notons-le pour les «experts» qui voudraient critiquer cette opération, ces discussions ont été autorisées par la Carep, et ont été menées par les responsables des départements techniques et juridiques du ministère des Finances, de la Banque Centrale de Tunisie et de la présidence du Gouvernement. Ces discussions ont abouti à un accord de principe pour l’acquisition par l’Etat tunisien de la participation de la BPCE à très bon prix, jusque-là couvert par le secret des négociations, mais qui ferait faire une très bonne affaire à l’Etat tunisien, qui devrait finaliser l’opération, février 2020.

Interrogé sur RTCI, l’ancien président du CA de la BTK, qui jugeait, par ailleurs, négative la valorisation de la banque et qui assurait ne pas avoir d’information sur le montant de la transaction, dira que «j’espère qu’elle a été faite au Dinar symbolique, et j’espère que BPCE a injecté de l’argent en plus, pour remettre la banque à flot». Parole d’expert, et non information officielle, précisons-le, et la réalité pourrait ne pas être loin de ce que dit Radhi Meddeb !

  • La nouvelle BTK ne sera pas une banque publique

Notons aussi que le Carep, qui a autorisé cette opération, aurait, croyons-nous savoir, décidé également d’entamer immédiatement les formalités de la sortie de l’Etat du capital. Et on croit savoir que La Poste de Tunisie pourrait entrer dans le capital de la BTK, et elle ne serait pas la seule. L’Etat tunisien dans le capital de la BTK, n’est ainsi que pour une période transitoire.

On croit savoir, par ailleurs, qu’un projet serait en cours de préparation, avec le ministère des Technologies de la communication et de l’économie numérique- d’où la présence du ministre Anouar Maaroufi à la cérémonie de signature- ayant comme composante essentielle la transformation de la BTK en une banque qui se base sur le digital et ce, en partenariat avec la Poste Tunisienne et Tunisie Telecom. On croit savoir aussi que les deux dernières entreprises publiques seront partenaires dans cette nouvelle institution financière digitale tunisienne.

La prochaine BTK ne deviendra pas pour autant une banque publique, l’Etat ayant déjà pris l’option de se dégager de façon directe de la prochaine banque digitale, qui devrait participer à la concrétisation de l’inclusion financière en Tunisie.

La transformation digitale devrait être assurée, d’abord par le ministère des TIC, et aussi par La Poste qui a une longue expérience dans le domaine de la finance numérique, les moyens techniques de Tunisie Télécom, ainsi qu’un appui allemand de taille.

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