« Vivant le pire épisode de leur histoire, les compagnies aériennes prévoient de subir une perte de 60 milliards de dollars entre avril et juin 2020. Mais l’enjeu est de pouvoir survivre jusqu’à la prochaine période de rentrées de liquidité, soit la prochaine saison estivale 2021 ». C’est ce qu’écrivait dernièrement l’ancien ministre du Transport et DGA chargé des affaires techniques chez Tunisair. Il est vrai que la crise du Coronavirus, et la sollicitation continue dont fait l’objet le transporteur aérien tunisien, ont fait oublier que Tunisair fait partie des principales victimes du Covid-19.
Ben Ahmed a évité de parler de Tunisair, mais comme pour le reste des compagnies, « une période difficile pour les transporteurs, au cours de laquelle les trésoreries vont s’évaporer en raison de l’absence totale de recettes, d’un côté, et du maintien, de l’autre, d’un certain nombre de dépenses, même si celles-ci sont fortement allégées par l’arrêt des vols et les mesures prises par les différents gouvernements ». Le DGA y pense certainement cette fois, c’est à plus forte raison le cas de sa compagnie.
Et Chiheb Ben Ahmed qui connaît la situation de Tunisair, de l’intérieur et en tant qu’ancien ministre, d’ajouter, à juste titre, que « les plus fragiles ne passeront pas cette période sans un soutien de l’Etat », surtout que « celles qui résisteront ne seront pas sorties d’affaire pour autant. La sortie de crise serait compliquée avec une reprise longue et difficile, et que bien que l’amélioration de la situation sanitaire permette de reprendre l’activité cet été, la demande touristique sera probablement absente cet été ». Et de prévoir donc, pour Tunisair aussi même si l’analyse concerne le secteur à l’échelle mondiale « les compagnies aériennes devront donc attendre la reprise pour la saison estivale 2021 pour recommencer à encaisser des rentrées de liquidité significatives ». Ben Ahmed, qui n’a jamais évoqué Tunisair, estime que « les aides octroyées aux compagnies américaines, à Singapore Airlines ou à Emirates, ont pour objectif non seulement de traverser la crise mais aussi de préparer l’après-crise ». Suivez son regard. Et toujours dans le conseil indirect, pour ceux qui ne l’avaient entendu, pas assez ou pas pu, comme lui au poste de ministre [Ndlr : Il nous excusera de cette remarque, car nous le comprenons], « les solutions existent, certes elles ne sont pas faciles, mais, elles sont réalisables. Pour chaque compagnie, il existe une recette, … la réussite de la recette dépend de nous, rien que de nous, avec le soutien de Dieu tout-puissant ».
- Et « Dieu » était là l’été 2019. Tunisair résiste encore et soigne sa flotte !
Plus précisément pour Tunisair, nous apprenons, de source officielle, que la compagnie n’est pas encore à l’arrêt complet. Elle assure encore des vols de rapatriement et quelques missions de fret aérien, comme la dernière en Chine, « et nous allons en assurer 4 encore », dit le PDG Elyes Mnakbi à Africanmanager. Ceci, après reconversion d’un A320 en avion-cargo. Des vols payants par les rapatriés en personne, à prix normal ou avec une toute petite augmentation en cas de changement de billet. Sinon, l’activité commerciale est en quasi-arrêt. Tunisair ne réalise même plus 2 % de son activité ordinaire qui était d’une moyenne quotidienne de 130 vols.
« On a profité de cette trêve pour nous occuper des avions restés au sol pour manque de pièces de rechange. Nous avons dû, pour cela, puiser dans ce qui reste dans nos caisses, et injecter la somme de 15 MDT dans Tunisair-Technics pour rembourser quelques-uns de nos fournisseurs, et rétablir un peu la confiance avec eux. Ceci nous a permis d’acheter quelques pièces de rechange, et d’assurer la bonne maintenance d’au moins 4 avions dans un délai d’un mois, grâce aux efforts des employés de Tunisair-Technics qui ont été maintenus en activité malgré le confinement », nous a indiqué Mnakbi.
Cet effort financier a été rendu possible par le bénéfice net de 80 MDT, réalisé par Tunisair pendant l’été 2019, lorsque la compagnie avait décidé de travailler selon une logique purement commerciale. A ce petit pécule, Tunisair a ajouté les 20 MDT de sa seule filiale bénéficiaire Amadeus. Et c’est sur ces 100 MDT que Tunisair a pu, en serrant la ceinture, prélever les 15 MDT qui ont été injectés dans sa filiale technique pour réparer quatre de ses avions, et bien préparer le retour en piste.
« On a dû faire un choix et je pense qu’on en a fait un bon, entre la flotte et les salaires, ce qui va permettre à Tunisair de tenir le coup, tout en retrouvant notre crédibilité avec nos fournisseurs, et recevoir les pièces de rechange nécessaires ». Entretemps, Tunisair discute toujours avec l’opérateur technique canadien, pour débloquer la situation des moteurs en cours d’entretien. Et si d’autres entreprises publiques prenaient exemple sur Tunisair et profitaient de cette « trêve » sanitaire obligatoire pour remettre de l’ordre dans leurs finances, leurs modes de gestion et autres types de mauvaise gestion ?









Pendant ce temps là, les avions d’Ethiopian Airlines assurent le fret aérien et transportent les équipements que nous ont offert les chinois…