Tunisair peut devenir bénéficiaire. Elle l’a prouvé en juillet

Tunisair peut devenir bénéficiaire. Elle l’a prouvé en juillet

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Le transporteur aérien tunisien, Tunisair, va mal. Tout le monde le sait, sauf peut-être l’actuel gouvernement, qui avait jeté l’éponge depuis mai dernier, lorsque Youssef Chahed en affirmait pendant le dialogue national sur le transport que «je vous le dis, dès maintenant. Il n’y aura pas les 1.200 MDT». Ce montant, devait représenter le coût du plan de sauvetage de la compagnie, et qui ne lui sera jamais donné, à l’exception des 52 MDT pour le plan social et dont les coûts ont depuis dépassé ce petit montant. Le transporteur national traîne depuis, un énorme déficit cumulé au 31.12.2017 de 671 MDT et des emprunts cumulés de 860 MDT sans tenir compte de la dette OACA. Et même ces derniers chiffres seront dépassés pour les bilans 2018 et 2019 qui n’ont pas été encore rendus publics.

En 2018, les dépenses en carburants qui ont augmenté, représentaient plus de 26,5 %. Le remboursement des crédits, pour lesquels l’Etat propriétaire ne veut même plus donner de garantie, représentaient presque 19 % de ses dépenses, et le coût de l’affrètement représentait 4 %. Rien que ces trois dépenses, essentielles, ce sont plus de 40 % des dépenses de Tunisair qui n’a plus l’appui de son premier actionnaire. Un Etat actionnaire qui gère pourtant, cette compagnie qui a vocation à faire des profits, selon des considérations et des critères, plus politiques et sociaux, que commerciaux. Des considérations, notamment pour le recrutement et le licenciement, mais aussi pour le maintien de son activité sur des destinations, surtout locales, loin d’être rentables et parfois même pour le simple prestige régional.

  • Elle peut redevenir bénéficiaire et la décision est purement politique

Tunisair est pourtant loin d’être finie. Mieux, elle peut même redevenir bénéficiaire, et elle l’a prouvé en juillet dernier. Le chiffre en avait étonné plus d’un, mais entre juillet et août 2019, Tunisair avait dégagé un bénéfice sur coûts complets de 40 MDT, en seulement deux mois d’activité (juillet et aout 2019), malgré toutes ces charges et ses dettes.

Cette prouesse avait été rendue possible, par une simple réduction d’activité de 20 % des sièges offerts. «Une baisse sélective, sur les axes les moins rentables», rassure la direction de l’entreprise. Une baisse d’offre, notamment sur les lignes régulières à dominante touristique, comme par exemple Bruxelles Monastir et Djerba, Lisbonne Tunis. Mais aussi, en baissant l’offre Charter sur l’Europe de l’Est et essentiellement Prague, et en réduisant drastiquement les voiles sur Cotonou, Abidjan Dakar et Beyrouth. Cette Baisse sera atténuée à seulement 10 % dès novembre 2019, pour ne pas perdre ces marchés.

Une baisse, que la direction de Tunisair explique sans ambages, par le manque de moyens financiers. Des difficultés financières, qui font qu’actuellement la compagnie est obligée de laisser 6 de ses avions bloqués sur le tarmac, ne disposant pas d’assez de moyens pour acheter les pièces à renouveler. Et ce sont ces mêmes difficultés financières, couplées à un différend financier avec une société canadienne qui devait réparer quatre moteurs d’avions, qui a aussi réduit l’offre de sièges. Cette réduction des vols couplée à une augmentation de ses prix (laquelle augmentation n’a pas impacté la capacité concurrentielle de Tunisair), a engendré une hausse des recettes, les amenant à 167 MDT en juillet 2019, contre 166,8 MDT en juillet 2018.

Le résultat, «en coûts complets», tient à préciser la direction de la compagnie et pour les vols réguliers, a ainsi pu être amené à 22 MDT pour le seul mois de juillet, contre seulement 2,8 MDT pour juillet 2018. Pour le Charter, juillet 2019 avait pu rapporter 1,6 MDT après une perte de 4,7 MDT en pareille période de 2018, mais avec moins 17 % d’heures de vol. La recette moyenne par passager, est aussi amenée à 353 DT, contre 278 DT en 2018. La PdM (part de Marché) a certes baissé de 39,2 % entre janvier et juillet 2018, à 34,2 % pour la même période de 2018.

  • Décryptage

Tunisair est certainement malade. Mais elle l’est, d’abord par le manquement de l’Etat actionnaire à ses engagements. Un Etat actionnaire qui renierait ainsi presque a propre création. L’entreprise a maintes fois présenté des plans de relance ou de restructuration. Des plans, qui n’ont que très peu intéressé les gouvernements successifs depuis la révolution. Des gouvernements qui ont pourtant alourdi ses effectifs et gonflé ses charges.

Tunisair reste pourtant facilement apte à être sauvée, et sans même recourir à la totalité de l’appui financier de l’Etat tel que proposé dans son plan de redressement et validé dans le cadre d un Conseil ministériel en mai 2019. Il suffirait pour cela que l’Etat actionnaire laisse les dirigeants de son entreprise, faire les choix commerciaux nécessaires, décider des lignes où elle vole et des destinations qu’elle doit quitter, selon des critères purement commerciaux, loin des directives politiques et des pressions sociales. La décision est entre les mains du même Etat-actionnaire et elle est facile. L’ancien ministre du transport, Hichem Ben Ahmed avec les hauts cadres de l’entreprise, avaient su la trouver et la mettre en application, sans que le ciel ne tombe sur la tête des clients.

Il y eu certes des retards, des vols annulés et autres incidents de parcours. Mais Tunisair a réalisé un bénéfice sur coûts complets de 40 MDT en seulement 2 mois. Imaginons un peu ce que ce serait en une année pleine. On serait presque tentés de lancer à l’adresse du gouvernement ce Hashtag de (#سيب صالح) ou (#سيب Tunisair). Dans une interview à Africanmanager, le PDG Elyes Mnakbi en dirait presqu’autant !

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