AccueilLa UNESaïed au four, mais pas encore au moulin

Saïed au four, mais pas encore au moulin

OK, ce n’est pas un putsch même constitutionnel. Mais un correctif d’une trajectoire qui menait tout un pays vers le désastre, sociétal, politique et même économique. Ok aussi, ce qu’avait fait le chef de l’Etat tunisien Kais Saïed était ce qu’il fallait faire. Même s’il ne dit toujours pas comment il compte terminer ce qu’il avait initié, et ce qu’il compte en faire.

Ok encore, le professeur de droit constitutionnel, qu’un journal français a croqué en un De Gaulle lorsque ce dernier avait sorti la France de la stérile 4ème République, a redonné une image et un contenu à l’autorité de l’Etat, qui manquait tant à un pays à la dérive.

–          Les OK ont des limites, et la 1ère est la vigilance

Ok, il a mis en place le plan de vaccination que son ancien chef de gouvernement avait oublié de faire, et sauvé toute une population arrivée au bord de l’implosion sanitaire. Et à la limite, Ok aussi, qu’on doit lui donner le temps nécessaire pour bien choisir le 1er ministre qui accepterait de travailler sous ses ordres, et le gouvernement qui « ne plierait pas le bâton dans ses bras ». Cette nomination est certes une opportunité, mais aussi un risque au vu des deux derniers désignés à La Kasbah !

Force est cependant de rappeler aux Admins du nuage bleu qui avait apporté Kais Saïed à Carthage en 2019 et qui le porte aux nues  depuis le 25 juillet 2021, que les Ok ont une limite. Les limites d’une expérience de 10 ans d’attente, et qui n’a que trop duré, où d’autres avaient aussi demandé qu’on donne du temps à ceux qui avaient précédé l’actuel chef de l’Etat et même à ceux qu’il avait choisis.

Et pour manque de communication OFFICIELLE, on ne voit toujours pas de résultats concernant la demande officielle du mouvement populaire du 25 juillet, qu’est le départ des islamistes d’Ennahdha du pouvoir, et le passage de tous ceux parmi eux qui auraient sous le boisseau des choses, criminelles ou financières, par la case justice. On rappelle, à cet effet, le dossier des deux assassinats de Belaïd et de Brahmi, et celui du financement des dernières élections d’Ennahdha, sans compter le possible dossier sur les envois dans les zones et foyers de tension.

–          La peur au ventre, mais pas dans le bon camp

Dans le silence du Palais, Il n’y a jusque-là que des ouï-dire, colportés à tort ou à raison, par des pages qui peuvent être pour ou contre Kais Saïed, et pas d’annonces officielles du Parquet , que le chef de l’Etat tient pourtant entre les mains depuis le 25 juillet, concernant les quelques personnes qu’on dit avoir été placées sous résidence surveillée.

« On ne sait pas encore, non plus, le pourquoi du choix de l’affaire du phosphate qui aurait connu une floppée de mises en accusation, ou douvertures d’informations judiciaires, alors que l’affaire d’El-Kamour reste toujours sous silence », nous confie un haut cadre de l’Administration qui a peur de s’attirer les foudres des «pro-Saïed » lesquels considèrent avec méchanceté sur les réseaux sociaux, que « ou tu es avec nous, ou tu es contre nous ».

Comme « on ne comprend pas la cabale du chef de l’Etat contre les hommes d’affaires qu’il manquerait presque d’appeler, comme Hammadi Jbali, les « hommes des affaires », nous confie aussi un homme d’affaires qui « refuse de s’exposer par ces temps troubles ».

« Le manque d’une information, officielle et précise ne fait que défaire tous les liens de confiance que le chef de l’Etat essaie de nouer avec les hommes d’affaires du secteur privé, et dilapider le petit capital confiance, né des rencontres du chef de l’Etat avec le patronat, pour calmer leur peur d’une chasse aux sorcières à tout bout de champ », nous confiait encore hier un homme d’affaires proche du patronat. « Ils n’ont certes pas la cote, comme tout président de groupe d’entreprises, tout banquier ou tout millionnaire, dans un pays où tous ceux qui ont de l’argent sont considérés comme des voleurs, si ce n’est de l’Etat, c’est de la sueur de leurs employés, et une population qui n’aime que l’argent qui est dans sa propre poche, mais tous ne sont pas tels que le suggère le chef de l’Etat. Ils ont peur de l’amalgamme, du discours flou du chef de l’Etat, et ça ne leur donne aucune envie, même de prendre crédit pour investir», nous affirme un fin connaisseur des milieux d’affaires en Tunisie.

–          Saïed doit s’occuper aussi du moulin !

Pour l’instant, l’impression qui se sdégage est que le chef de l’Etat, président de tout l’Exécutif et du Parquet, est partout, au four et au moulin. Mais si le four peut sembler bien fonctionner et qu’il y a déjà quelques chats échaudés sur le toit, le moulin est encore en panne.

La croissance économique, qui n’était déjà pas au rendez-vous à la fin du second trimestre 2021 selon les derniers chiffres de l’INS, donnait cependant aussi les signes avant-coureurs d’un second semestre 2021 pire que les deux premiers trimestres. « Pour le 3ème trimestre 2021, et au vu des indicateurs précoces, on doit s’attendre à un trimestre qui est très dur, avec une toute petite performance, proche du zéro en glissement annuel, et de perdre ainsi cette capacité de ratrappage », prédit le professeur d’économie à l’Université Tunis-El Manar, Safouene Ben Aissa, dans une déclaration à Africanmanager.

Le moulin de l’économie tunisienne, même si comme nous le faisait remarquer l’économiste Fethi Nouri, « le niveau de consommation de la population, n’est pas le vrai reflet de l’évolution du PIB » tel que le décrivait l’Institut de la statistique, n’est pas encore à l’œuvre. S’y ajoutent l’économie tunisienne et ses finances, dont presque tous les ratios se dégradent, à l’exception peut-être de ce qui est du domaine de la politique monétaire, grâce à la Banque Centrale qui résiste toujours aux sirènes de ceux qui appellent à ce que la BCT finance l’Etat sans limite et sans feuille de route économique. Une sorte de «سيب الماء عالبطيخ ». L’économie peine même encore à récupérer les pertes des années antérieures, celles du Covid-19 et de la transition politique. A tout cela, le chef de l’Etat jette parfois un regard, comme lorsqu’il reçoit parfois le gouverneur de la BCT, mais ne s’y attaque  pas encore comme il le faut.

Une économie qui, plus est, a un besoin urgent de finances. Des finances pour un budget 2020 bâti sur le crédit, plus extérieur que domestique, alors que le  chef de l’Etat est pressé par  tout le monde pour  désigner un gouvernement qui s’en occupe et que ses Fans des réseaux sociaux criminaliseraient presque tous ceux qui évoquent l’urgence de l’économie. Cette urgence semble encore réléguée au second plan des  préoccupations du chef de tout l’Etat. Un budget en mal d’argent, attend d’être bouclé par une loi de finance corrective. Un autre budget est à préparer, et qui aura aussi besoin d’argent, au moins pour payer salaires, retraites et importer les besoins éssentiels en énergie et céréales (la Tunisie produit du blé dur, mais consomme du blé tendre qu’elle doit importer). Tout cela, sans compter le dossier de l’accord d’appui financier du FMI pour le budget. Le moulin, c’est tout cela, et c’est là où l’absence du chef de l’Etat se fait encore sentir pour ceux qui regarderaient un peu plus loin que leur propre poche, et leurs propres salaires de fonctionnaires !

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