Les Tunisiens sont suspendus à l’adresse que le président de le République, Kais Saied, a promis de faire dans les tout prochains jour après avoir décrété l’extension de l’état d’exception au-delà des 30 jours, délai prescrit par la Constitution. De quoi sera fait l’avenir proche du pays ? Les analystes aussi bien tunisiens qu’étrangers font surenchère de conjectures dont le fil conducteur est tissé de craintes sur cette sorte d’horizon vaporeux d’autant plus imperceptible que Saied, dans ses innombrables et quotidiennes interventions, fait durer le suspense. Autant de logorrhées dont un grand nombre de Tunisiens peine à saisir le sens tant elles sont truffées d’allusions, de paraboles et de bribes, alors qu’une feuille de route bien articulée aurait amplement fait l’affaire des uns et des autres.
Observateur de l’Afrique du Nord et professeur au William and Mary College aux États-Unis, Sharan Grewal estime que si la prorogation était attendue, il s’agit d’« un développement inquiétant ».
« Si ce n’était déjà pas assez clair, on sait désormais que Kais Saied opère en dehors de tout cadre juridique sans contrôle de son pouvoir », indique-t-il à Middle East Eye.
À son avis, cette prolongation du délai révèle deux choses. « Tout d’abord, que la période de lune de miel de Saied n’est pas encore terminée – et il le sait. Il a assurément assez de confiance dans l’adhésion populaire pour penser qu’il peut s’en sortir avec une suspension indéfinie du Parlement sans calendrier », déclare l’universitaire.
Où voudra-t-il en venir ?
« Ensuite, cela montre que Saied cherche à gagner du temps. Il ne sait pas comment réparer le système, sinon il aurait annoncé une quelconque feuille de route ou révision constitutionnelle au cours des 30 derniers jours. »
Pour l’analyste politique tunisienne Ahlem Hachicha, au contraire, cette prolongation est délibérée et Saied sait exactement où il va. « C’était attendu. On s’y attendait depuis le premier jour lorsque Saied a annoncé l’état d’exception », dit-elle à MEE. « Il a donné à la population le temps de s’habituer à la situation pour qu’elle soit moins choquée et ne réagisse pas par la colère. »
« Dans un État de droit, la loi prévaut parce qu’elle est le seul ensemble de règles neutre et objectif entre les individus. Si vous retirez ça, alors vous êtes à la merci de la volonté personnelle de Saied », indique-t-elle.
« Il ne prend pas en considération la moindre forme d’équilibre du pouvoir ou d’opposition. Il n’y a qu’une façon de faire les choses et c’est sa façon à lui. Si vous êtes contre cela, alors on vous dit que vous êtes corrompu ou un islamiste. »
Professeure de politique moyen-orientale à NYU Abu Dhabi, Monica Marks estime que la décision de Saied de prolonger indéfiniment l’état d’exception est conforme à « la paralysie » qui a façonné l’incapacité apparente du chef de l’État tunisien à former un gouvernement ou fournir une feuille de route.
L’universitaire fait néanmoins remarquer que certains partisans de Saied se réjouiront de cette prorogation car ils veulent le voir « tenir les rênes des trois pouvoirs : exécutif, judiciaire et législatif ».
« Ils pensent qu’il vient à peine de commencer, qu’il y a énormément de gens corrompus, qu’il a besoin de plus de temps et ne devrait pas s’arrêter-là », explique-t-elle à MEE.
« Beaucoup ne sont pas inquiets que Saied enfreigne les contrôles et contre-pouvoirs, exclue tout pluralisme politique ou place le pays sur la voie de l’autocratie, ils étaient plus contrariés par le fait qu’il n’aille pas assez loin, pas assez vite », ajoute l’universitaire.
Que va annoncer Saied ?
Jusqu’à présent, presque aucun dialogue n’a eu lieu entre Saied, les partis politiques et les acteurs de la société civile. Selon les analystes, il est difficile de prévoir ce qui attend le pays à cause de l’isolement et la réticence de Saied à parler franchement, tandis que des questions urgentes telles que les négociations entre le Fonds monétaire international (FMI) et la Tunisie restent sans réponse.
Monica Marks suppose qu’il y a de « grandes chances » que Saied tente d’amender la loi électorale ou la Constitution, soit par décret présidentiel, soit par référendum.
Les commentateurs tunisiens pensent également que le président pourrait adopter une nouvelle Constitution pour remplacer celle de 2014, en reprenant des éléments de la Constitution de 1959.
« Ce changement pourrait être radical – il pourrait chambouler l’ensemble du système électoral, donnant plus de pouvoir au président et à la démocratie directe locale au niveau municipal ; façonnant la gouvernance tel un sablier », présume Monica Marks.
« Cependant, le projet créatif de Saied concernant la transformation de la gouvernance repose sur l’hypothèse que, si vous libérez un individu des partis politiques, alors cet individu devient essentiellement intègre. À mon avis, cela repose sur une incompréhension fondamentale de la nature humaine. »









Article non signé! Vous citez des references pour le moins douteuses: Middle East Eye, une certaine Hchicha et puis une dame de NYU, qui ne connaissent nullement les réalités du pays.
A M PEUT MIEUX FAIRE
A BON ENTENDEUR SALUT