Alors que l’économie mondiale, sous ses différents volets, se diversifie, se réinvente même, elle ne semble pas conquérir des territoires qui permettent à de nombreux pays, comme la Tunisie, d’en tirer parti,. C’est le cas de l »économie circulaire est souvent réduite à l’économie du recyclage, mais qui en fait , va au-delà de ces limites pour couvrir l’approvisionnement en matière premières jusqu’à l’allongement de durée de vie du produit en passant par son éco-conception.
C’est assurément dans ce cadre qu’a été lancé en Tunisie la projet « Application de l’innovation pour le développement de l’économie circulaire pour une construction durable en Méditerranée « . Et le choix de la Tunisie ne serait pas fortuit puisqu’il s’agit d’un pays où le volume de déchets de construction et de gravas atteint près de 8 millions de mètres cubes, dont 70% sont concentrés dans les grandes villes côtières, à l’instar de Tunis, Sousse et Sfax.
Ce projet permettra un transfert de technologies européennes susceptibles de transformer les déchets de la construction et des gravas en ressources destinées à la réhabilitation des routes et la réduction de l’impact environnemental et sanitaires de ces déchets, selon des données présentées lors d’une visio-conférence internationale, a laquelle ont pris part mercredi, le ministre les affaires locales et de l’environnement par intérim et d’un représentant de la délégation européenne en Tunisie.
L’économie circulaire est une opération qui permet de réutiliser les déchets et de les transformer en des marchandises en vue de réduire leurs impacts sur l’environnement et éviter l’épuisement des matières premières ainsi que abaisser les émissions de gaz à effets de serres.
Un secteur créateur d’emplois
Initié par quatre pays (Tunisie, France, Italie et Liban), ce projet permettra également de booster l’activité du recyclage des déchets de construction et de déconstruction et de diffuser les pratiques du recyclage de ce type des déchets ce qui est de nature à créer de nouvelles opportunités pour l’emploi.
Selon les participants à cette conférence, ce projet est l’un des plus grands projets prévus par le « Programme européen de coopération transfrontalière avec les pays méditerranéens », doté de 1,3 milliard d’euros et financé à 90% par l’Union européenne.
Les travaux de la réalisation de ce projet s’étalent sur 30 mois à partir du mois d’octobre 2020 avec au programme la création de deux unités de production de gravas recyclés en provenance des déchets de la construction et de la déconstruction outre unités de production des gravas recyclés dont deux installés en Tunisie et une au Liban, dont la capacité d’exploitation s’élève à 30% de déchets.
Ces unités pilotes peuvent être gérées soit par les collectivités locales, des entreprises ou des start-ups .
Le projet comprend également l’aménagement d’une route pilote s’étalant sur 1 km et d’une plateforme dédiée aux compétences et des connaisseurs, outre la formation et la sensibilisation des différentes parties concernées, sur la portée de l’économie circulaire basée sur les déchets et les gravas de la construction.
Une politique efficace en matière d’économie circulaire en Tunisie est nécessaire d’autant que cette activité peut contribuer à réduire près de 950 mille tonnes équivalent de dioxyde de carbone, 35% des émissions de gaz à l’horizon 2030 outre la possibilité de créer 70 mille postes d’emplois.
Il convient de rappeler que le système de l’économie circulaire, basé sur le principe de la réutilisation et le recyclage, offre plus de 10 fois d’emplois que celui basé sur l’incinération ou l’enfouissement, en vigueur actuellement.
Des déchets mal gérés
Il faut admettre que l »évolution de l’économie circulaire en Tunisie ne se porte pas aussi bien qu’on l’escompte, d’autant que , en plus, la crise sanitaire engendrée par la pandémie du Covid-19 a donné lieu à une augmentation de la consommation du plastique face à un recul des efforts de recyclage, selon des conférenciers à une table ronde organisée récemment à Tunis sur l’ »Economie circulaire, une priorité stratégique ».
« La Tunisie se trouve dans une situation pire que les années passées en ce qui concerne la maîtrise de la gestion des déchets, car le contrôle fait défaut et de nombreux chefs d’entreprise se soucient davantage du gain facile que de l’environnement », a expliqué Hassène Nouri, maître conférencier en sociologie à l’Université Tunis El Manar.
Nouri a évoqué « la politique de l’Etat en matière de traitement des déchets, s’interrogeant sur l’attachement du gouvernement à opter pour l’enfouissement en dépit de l’existence d’autres alternatives, comme la valorisation.
Il a cité à titre d’exemple des déchets du bâtiment qui pourraient être recyclés à 75% et évoqué le système Ecolef, qui a permis la création d’emplois, bien que précaires, à environ 8.000 chiffonniers.








