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L’UGTT accule Bouden & Saïed

La Tunisie, un pays endetté, qui n’a pas les moyens de sa politique, et qui n’a plus d’autres bailleurs de fonds possibles que le FMI. Ce petit pays vient cependant de réussir le tour de « tordre le cou » à cette institution financière internationale qu’est le FMI.

Ce dernier ne le dirait pas ainsi. Mais il est désormais celui qui tiendrait, plus que la Tunisie elle-même parfois, à l’aider à faire les réformes qu’elle se devait pourtant de faire elle-même. Le FMI fait même tout pour assurer la réussite de sa mission, bien qu’il ait pour cela déjà usé deux représentants résidents et la venue de Marc Gérard de Madagascar qui remplacera Jérôme Vacher en tant que nouveau représentant résident du FMI en Tunisie.

Pour l’instant, la Tunisie prépare encore sa feuille de route pour les réformes qu’elle devra soumettre au FMI en contrepartie de l’assistance financière pour le budget que la Tunisie demande. Déjà échaudé par les échecs d’anciennes feuilles de route, impossibles à mettre en place pour cause de non-adoption par les partenaires sociaux et notamment l’UGTT, le fonds  en fait désormais une exigence.

  • « Beaucoup de choses restent à préciser » du côté de La Kasbah

La Centrale syndicale a été jusque-là la seule partie à consulter cette feuille de route et à en prendre connaissance dans le détail. Elle y a même préparé ses réponses. Mais ne les donnera pas avant son prochain congrès à Sfax, qui se tiendra malgré un jugement du Tribunal administratif. Le destin de la prochaine aide financière du FMI à la Tunisie attendra donc. 

De cette feuille de route des réformes à faire que le gouvernement Bouden compte présenter au FMI, une source diplomatique à l’ambassade de France, pays de poids dans la décision attendue par la Tunisie dont elle a demandé l’aide, comme dans une action d’internationalisation du cas Tunisie-FMI, a indiqué à Africanmanager que « le FMI nous a dit que le plan qui lui a été présenté constitue une bonne base de travail, mais qu’il y a beaucoup de choses à préciser. Ce sera l’objet des discussions à venir. Au-delà de tout ce qui sera couché sur le papier, il est important que ce plan fasse l’objet d’une appropriation par l’ensemble des forces économiques et sociales ainsi que par la population ».

  • Ce que l’UGTT demande, pour dire oui au FMI

On sait déjà, à partir d’une récente déclaration du SG Adjoint de l’UGTT Anouar Ben Kaddour au journal de l’omnipotent syndicat, que l’UGTT voudrait un package, clair et précis, des mesures politiques, économiques et sociales, qui devraient accompagner la feuille de route des réformes. Selon Ben Kaddour aussi, « il n’est pas question d’envisager des réformes et un accord avec le FMI, en dehors d’une démarche participative, dans tous les dossiers y compris le politique, et un véritable dialogue ». L’unique Centrale syndicale tunisienne voudrait ainsi faire revenir le chef de tout l’Etat Kais Saïed sur sa décision de ne pas s’engager dans un Dialogue politique national et le remplacer par la consultation électronique. Elle demande aussi, selon Ben Kaddour, que Kais Saïed « clarifie sa vision des dossiers économiques et sociaux ».

Le SG adjoint de l’UGTT dit oui aux réformes, « mais à partir d’une vision tuniso-tunisienne, qui s’ouvrira ensuite sur les partenaires de la Tunisie ». On comprendra que l’UGTT, qui exige à l’occasion l’annulation de l’ordre donné par la cheffe du gouvernement Nejla Bouden à tous ses ministres, de centraliser toute négociation avec l’UGTT au niveau de La Kasbah, veuille faire passer sa propre feuille de route, et non celle du gouvernement Bouden.

  • Quel rôle pour la France ?

Dans le dernier communiqué relatif à la réunion de son conseil d’administration (CA), la BCT qui voudrait « éviter tout recours au financement monétaire dont les conséquences seraient préjudiciables à la stabilité monétaire et financière », exprimait aussi « sa forte préoccupation quant au retard accusé dans la mobilisation des ressources extérieures nécessaires pour le financement du budget de l’Etat pour 2022 ». Son CA, qui comprend aussi des représentants de plus d’un ministère du gouvernement Bouden « exhorte toutes les parties prenantes à parvenir à un consensus sur le programme de réformes permettant d’engager des négociations, avec le Fonds Monétaire International, sur un nouveau programme ».

Et ce n’est pas la France, membre influent au FMI et pays de naissance du nouveau représentant résident du FMI en Tunisie, qui dirait le contraire. « Nous, comme la quasi-totalité de nos partenaires, européens et autres, considérons qu’il n’y a pas d’alternative pour la Tunisie en dehors d’un accord avec le FMI. Mais un accord qui doit déboucher sur des choses qui soient équilibrées et raisonnables (…). Il faut discuter pour voir ce qui est à la fois économiquement nécessaire et socialement viable. Et nous, partenaires extérieurs de la Tunisie, on est là pour aider, favoriser la recherche de solutions, qui soient économiquement et financièrement acceptables par le FMI, et socialement et politiquement acceptables par la Tunisie. Seules des réformes profondes permettront de garantir qu’à l’avenir l’Etat tunisien sera en mesure de faire face à ses dépenses courantes », indique pour Africanmanager une source diplomatique à l’ambassade de France en Tunisie.

Autrement, et après accord du « Seigneur UGTT », le début des négociations serait une affaire de semaines. Il y aurait ainsi une « Staff-visit », une mission qui sera certainement virtuelle, qui se tiendrait dans une semaine ou d’ici fin février 2022 et pourrait permettre d’obtenir un mandat de négociation, sur laquelle les pourparlers pourraient démarrer courant mars 2022 et devraient durer de 2 à 3 mois. Après quoi il devrait avoir un « Staff-Level Agreement » qui préparera le document pour un accord. Ce dernier sera le signe pour une sortie de la Tunisie sur les marchés internationaux. Un mois après, une réunion formelle du CA du FMI validerait cet accord. Ce n’est que là qu’on pourrait envisager le déboursement.

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1 COMMENTAIRE

  1. C’est un signe de changement en profondeur. C’est la première fois que je vois mon président afficher un sourie signifiant une joie. Inchallah Zina.

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