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Les pays importateurs de blé pris dans tourment ukrainien

Les craintes se font plus vives et plus réelles au fil des jours voire des heures que l’invasion russe de l’Ukraine puisse rejaillir funestement sur les pays arabes importateurs de céréales en provenance du pourtour de la Mer noire.

Les analystes et les organisations humanitaires mettent déjà en garde contre les « répercussions » de la flambée des prix du blé sur les pays déjà confrontés à l’inflation, à l’insécurité alimentaire et aux conflits.

Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord,  souligne The Guardian, on craint de plus en plus que la guerre en Ukraine n’entraîne une flambée des prix des denrées alimentaires de base en raison des difficultés d’approvisionnement en blé, ce qui pourrait alimenter les troubles. La Russie et l’Ukraine assurent  un quart des exportations mondiales de blé, tandis que l’Égypte est le premier importateur mondial de blé.

En Tunisie, comme de nombreuses personnes faisant la queue pour du pain dans maintes villes et agglomérations, un  travailleur journalier, cité par le quotidien londonien, s’est plaint que l’augmentation du coût de la vie le mette sur la  paille. « Il n’y a jamais d’argent à la fin du mois », dit-il. « Je dois même en emprunter. Tout devient de plus en plus cher. »

Près de la moitié des importations de blé de la Tunisie proviennent d’Ukraine, et l’invasion russe a fait grimper les prix au plus haut depuis 14 ans. Même si l’État tunisien contrôle le prix du pain, les gens craignent d’en ressentir inévitablement les effets.

« Si le prix du pain augmente, cela signifiera des coupes ailleurs », a-t-l déclaré. « Nous avons besoin du pain. »

La Tunisie est très vulnérable à ces  aléas, avec une économie fragile mise à mal ces dernières années par l’inflation et un chômage élevé, et plombée par une dette publique importante. Mais elle est loin d’être le seul pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord qui serait confronté à des difficultés en cas de perturbation prolongée de la chaîne d’approvisionnement et de hausse des prix.

Le Yémen, qui est lui-même été ravagé par la guerre depuis 2014, importe la quasi-totalité de son blé, dont plus d’un tiers provient de Russie et d’Ukraine. Il est fortement dépendant du pain, qui représenterait plus de la moitié de l’apport calorique d’un ménage moyen.

Le Liban, pays en proie à une crise économique et à une inflation record, importe habituellement plus de la moitié de son blé d’Ukraine. Vendredi dernier, le ministre de l’Economie et du commerce, Amin Salam, aurait déclaré que le pays avait suffisamment de blé  uniquement pour « un mois, voire un mois et demi ». Il a ajouté que le gouvernement était en pourparlers avec d’autres fournisseurs, notamment les États-Unis, « qui ont exprimé leur volonté de nous aider si nous devions importer de grandes quantités de blé ».

Difficile de s’approvisionner chez d’autres exportateurs

La porte-parole du Programme alimentaire mondial basé au Caire, a déclaré que nombre des produits de base déjà affectés par l’invasion russe étaient « d’une importance particulière » pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Mais il n’est pas facile de s’approvisionner en céréales auprès d’autres exportateurs, a-t-elle prévenu.

« Il y a un excédent dans la production mondiale de blé cette année, mais si vous regardez d’où viendra le blé, cela signifie un délai de livraison plus long et des coûts de transport plus élevés [que ceux de l’Ukraine] », a-t-elle déclaré.

En Égypte, où le pain plat est un aliment de base, une grande partie du blé provient de Russie et d’Ukraine. Avant même l’invasion, les prix ayant augmenté de 80 % entre avril 2020 et décembre 2021, le gouvernement a déclaré qu’il prévoyait d’augmenter le coût du pain fortement subventionné pour la première fois depuis des décennies, après que le président Abdel-Fattah El-Sisi a déclaré : « Je ne peux pas fournir 20 miches de pain au prix d’une cigarette ».

Le Premier ministre égyptien, Mostafa Madbouly, a déclaré que le gouvernement « veillerait à ce que les personnes les plus démunies ne soient pas lésées », mais n’a pas donné plus de détails. Au Liban, qui subventionne également le pain, Salam a prévenu que la banque centrale ne serait pas en mesure de suivre le rythme si les prix continuaient à augmenter.

Dans une région qui a une longue histoire d’agitation politique et sociale provoquée par la détérioration des conditions économiques, en particulier par des prix alimentaires inabordables, les risques sont clairs. Selon  la porte-parole du PAM, les perspectives mondiales sont inquiétantes.

« La guerre entraîne une plus grande insécurité alimentaire, et l’insécurité alimentaire augmente les risques de troubles et de violence », a-t-elle indiqué. « Ainsi, un conflit en Ukraine entraînant la faim et poussant les gens à l’insécurité alimentaire ailleurs pourrait avoir [le] potentiel de troubles et de violence dans d’autres régions. Et vraiment, le monde ne peut pas se permettre un autre conflit. « 

Rama Hansraj, directrice de Save the Children au Yémen, a mis en garde contre un « effet d’entraînement » mondial qui pourrait déclencher des « horreurs supplémentaires » dans d’autres pays vulnérables.

« Au Yémen, 8 millions d’enfants sont déjà au bord de la famine. Les familles sont épuisées. Elles ont affronté horreur après horreur au cours de sept années de guerre. Nous craignons qu’elles ne soient pas en mesure de supporter un autre choc, en particulier celui de l’ingrédient principal qui maintient leurs enfants en vie », a-t-elle déclaré.

Le gouvernement tunisien reste très discret sur les pénuries de farine, même si les preuves sont déjà évidentes. Dans tout le pays, les boulangeries ferment plus tôt que prévu ou rationnent leurs approvisionnements, et la colère monte parmi les propriétaires.

« Cela fait des mois qu’il y a un problème », a déclaré un boulanger. « Normalement, nous achetons la farine aux minoteries et le gouvernement nous rembourse. Depuis 10 mois, nous n’avons vu aucun paiement. »

Una autre boulanger, a choisi d’être stoique, déclarant que « même si nous ne pouvons pas trouver de pain, nous mangerons autre chose. » Il a toutefois ajouté que c’était au gouvernement de réduire la dépendance de la Tunisie aux importations. « Nous devrions vraiment penser à investir dans notre propre blé », a-t-il déclaré.

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1 COMMENTAIRE

  1. dans le temps la Tunisie était le grenier de Rome en fournissant des céréales à l’empire romain depuis l’expérience expérience socialiste des années soixante ,la réduction des terres agricoles au profit d’une urbanisation mal conçue et le manque de subventions à l’agriculture le pays est devenu un grand pays importateur de céréales et autres produits alimentaires le dicton dit : maudit un pays qui ne produit pas ce qu’il mange la guerre russe-ukrainienne est un bel exemple pour que les tunisiens comptent sur eux mêmes plutôt sur l’étranger pour se nourrir , l’arme alimentaire est plus efficace que tout autre arme

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