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Tabboubi ferait-il son Poutine?

Tabboubi joue à la politique de la terre brûlée, et fait pour cela feu de tout bois. Un Poutine à la tunisienne se serait-il ainsi déclaré, qui se mettait depuis hier au pas de charge contre le chef de tout l’Etat ?

Le 16 mars au matin, le SG de l’UGTT recevait le nouveau représentant du FMI en Tunisie Marc Gérard. La photo de la rencontre montrait un Tabboubi, distant, assis au fond du fauteuil noir dans sa veste noire et sa chemise qui contenait mal sa bedaine proéminente (mais c’est peut-être l’effet photo), une main sur le dossier du fauteuil et l’autre sur la bouche comme s’il se retenait de dire des choses, et le regard pas amical.

  • Des airs de « guerre froide » entre Tabboubi et le FMI

Le communiqué sur cette glaciale rencontre, était plus que laconique ; il ne contenait rien. Manifestement, elle ne se serait pas bien passée. Le FMI demandait un consensus national autour du programme qu’il discute avec le gouvernement pour lui faire crédit.

Le même jour, en effet, le même Noureddine Tabboubi a réuni les syndiqués du transport en pleine ville au palais des congrès à Tunis. Il commence par remettre ses lignes rouges devant la privatisation des entreprises publiques. « Les réformes, dites douloureuses … oubliez-les », dont donc la maîtrise de la masse salariale, appelant à la relance immédiate des négociations salariales pour de nouvelles augmentations pour les années, 2021, 2022 et 2023. Mais aussi le dossier des entreprises publiques, toutes sources essentielles de dérapages budgétaires depuis 2012, dit-il à l’adresse du gouvernement. Il rejette ensuite le document que  ce dernier propose au FMI, battant en brèche l’une des principales conditions du FMI pour assister financièrement le budget tunisien.

Et comme en écho à cette position, le secrétaire général adjoint  de l’UGTT, Slaheddine Selmi, abondait dans ce sens, opposant une franche et irréversible fin de non recevoir  au  paquet de réformes du gouvernement en prévision des négociations avec le FMI.

Et , ce jeudi i 17 mars 2022 encore, à Tozeur au Sud tunisien, et à la manière d’un Poutine qui annonçait son « opération militaire » en Ukraine, le SG s’en va-t-en guerre contre le chef de tout l’Etat tunisien et son gouvernement (ar).

Tout y passe, Kais Saïed et son programme de « démocratie » en pyramide inversée et son « Istichara », la décision de la cheffe Bouden de centraliser les négociations sociales, le coup du 25 juillet 2021, et les négociations avec le FMI pour un nouveau programme d’assistance financière, le bilan des 8 derniers mois du mandat de tout le chef de l’Etat et tutti quanti.

Comme pour Poutine qui prend prétexte des séparatistes ukrainiens, l’alibi de Tabboubi a été la décision de Bouden de centraliser les négociations salariales. Et comme pour le chef du Kremlin l’expansion de l’Otan, la véritable raison, selon nous, de cette nouvelle ruade dans les brancards de Tabboubi, c’est le refus par Kais Saïed de relancer le dialogue national « made-in » UGTT pour résoudre la crise politique, institutionnelle et constitutionnelle que vit la Tunisie depuis le 25 juillet 2021.

  • Seul contre patrons et ouvriers

Et comme si tous ces bombardements syndicaux de l’UGTT ne suffisaient pas, le 16 mars 2022, la centrale patronale y met son grain de sel, et part en guerre contre la guerre que mène le chef de tout l’Etat contre lesdits circuits de mise en famine, et lesdits monopoleurs. Une guerre, confiée au ministre de l’Intérieur, où ses agents commettent des dépassements, obligeant le chef de tout l’Etat à recevoir une commerçante parallèle pour s’en excuser.

Dans son communiqué, dont on ne dira pas qu’il est incendiaire, l’Utica exprime sa « vive préoccupation » au sujet de la crise de confiance que vit la Tunisie tout en réaffirmant son opposition à toutes les formes de spéculation, de monopole et de contrebande, des pratiques dont l’entreprise est elle-même victime.

Sans jamais être toujours incendiaire, le communiqué du patronat, signé de la main de Samir Majoul et long comme un bras (722 mots), « condamne « énergiquement » les descentes visant les entreprises et exprime son refus des arrestations opérées, comme il stigmatise la campagne de diabolisation orchestrée contre les chefs d’entreprise, ce qui, a-t-il souligné, a créé une crise de confiance   et un climat de tension, poussant nombre d’entreprises à cesser leurs activités.

En un jour, Kais Saïed était arrivé à liguer contre lui Utica et Ugtt, syndicats ouvriers et patronat, chacun en ce qui le concerne. Lui-même, ses passionarias, ses fans et ses soutiens, ne le diront certainement pas ainsi, mais le chef de tout l’Etat tunisien est désormais seul face à beaucoup trop de monde, partis politiques, société civile, et organisations nationales. Seul, avec des projets, politique et économique, qui semblent de moins en moins applicables, mais qui ne font jusque-là qu’approfondir l’instabilité socio-politique et densifier le flou des perspectives, comme ceux dont parle l’INS.

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