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Où est allé l’argent de l’Etat en 6 mois? 10,5 Mds en salaires, et au moins 2,1 Mds en compensation!

C’est désormais clair, le budget de l’Etat tunisien pour l’exercice 2022 s’est trompé sur ses deux plus importants ratios. Il prévoyait un taux de croissance, pour le 1er semestre courant, de 2,6 %, il en aurait fait 2,8 %. Ceci pourrait être considéré comme une prévision prudente récompensée par les chiffres de l’INS.

Mais les prévisionnistes du budget tablaient sur un baril à 75 USD, ils en étaient, jusqu’à fin juin dernier, à un baril à 108 USD. Or, il est communément admis qu’une augmentation d’un dollar du prix du baril de pétrole représente un surcoût de 142 millions de dinars (MDT) pour le budget de l’Etat tunisien. Il suffirait de faire le calcul pour connaître le gap entre prévision et réalité. Ces mêmes prévisionnistes tablaient sur un USD à 2,995 DT, ils découvrent que le Dollar (USD), qui est la principale monnaie d’échange pour l’achat des carburants par exemple, est à 3,2099 DT. Le cours d’un Euro n’est pas très loin de ce niveau.

  • Nettement plus de dépenses que de recettes, pour le 1er semestre 22

On sait aussi, à travers le résultat de l’exécution du budget pour les 6 premiers mois de l’exercice 2022, que l’Etat a déjà pu récolter 24,714 Mds (Milliards DT) des 57,291 prévus dans la LF. Il faut dire que pour ramasser de l’argent, l’Etat est doué, aidé, faut-il le savoir, par une pression fiscale de 25,4 %, ce qui représente plus du ¼ des bénéfices des privés surtout, car le secteur public est déficitaire et reçoit même des subventions de l’Etat.

Les recettes de l’Etat comprenaient 19,3 Mds en recettes budgétaires, dont 17,4 Mds en recettes fiscales. Ces dernières, le ministère des Finances étant obnubilé par la récolte d’argent et la Douane poussant même, étrangement, les exportateurs à exiger de leurs clients étrangers de raccourcir leurs délais de paiement à seulement 30 jours, ont augmenté de 19 % en 6 mois.

En face, l’Etat reste expansif et ne semble pas vouloir se résoudre à la compression de ses charges et à mieux cibler ses dépenses pour que les taux ne tuent pas les totaux chez les contribuables. Les dépenses du budget, en 6 mois, ont frôlé les 19 Mds, en hausse de 7,7 % par rapport aux six mois 2021. Et il est intéressant de savoir que 10,551 Mds de ces dépenses sont allés en salaires de la fonction publique. Une dépense salariale, qui était en hausse de 5,3 % par rapport à 2021. Cela, sans compter les 2,112 Mds dépensés en compensation (400 MDT pour les produits de nécessité, 1415 MDT pour les carburants et 297 MDT pour le transport. A moins que ce qui a été déclaré ne corresponde pas à ce qui a été réellement décaissé, les dépenses de compensation devraient être à la moitié des 14,267 Mds prévus par la LF 2022. Si notre conclusion est vraie, on se demanderait alors pourquoi le ministère ferait-il ainsi ?

  • Presqu’à l’image d’une société en faillite, mais ce n’est pas le cas !

A elles seules, ces trois rubriques du budget ont représenté presque 67 % des dépenses. Parent pauvre, miséreux même, de ce budget, l’investissement. Pour créer de la croissance et de l’emploi, l’Etat tunisien n’a dépensé que 1,520 Mds. C’est-à-dire 8 % de ses dépenses, 7,8 % de ces recettes budgétaires et seulement 6,1 % de toutes ces recettes. Ceci, alors qu’on devait être au moins à 50 % des 4,183 Mds prévus par la LF. « اجبد ما ترد الجبال تتهد » pourrions-nous commenter, pour cette gestion calamiteuse des deniers publics et de l’argent des contribuables. Calamiteuse, en comparant le taux de croissance réalisé par une administration qui représente plus de 50 % des dépenses en salaires, et une population qui consomme plus qu’elle ne produit.

Il y a lieu de rappeler que le volume du budget de l’Etat pour l’exercice 22 avait été fixé à 57 Mds. Or, dans le document de l’exécution de ce budget, on remarque qu’à fin juin de la même année, le volume de la dette publique était de 106,718 Mds, contre un total de 114,142 Mds prévus pour … toute l’année 2022 ! Les spécialistes du droit commercial diront que c’est chose normale que la dette dépasse les revenus, car les fonds propres de l’Etat sont de loin plus importants.

Sinon, remarquons que l’Etat tunisien a continué à payer sa dette, sans discontinuer au cours du 1er semestre 2020. 5,842 Mds ont été dépensés en remboursement du principal, dont 2,196 pour la dette extérieure, et 3,646 Mds pour la dette locale.

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