Le ministre du Commerce camerounais a lancé la semaine dernière une plateforme numérique pour promouvoir le « made in Cameroon ». Un mot d’ordre qui vise à la fois à développer les industries locales et à rééquilibrer la balance commerciale du pays. Dans le domaine agroalimentaire, le made in Cameroon remporte un certain succès, mais beaucoup reste à faire.
L’année 2020 et la crise des échanges mondiaux a favorisé la prise de conscience des autorités camerounaises. Il fallait promouvoir les chaînes de valeur locales. C’est justement le travail d’Alain Fonin, fondateur de Agribusiness investment management, une société de conseil spécialisée dans les filières agroalimentaires.
Pour lui, le made in Cameroon dans l’alimentaire existe bel et bien. « Il y a notamment la filière des oléagineux dans laquelle on voit beaucoup d’industries qui se sont installées, ce sont des raffineries d’huile. On a la filière soja, la filière maïs », indique-t-il. Puis, il poursuit : « On a également des progrès dans le thé, le café, le cacao, le manioc, les farines et produits dérivés. On peut aussi observer des progrès dans la filière ananas, avec la production de jus de fruits. Et dans le poivre et le piment également. »
Mais si l’étiquette « produit localement » commence à apparaître dans les boutiques, on est encore loin du compte. Pâtes, tomates, huile et farine, le Cameroun importe en grande quantité. Pour Alain Fonin, l’agrobusiness camerounais a besoin de faire sa révolution. « On ne peut pas parler à ce jour d’émergence de ces chaînes de valeur-là. Il faudrait impulser la création de plantations industrielles de produits locaux et mettre en place un système de contractualisation pour impliquer les petits planteurs afin de s’aligner sur les besoins de l’industrie agroalimentaire. »
Pour Alain Fonin, une politique incantatoire ne suffit pas. Il faut regarder les modèles développés par certains pays comme la Côte d’Ivoire et renforcer le financement des filières agricoles. Car les banques n’ont pas toujours les outils de financement adaptés. « Il faut noter que les cycles d’exploitation de ces filières sont très peu connus du secteur bancaire. Dans le secteur de la transformation, nous n’avons pas de crédits à long terme. Des crédits sur dix, quinze ans ou vingt ans sont quasiment inexistants. »








