La Société Tunisienne de l’Air, Tunisair, publie ses indicateurs d’activité du premier trimestre 2026, en chiffres monétaires provisoires. Le tableau affiche une compagnie qui se remplit mieux, transporte plus, et gagne des parts de marché. Mais il tait un chiffre que le voyageur attend plus que tout autre, le taux de ponctualité. Cette absence n’est pas un détail, elle dessine en creux ce que la compagnie préfère ne pas montrer.
– Une activité commerciale en hausse franche
Commençons par ce que le tableau montre. Tunisair a transporté 540 651 passagers au premier trimestre 2026, contre 495 195 un an plus tôt, une hausse de 9 pour cent. Le coefficient de remplissage grimpe à 75,8 pour cent, contre 74,3 pour cent, soit 1,5 point gagné. La compagnie remplit mieux ses appareils, et c’est un signe de gestion commerciale assainie.
La part de marché progresse, de 24,2 à 24,5 pour cent, un gain de 0,3 point. Les revenus du transport passagers atteignent 331 millions de dinars, contre 314 millions, plus 5 pour cent. L’utilisation de la flotte s’améliore nettement, 9,58 heures par jour et par avion, contre 8,43, une progression de 14 pour cent. Sur le papier, la compagnie travaille plus et mieux.
– Mais la recette par passager recule
Premier signal discordant. La recette moyenne par passager baisse, 612 dinars contre 634, un recul de 3 pour cent. Tunisair remplit donc ses avions en baissant ses prix unitaires. La hausse des volumes compense, les revenus montent quand même, mais la compagnie vend plus en facturant moins. C’est une croissance par le prix bas, pas par la valeur.
L’effectif recule de 8 pour cent, de 2 786 à 2 553 employés. La flotte en exploitation reste stable à 19 avions, la note précisant que le permis d’exploitation de mars 2026 porte aussi sur 19 appareils. Les avions en propriété passent de 5 à 7, tandis que le leasing financier recule de 5 à 3. La compagnie semble reprendre la main sur sa flotte.
– Un endettement qui se tend
Le second signal est financier. L’endettement grimpe à 710 millions de dinars, contre 641, une hausse de 11 pour cent, que la compagnie attribue à la mise en place de nouveaux crédits en 2025 et début 2026. Les charges financières bondissent de 44 pour cent, de 9 à 13 millions de dinars. La dette coûte plus cher, et plus vite que l’activité ne progresse. La liquidité s’améliore certes, plus 31 pour cent, à 134 millions, mais elle est en partie nourrie par ces mêmes crédits. La trésorerie n’est pas le fruit de l’exploitation seule.
– Le chiffre qui a disparu
Reste l’essentiel, ce que le tableau ne dit plus. Tunisair publie le remplissage, le tonnage, les heures de vol, la part de marché, mais nulle part le taux de ponctualité. Or la compagnie le publiait encore récemment. Dans les indicateurs du quatrième trimestre 2025, la ponctualité de la flotte, mesurée par les départs en moins de quinze minutes de retard, s’établissait à 37 pour cent, contre 41 pour cent à la même période de 2024. Sur l’ensemble de l’année 2025, ce taux provisoire tombait à 37 pour cent, contre 46 pour cent en 2024.
Voilà qui change tout. L’indicateur ne s’est pas seulement évaporé du tableau 2026. Il disparaît après avoir révélé une dégradation nette, neuf points perdus en une année sur l’ensemble de l’exercice. Moins d’un vol sur deux partait à l’heure, et la tendance empirait.
Le remplissage mesure le succès commercial. La ponctualité mesure la qualité du service rendu. Une compagnie peut remplir ses avions grâce à des prix bas et une position dominante sur son marché national, tout en faisant patienter ses passagers sur le tarmac. En montrant la cabine pleine et en retirant l’heure de départ, Tunisair oriente le regard. Elle communique ce qui progresse et masque ce qui recule.
Cette omission n’est pas neutre. Elle prive l’analyste et le voyageur de la seule mesure qui relie l’activité à l’expérience vécue. Un taux de remplissage de 75,8 pour cent ne dit rien de l’attente en salle d’embarquement. Le retrait d’un indicateur qui baissait ressemble moins à un oubli qu’à un choix. Tunisair remplit ses avions, la donnée le prouve. Qu’ils partent à l’heure, la compagnie a cessé de le dire, au moment précis où la réponse devenait gênante.








