Les migrants sont de plus en plus nombreux à tenter de quitter la Tunisie, ce qui s’est traduit par des centaines de morts au cours des dernières semaines. Nombre d’entre eux sont arrêtés par les autorités et renvoyés en Tunisie. Les garde-côtes affirment avoir arrêté plus de 1 800 migrants depuis dimanche.
Ces derniers jours, les autorités tunisiennes ont arrêté des centaines de personnes qui tentaient de traverser la Méditerranée. Les garde-côtes ont déclaré mercredi 26 avril qu’au cours des deux derniers jours seulement, ils avaient arrêté 17 traversées et intercepté 524 migrants, originaires pour la plupart de pays d’Afrique subsaharienne.
Selon l’agence de presse allemande DPA, plus de 70 autres ressortissants tunisiens qui « se préparaient » à faire la traversée en mer ont également été appréhendés. Des arrestations qui s’ajoutent aux quelque 1 240 migrants qui avaient été interpellés plus tôt dans la semaine. Il n’est pas précisé s’ils ont été inculpés ou placés en détention.
D’après l’Associated Press (AP), les migrants arrêtés par la Garde nationale tunisienne ne sont pas considérés comme ayant commis une infraction et sont relâchés lorsqu’ils atteignent le port.
Des chiffres inédits
Les autorités tunisiennes ont qualifié de « sans précédent » le nombre de migrants qui tentent de quitter le pays. En une seule journée du mois de mars, un nombre record de 2 900 personnes ont été arrêtées par les autorités de Sfax, la ville voisine de Mahdia et les îles de Kerkennah, rapporte Infomigrants.
Les navires des garde-côtes ratissent les eaux à la recherche de migrants chaque nuit, trouvant des centaines de personnes qui tentent de gagner l’Italie à bord d’embarcations qui ne sont pas en état de naviguer et les ramenant sur les côtes tunisiennes. Des journalistes d’AP ont récemment accompagné les garde-côtes lors d’une expédition nocturne au cours de laquelle ils ont vu des migrants supplier qu’on leur permette de poursuivre leur voyage alors même que leur embarcation prenait l’eau. En l’espace de 14 heures, 372 personnes ont été ramenées, selon AP.
Les officiers de la garde côtière ont également pour mission de récupérer les cadavres en mer – au cours des dix derniers jours, près de 300 personnes sont mortes en tentant de traverser la Méditerranée centrale entre la côte nord-africaine et l’Italie, selon l’agence des Nations unies pour les migrations, l’OIM.
Dans le gouvernorat de Sfax, les autorités ont dû enterrer cette semaine des dizaines de corps échoués sur le rivage. Jeudi en fin de journée que 50 personnes avaient été enterrées dans des cimetières au cours des deux jours précédents et que les enterrements allaient être « intensifiés ».
La morgue de l’hôpital de Sfax était débotrdée. Une autre source citée par l’agence de presse DPA a déclaré que le nombre de corps à la morgue avait atteint environ 100 en quelques jours.
36 600 migrants atteignent l’Italie
Les autorités italiennes déclarent que le nombre de migrants ayant atteint les côtes italiennes en provenance d’Afrique du Nord depuis le début de l’année s’élève à plus de 36 600, soit environ quatre fois le nombre d’arrivées au cours de chacune des deux années précédentes. L’île italienne de Lampedusa, où beaucoup arrivent, se trouve à environ 180 kilomètres de Sfax.
L’Italie a l’intention d’arrêter les migrants en provenance de Tunisie, à la fois en renforçant ses lois sur l’immigration et en promettant des investissements et de l’aide pour obtenir des prêts internationaux. L’Union européenne fournit également à la Tunisie une aide et une assistance au développement visant principalement à contrôler l’immigration clandestine.
La commissaire européenne aux affaires intérieures, Ylva Johansson, en visite à Tunis jeudi, a déclaré que cette aide se poursuivrait. Elle verrait d’un bon œil que les migrants subsahariens basés en Tunisie soient rapatriés vers leur pays d’origine.
Les Africains subsahariens, dont certains vivent et travaillent en Tunisie sans papiers depuis des années, ont commencé à tenter de partir en plus grand nombre.
Une source à la Garde nationale a déclaré à l’agence AP que le tollé suscité par les Africains subsahariens avait contribué à l’augmentation du nombre de tentatives de traversée. « Après ce qui s’est passé, voilà. Ils n’ont plus les moyens de rester ici », a-t-elle indiqué. « Ils vont tout essayer pour passer de l’autre côté.
Un autre facteur a contribué à ce que les gens risquent leur vie en traversant vers l’Europe : les bateaux en métal, moins chers que les bateaux en bois, rendent la traversée plus facile et moins coûteuse.
Loa même source a révélé que des étrangers étaient même recrutés pour fabriquer les nouvelles embarcations, « comme des Égyptiens pour faire la soudure ». Mais tant que les autorités ne seront pas en mesure d’établir un lien entre cette industrie relativement nouvelle et les passeurs, les constructeurs de bateaux qui se feront prendre continueront à s’en tirer avec une simple amende, et les traversées de la Méditerranée, dont certaines ont des conséquences mortelles, se poursuivront probablement.








