AccueilLa UNEQue faudra-t-il attendre du binôme Saied-Hachani ? 

Que faudra-t-il attendre du binôme Saied-Hachani ? 

Manifestement, Kais Saied n’est pas homme à battre sa coulpe en ce sens que, malgré les péripéties qui peuvent jalonner l’exercice politique, il croit dur comme fer qu’il a vocation à aller au bout de sa logique. Il semble s’être forgé des convictions d’autant plus inébranlables que les institutions de l’Etat, et surtout, celles de ce qu’il appelle la « fonction exécutive » sont tenues d’y déférer. En nommant  Ahmed Hachani à la tête du gouvernement en lieu et place de Najla Bouden, il pense sans doute que le nouveau locataire de la Kasbah en a le pédigrée. D’ailleurs, il n’a pas manqué de lui rappeler, mercredi, la nature et les limites des pouvoirs qui lui sont reconnus par la Constitution, en têtes desquels ceux en rapport avec la magistrature suprême, autrement dit la fonction présidentielle.

Mais il en est un autre élément qui s’invite dans cette configuration et que souligne à grands trait la pénurie du pain, dérivée d’une économie qui se dégrade. Il a trait à la reddition des comptes au titre de la décision politique. « Curieusement, c’est le gouvernement et l’opposition qui font les frais de la colère populaire », plutôt que le régime lui-même dans lequel le président détient tout le pouvoir », estime le politologue Youssef Cherif de Columbia Global Centers, cité dans une analyse de l’AFP relayée par RFI. La nomination d’un nouveau chef du gouvernement  peut « montrer que le président écoute la parole dans la rue », a-t-il déclaré.

Que compte faire Saied ?

Certains analystes pensent que Saied pourrait engager des préparatifs politiques avant l’élection présidentielle prévue à l’automne de l’année prochaine.

Mais le nouveau chef du gouvernement, Ahmed Hachani, un avocat qui a travaillé à la Banque centrale, « n’est pas du tout un politicien. C’est un ancien camarade du président de la faculté de droit » de l’université de Tunis, a révélé l’essayiste politique Hatem Nafti, cité par la mêrme source.

Le nom et les antécédents du Premier ministre « n’ont pas d’importance. Il n’est là que pour mettre en œuvre les souhaits du président », a-t-il ajouté.

Youssef Cherif estime probable que « les principaux portefeuilles ministériels ne seront pas touchés, et que les changements seront limités à ceux qui ont connu des problèmes ces derniers mois ».

Ainsi, le ministre de l’Economie, Samir Saied, pourrait être pris pour cible, car il a mené des pourparlers avec le Fonds monétaire international sur un plan de sauvetage de 1,9 milliard de dollars que le président de la République a rejeté à plusieurs reprises comme « des diktats étrangers qui conduiront à plus de pauvreté ». « Ce serait logique, car avec Kais Saied, ils sont sur deux lignes irréconciliables », a déclaré, pour sa part, Hatem Nafti.

Et les retombées internationales ?

Les analystes disent qu’il est difficile d’imaginer que les pourparlers de sauvetage du FMI se poursuivront, étant donné l’opposition de Saied et ses appels à « une nouvelle institution financière mondiale ».

Le chef de l’Etat tunisien rejette la levée des subventions et la restructuration de 100 entreprises publiques souvent très endettées, deux mesures proposées par le gouvernement Bouden en échange du prêt du FMI.

Il dit qu’il cherchera des financements ailleurs. « Cela fait partie de sa pensée tiers-mondiste et populiste, et contribue à renforcer sa popularité », a déclaré Cherif.

Certains financements pourraient être possibles avec l’aide de l’Europe et de certains pays arabes comme l’Arabie saoudite, qui a récemment annoncé une aide financière de 500 millions de dollars, dont une subvention de 100 millions de dollars.

Mi-juillet, l’Union européenne et la Tunisie ont convenu d’un « partenariat global » prévoyant le versement de 255 millions d’euros (280 millions de dollars) cette année, dont 150 millions en contribution directe au budget.

À l’avenir, Bruxelles pourrait également accorder un prêt à long terme d’environ 900 millions d’euros, mais cela serait conditionné à une réforme politique et au respect des droits de l’homme, conformément aux règles de l’UE pour une telle aide.

« Ce qui compte le plus pour l’Europe, c’est que Kais Saied continue de garder les frontières de la Tunisie et empêche les migrants d’Afrique subsaharienne » d’essayer d’atteindre l’Europe, a déclaré Nafti.

Cette aide internationale, ainsi que les revenus du tourisme et l’argent envoyé par les Tunisiens à l’étranger, « offriront un répit aux finances publiques jusqu’à l’hiver », a déclaré Cherif.

Mais « plus de fonds seront nécessaires plus tard », et le risque de « défaut continuera d’être une option », a-t-il averti.

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