« Prenez- les par les cris » est devenue la tactique préférée des divers corps de métiers en Tunisie pour se procurer un soupçon de légitimité tels les cafetiers ou propriétaires de cafés qui n’ont pas cessé d’augmenter les prix des boissons et des cafés, tout en se lamentant continuellement d’une soit disant détérioration de leur situation.
Dans tous les cas, au plus fort des pénuries de café sévissant, depuis quelque temps, personne n’a vu, du moins dans la Capitale Tunis, un seul café fermer ses portes. En revanche, un nombre impressionnant de nouveaux cafés a vu récemment le jour de sorte qu’entre un café et un café, il y a un café, comme on le disait pour les bars à Paris.
Ainsi, une nouvelle hausse des prix des boissons et des cafés plus particulièrement a été opérée, ces derniers jours. On s’y attendait. La Chambre des cafetiers relevant de l’UTICA avait averti, le 7 juillet 2023, que l’augmentation des prix du café vendu aux cafetiers par l’Office du commerce sera répercutée sur les prix des boissons, dont les tasses de café noir ou au lait.
L’Office du commerce avait porté, le 7 juillet dernier 2023, le prix du kilogramme de café vendu aux cafetiers, via les torréfacteurs, à 19 dinars 800, contre 14 dinars 600 auparavant.
Cependant, personne ne connaît exactement les prix des tasses de café servies dans les cafés, car chaque établissement pratique des prix propres.
Dans un café au quartier Lafayette, le nouveau prix du café au lait est passé, depuis deux jours, à 2 dinars 100, contre 1dinar 900 pour le café noir. Un autre café voisin propose la tasse de café au lait à 2 dinars 600, selon les nouveaux tarifs.
Substituts intéressants
Pourtant, l’importation du café vert est monopolisée par l’Office du commerce, de sorte que beaucoup craignent que l’opacité marquant déjà ce secteur n’augmente en donnant suite à la demande de libéralisation totale de l’importation de ce produit, formulée sans cesse par les torréfacteurs et les cafetiers.
D’ailleurs, sur les 30 mille tonnes de café importées et consommées annuellement en Tunisie, 2% sont importées directement par les torréfacteurs représentés par les grandes sociétés dominantes du secteur.
La libéralisation est présentée comme la solution aux pénuries, ce qui est absolument faux, selon les analystes et experts qui signalent à cet égard le nombre très élevé de cafés ayant vu le jour ces dernières années et dont la conséquence directe a été une forte augmentation de la demande de café importé.
Les citoyens se rappellent encore comment les cafetiers, en 2019, à l’apogée de leur expansion, avaient voulu imposer aux consommateurs un temps bien déterminé à passer dans les cafés pour siroter leurs boissons (une demi-heure maximum, sans quoi le consommateur doit faire une nouvelle commande).
Aussi, est-ce cette prolifération anarchique des cafés qui est, en grande partie, à l’origine des difficultés dont souffre actuellement ce secteur « improductif » d’ailleurs à plus d’un titre et dont l’emploi est le seul aspect positif.
A cet égard, l’économiste Jameleddine Aouididi , dans des déclarations à des médias locaux , a mis en garde contre une libéralisation totale des importations de certains produits alimentaires, dont le café. Il s’est référé à l’échec de la libéralisation du secteur des fourrages au profit de trois grandes entreprises. «Je me rappelle très bien que cette expérience a eu pour conséquences néfastes l’aggravation de la spéculation et autres pratiques qui ont beaucoup nui à l’intérêt des éleveurs et professionnels du secteur. Pour le secteur du café, je crains les mêmes conséquences en cas de libéralisation totale».
Un observateur de la chose économique, de son côté, estmait que « quoique la compensation sur le café soit relativement faible, comparée à celle des céréales ou celle de l’énergie, il serait toujours intéressant, dans le cadre de la révision du système de compensation et afin d’orienter les subventions aux personnes qui les méritent vraiment, de lever la subvention sur le café. Celle-ci profite actuellement surtout aux cafetiers des quartiers chics qui vendent la tasse de café à des prix exorbitants ».
D’ailleurs, dans ce même ordre d’idées, sont proposés plusieurs substituts intéressants au café dont la chicorée, le café d’orge grillé, la poudre des noyaux torréfiés des dattes, la poudre des graines de la gousse de caroubier.
Justement, n’en déplaise aux spécialistes et scientifiques, qui dans un virage inexplicable de 180 degrés, ont commencé, ces dernières années, à vanter les bienfaits de la caféine, substance active du café, pour le système cardiovasculaire, il n’en demeure pas moins qu’elle est un excitant propre à créer une addiction comme le tabac, l’alcool et les drogues, ce qui explique que la consommation du café s’accompagne souvent avec la consommation de tabac et d’alcool, dans le cadre de cocktails des plus nuisibles pour la santé.
S.B.H








