A l’image des divers autres dossiers nationaux, le coût économique et financier du tabagisme et de l’alcoolisme en Tunisie est connu depuis longtemps comme étant exorbitant et éreintant pour l’Etat, la société, la famille, les entreprises économiques, les personnes dépendantes, mais, faute de solutions réelles, il persiste et s’aggrave.
Le plus alarmant, selon les spécialistes dont le Dr Zoubei Chater, dans une étude collective, relayée dernièrement par des médias locaux, ce sont les classes vulnérables et économiquement faibles qui fument le plus et qui consomment le plus d’alcool. Les drogues illicites sont répandues également dans ces mêmes couches vulnérables.
On peut d’ailleurs le constater, à vue d’œil, dans la capitale Tunis, entre autres, à travers l’état de la clientèle des débits de vente des boissons alcoolisées qui, en files continues toute la journée, y vient s’approvisionner.
Les incidences du tabagisme sont mieux étudiées et inventoriées. L’étude signalée a indiqué que chaque année, le tabagisme tue plus de 13 mille 200 Tunisiens, dont 49% âgés de moins de 70 ans, c’est-à-dire des décès prématurés. Mais, 18% des décès sont dus à l’exposition à la fumée secondaire.
La dépendance et les maladies imputables au tabac coûtent à la Tunisie 2 milliards de dinars par an, soit 1,8% du PIB d’après une étude réalisée par le ministère de la Santé en partenariat avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Aussi, la Tunisie a été cooptée pour bénéficier, avec 23 autres pays, d’aides spéciales en vue de mettre en œuvre la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte anti tabac (CCLAT).
L’étude citée plus haut a parlé de 146 millions de dinars de dépenses de santé, et de 1,9 milliard de dinars de pertes économiques indirectes dues à la mortalité prématurée et à des problèmes de santé ainsi qu’aux pauses-cigarette sur le lieu de travail.
Le phénomène est commun à la plupart des pays du monde dont la France où, récemment, dans des déclarations à l’Agence France Presse, le professeur français Pierre Kopp, enseignant universitaire d’économie et auteur d’une note commandée sur le coût économique du tabac, de l’alcool, et des drogues en France, a averti « qu’il est temps que ces données cessent de résonner aux yeux des décideurs politiques comme une abstraction statistique, et que les pouvoirs publics prennent la mesure de l’ampleur des dégâts humains, économiques, financiers et environnementaux occasionnés par le tabac, et les autres addictions ».
Un rapport de l’OCDE a montré, chiffres à l’appui, que la lutte anti tabac est rentable, évaluant un rendement de quatre euros pour chaque euro investi dans la lutte antitabac ».
Les spécialistes tunisiens de l’étude tunisienne signalée plus haut, ont écrit en substance :« Nous estimons impératif la mise en place par l’Etat de toute une stratégie pour juguler le fléau du tabagisme. La prévalence des maladies cardiovasculaires est très importante chez les tabagiques. Un Tunisien sur trois risque d’en être atteint et pareil pour le diabète ».
Lutte rentable
Pour Pierre Kopp, « la lutte contre le tabac est une mesure de bon sens économique et fiscal : les études montrent qu’une diminution de la consommation de tabac permet de libérer du pouvoir d’achat auprès des anciens fumeurs, des dépenses redirigés vers une consommation de biens et de services créateurs d’activité, et donc de rentrées fiscales ».
Idem pour l’alcoolisme qui est un véritable fléau en Tunisie. Les médias maghrébins et internationaux ont pris l’habitude de signaler que la première capitalisation boursière en Tunisie est une société qui fabrique les boissons alcoolisées.
Tous les médias tunisiens ont répercuté, il n’y a pas longtemps, le rapport de l’OMS sur la consommation de boissons alcoolisées dans le monde arabe où il est mentionné que le tunisien consomme en moyenne 26 litres d’alcool par an, le plaçant ainsi à la deuxième position des pays arabes, juste après les Emirats Arabes Unies qui occupent la première place avec 32,8 litres par an.
Par ailleurs, toujours selon cette étude, en termes de consommation d’alcool rapportée à la taille de la population, la Tunisie dépasse la France, l’Italie, et même la Russie et l’Allemagne.
Selon la chambre nationale des boissons alcoolisées relevant de l’UTICA, les tunisiens consomment 493 mille canettes de bière et 109 mille bouteilles de vin par jour. Les dépendants de l’alcool atteindraient 2 millions personnes.
Or, selon la note du professeur Pierre Kopp, relative à la situation en France, « les recettes de taxation de l’alcool et du tabac, pour l’Etat français, respectivement de 4 milliards d’euros et 13 milliards d’euros » sont inférieures au coût des traitements des maladies dues à ces deux drogues, 7,8 et 16,5 milliards d’euros.
Ainsi, l’idée que les drogues comme le tabac et l’alcool apporteraient des bénéfices à l’État est donc totalement infondée.
S.B.H








