AccueilLa UNEEnergie : La place béante d'une «autorité indépendante de régulation»

Energie : La place béante d’une «autorité indépendante de régulation»

La trace de l’énergie est visible presque partout dans les crises qui ont secoué et secouent encore la Tunisie. Autrefois autosuffisant en ce produit, le pays n’a de cesse de voir ses ressources pétrolières et gazières décliner, pour lester lourdement ses finances et mêmes ses équilibres budgétaires. A un point  tel que  tous les budgets de l’Etat et ses lois de finances sont élaborés en prise directe  sur le cours du baril du pétrole.

C’est aussi un casse-tête social majeur, au regard des retombées des prix de l’énergie sur la caisse de compensation où les subventions des prix à la vente du carburant occupent un poste prépondérant. Et il importe de noter  que la suppression ou du moins une massive révision de la compensation du carburant est une condition indispensable dont dépend l’octroi du prêt de 1,9 milliard de dollars du Fonds monétaire international (FMI) à la Tunisie.

Autant d’éléments qui composent une architecture faisant de l’énergie une question faisant figure de dossier intouchable, voire de casus belli qu’il importe d’aborder avec une infinie dextérité et un luxe de précautions. D’autant qu’il y aurait beaucoup à dire sur la gouvernance qui s’attache  au secteur énergétique où la valse des ministres et des hauts responsables n’a rien de marginal.

Voilà sans doute pourquoi il est devenu plus qu’essentiel d’orienter les réformes vers cet aspect de la question et les enjeux qui s’y greffent. A cet égard, le président de l’Association Tunisienne des professionnels de l’Energie,  » Tunisia Energy Society  » (TENS), Hichem Mansour,  plaide en faveur de la création d’une autorité indépendante de régulation de l’énergie afin de garantir une stabilité dans le secteur.

Il s’en est fendu dans une interview à l’agence TAP où il explique, du moins souhait-il, que l’avènement de semblable instance  permettra de rompre avec le modèle de gouvernance  » archaïque  » actuel et d’instaurer plus de transparence.

C’est que ce secteur nécessite une stabilité au niveau de la gouvernance, afin que les gouvernants puissent mettre en place des stratégies à long terme et prendre des décisions, a-t-il expliqué, ajoutant  que l’administration tunisienne regorge de compétences qui sont capables de développer ce secteur mais le manque de maturité politique fait que ces personnes travaillent aujourd’hui dans des conditions difficiles.

A l’égal  de ce qui se passe dans la plupart des pays du monde et de la région  comme l’Algérie et l’Egypte, a-t-il plaidé, cette autorité permettra d’instaurer davantage de transparence dans le secteur et de rompre avec le modèle actuel de gouvernance qui reste archaïque

La Société Tunisienne d’Electricité et du Gaz (STEG) et l’Entreprise Tunisienne d’Activités Pétrolières (ETAP) ne peuvent plus continuer à endosser le rôle d’opérateurs et de régulateurs. C’est une situation de conflit d’intérêts, a-t-il souligné, dès lors que la STEG assume à la fois le rôle de gestionnaire du réseau électrique et celui de producteur d’électricité. Or, lorsqu’un producteur privé souhaite raccorder sa station de production d’énergie au réseau électrique, il est perçu par la STEG comme un concurrent.

Par conséquent, il importe aujourd’hui de répartir les tâches liées à la production, le transport et la distribution pour éviter cette situation. D’où l’impératif de créer cette autorité de régulation, a-t-il affirmé.

Et les ER !

L’autre grande question qui a valeur d’axe du futur pour la Tunisie, c’est celle des énergies renouvelables où elle aligne les retards. Pourtant, le pays est  doté de stratégies très ambitieuses et d’une batterie de lois en matière d’énergies renouvelables. Cependant, les choses peinent à bouger sur le terrain. Encore une fois, l’instabilité politique a entraîné une lenteur administrative, a fait savoir le président de TENS , quia rappelé que la  Tunisie a reçu, par le passé, plusieurs offres de compagnies souhaitant réaliser des projets de production d’électricité à partir d’énergies renouvelables mais la procédure de signature des contrats a pris deux ans. Dès lors, les compagnies qui ont fait ces offres ne désiraient plus lancer ces projets car les prix avaient augmenté en deux ans.

En ce qui concerne les projets d’autoproduction, les autorisations sont données par centaines mais seulement 20% des projets autorisés sont réalisés sur le terrain, et ce, en raison de problèmes liés notamment au raccordement et à la tarification.

Outre l’instabilité politique, il y a eu à un certain moment une résistance syndicale, comme cela a été le cas lors de l’entrée en exploitation des deux centrales photovoltaïques de Tozeur. Ces stations, qui étaient prêtes à entrer en service, ont mis presque trois ans pour être branchées au réseau de la STEG car le syndicat de cette société y était opposé.

Conjuguée à un manque de leadership, cette résistance au changement a causé du tort à la transition énergétique et entraîné de lourdes pertes financières. Cela a aussi, donné un mauvais signal aux investisseurs.

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