AccueilLa UNEIl n’y a pas que la bureaucratie et la pesanteur administrative…

Il n’y a pas que la bureaucratie et la pesanteur administrative…

Des activistes sincères et la presse nationale l’ont dit depuis 2017. La corruption et les lobbies attachés à leurs intérêts particuliers ont été reconnus officiellement dernièrement comme étant parmi les causes majeures du blocage des centaines de projets publics de toutes les tailles programmés depuis 2012, en Tunisie, dans le sillage de la révolution du 14 janvier 2011.

Comme quoi, il n’y a pas que la bureaucratie et la pesanteur administrative  régulièrement invoquées, en Tunisie mais ailleurs aussi, pour justifier ce verrouillage et s’en laver les mains, sous prétexte qu’il y va de la nature de toutes les administrations du monde d’être tatillonnes et lentes.

Le Maroc, entre autres, fait face à ce problème au point que selon les rapports de presse, il se démène, actuellement, avec près de 3000 projets publics bloqués.  
Justement, pour revenir à la Tunisie, les projets publics bloqués et la nécessité de faire sauter tous les verrous ayant  conduit à cette situation ont été au centre de la rencontre du Président de la République, Kaïs Saïed, avec le chef du gouvernement, Ahmed Hachani, mercredi dernier 8 novembre 2023.

Le Président de la République a souligné la nécessité d’accélérer la réalisation de ces projets, « car les études ont été achevées et les budgets alloués, mais la mise en œuvre tarde ou connaît des problèmes ». Il a mis en garde  contre « les mesures  prises non pas pour mettre en application la loi, mais pour satisfaire les lobbies car ces projets nuisent à leurs intérêts », dénonçant « tous ceux qui participent à ces obstructions et à ces reports en se mettant ainsi au service  des réseaux criminels qui cherchent à remplacer l’État dans de nombreux secteurs publics tels que le transport, la santé, l’infrastructure, l’éducation et autres ». L’idée est que ces lobbies cherchent à détruire ces services publics assurés par l’Etat afin de permettre aux privés et aux particuliers de se substituer à l’Etat pour les assurer conformément à leurs intérêts.

C’est aussi l’avis des syndicats ouvriers et de l’UGTT, franchement exprimé aux diverses occasions qui se présentent.

Dans ce contexte, les nouvelles autorités issues du processus du 25 juillet 2021, déclarent miser sur ce qui est appelé « assainissement de l’administration » des intrus politiquement engagés et inféodés à d’autres parties, accusés d’être liés à ces lobbies.

D’ailleurs, au lendemain de cette rencontre entre le chef de l’Etat et le chef du gouvernement, la commission supérieure pour l’accélération de la réalisation des projets publics, a tenu, vendredi 10 novembre, sa première réunion , sous la présidence du chef du gouvernement, et s’est penchée sur les solutions propres à  surmonter les difficultés entravant la réalisation de différents projets dans les secteurs de santé, transport, infrastructure de base, investissement, agriculture, environnement, jeunesse et sport.
La commission supérieure a été créée en vertu du décret-loi no 68-2022 du 19 octobre 2022 relatif à l’accélération de la réalisation des projets publics.

Priorisation

Des propositions pratiques ont été avancées à cette occasion en vue de surmonter les problèmes obstruant l’avancement d’un grand nombre de projets.

Parmi les décisions prises figurent, entre autres, la facilitation des procédures administratives et juridiques de prise de décision aux niveaux régional et local, la priorisation des projets bloqués, le renforcement des services administratifs en  à travers le mécanisme de détachement ou la mise en disponibilité.

 Quoique la question des projets publics bloqués soit vieille, leur nombre exact  n’est pas connu, faute de recensement. Ils seraient très nombreux et de toutes les tailles.
Les rapports de presse s’attachent à  insister, plus particulièrement,  sur les grands projets, tels que le projet du Réseau ferroviaire rapide, l’aménagement de la place Barcelone à Tunis, le port en eau profonde d’Enfidha, le CHU de Kairouan, le métro de Sfax, Sama Dubai.

A cet égard, les analystes n’excluent pas l’influence des lobbies mais mettent l’accent aussi sur les freins bureaucratiques.

Déjà, en 2017, un haut cadre du ministère du développement et de la coopération internationale, à l’époque, Aymen Erraies, avait appelé, dans une interview à l’Agence TAP, « à l’activation des projets d’investissements publics en Tunisie, bloqués non pour une question de financement, mais en raison de la lenteur des procédures administratives ».

« Si nous continuons sur cette lancée et que le retard s’accentue, ceci pourrait engendrer la perte de plusieurs dons dont les promesses ont été faites lors de la conférence de l’investissement « Tunisia 2020″, mais aussi la perte de la confiance des parties donatrices », a-t-il dit, avertissant que « la lenteur des procédures administratives et l’exigence de multiples autorisations favorisent l’augmentation des abus, contribuent à la propagation de la corruption et rendent plus difficile l’attraction des investisseurs ».

Pour ne citer qu’un exemple, les dossiers relatifs aux projets publics financés, en tout ou partiellement, par des parties étrangères (prêts et dons) devaient être examinés par les structures compétentes, deux fois avant de statuer à leur sujet, ce qui occasionne des retards d’exécution, de sorte qu’une commission spéciale a été créée pour s’en charger et éviter ces entraves inutiles.

On en signale, entre autres, le CHU de Kairouan (don saoudien), l’aménagement de la place Barcelone (prêt français), SAMA  Dubaï, le projet ELMED.

S.B.H

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