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Le business juteux de la conservation alimentaire

Que nos lointains ancêtres reposent en paix dans leurs tombes, en nous léguant  les techniques de conservation alimentaire, qui, d’un moyen ingénieux de vaincre la saisonnalité, sont devenues de nos jours à l’ère de la marchandisation à outrance,  du moins en Tunisie, un business juteux pour se remplir les poches de mitraille (argent). Elles se sont transformées, bien souvent, en astuces.

Ainsi,  le piment rouge moulu est vendu à 25 dinars le kilo, tandis que quelques grammes de thym ou de romarin séchés (15 g), conservés dans de petits sachets transparents, sont proposés à environ deux dinars. La même quantité de menthe séchée, ainsi conservée, en vaut beaucoup plus au point que des organisations de défense de consommateurs ont trouvé dans ces arnaques de solides arguments pour dénoncer la dérive incontrôlée des prix. 

 Déjà riche en de nombreux produits, le créneau ne cesse d’en phagocyter d’autres et de perfectionner « la présentation », pour mieux les écouler aux prix voulus.

Ainsi, après leurs pâtes connues et très demandées depuis longtemps pour farcir certains gâteaux traditionnels comme le makroudh, les dattes dont la Tunisie est gros producteur mondial, présentent aujourd’hui plusieurs dérivés et sous-produits, autant ou davantage que le lait et les olives, dont la poudre de dattes, le sirop de dattes, le concentré de dattes appelé communément en arabe « rob » (sorte de miel ), outre le café de noyaux de dattes.

Sous le protectorat français, on fabriquait même de manière artisanale une liqueur à base de dattes, mais à part les pâtes, les autres dérivés n’étaient pas encore développés.

Cependant, une bouteille de sirop de dattes (25 cl) coûte près de 25 dinars.

Un autre sous-produit agricole ou dérivé, connu et développé depuis longtemps, les figues séchées (chériha) sont vendues à plus de 25 dinars le kg , mais ces prix vont certainement doubler, car ceux des figues fraîches d’été les ont atteints (l’été dernier, les figues fraîches étaient proposées à  17 dinars le kg).

Les dattes fraîches ont vu également leurs prix grimper ces dernières années à des niveaux exorbitants.

Actuellement, alors que la saison 2023 se poursuit encore dans les centres de production au Jérid et à Nefzaoua, la variété Déglat de dattes supérieurs est proposée à des prix allant jusqu’à 12 et 13 dinars le kg, sans garantie qu’il s’agit de la nouvelle récolte. 

Pourtant, échappant aux aléas de la pluie, la production tunisienne de dattes Déglat de cette saison 2023 est très bonne (plus de 260 mille tonnes représentant 80% de la production totale).

Route de l’huile d’olive

Dans les discours officiels et officieux, ces évolutions sont applaudies au nom de la valorisation de la production agricole.

Les rapports officiels font état d’un accroissement notable des entreprises opérant dans ces domaines, au cours des cinq dernières années.

Pourtant, les produits agricoles, du moins sur le plan des prix, n’ont plus un pressant besoin d’être valorisés autrement pour faire l’affaire des commerçants et des négociants.

En septembre 2022, la Tunisie a annoncé avec fierté être le premier pays dans le  monde à se doter d’une norme technique spécifique à la poudre des dattes et à stantardiser ainsi les caractéristiques de ce produit, dans l’ambition, disaient  alors les responsables, de se positionner comme exportateur important de dérivés de dattes, au niveau de la première place qu’elle occupe en tant que  gros exportateur de dattes fraîches.

L’idée est bonne car ce sous-produit dérive de la valorisation des écarts de tri des dattes, c’est-à-dire « des déchets », qui représentent annuellement 30% de la production.

Justement, comme l’a souligné un expert agricole à African Manager, ce ne sont  pas la valorisation et la conservation qui sont, en définitive, responsables de leur utilisation pour gonfler les prix, mais les hommes.

Idem pour les nombreux projets réalisés ou en cours de réalisation en vue de la valorisation de ce qui est appelé « produits du terroir ».

Une route de l’huile d’olive a été, ainsi, lancée à Sfax en mars 2023, à l’initiative de l’association « Tunisie l’Olivier », sous la forme d’un circuit touristique basé sur l’utilisation de l’huile d’olive dans la cuisine et la pâtisserie traditionnelles tunisiennes.

Là aussi l’idée est bonne, mais le prix de l’huile d’olive en Tunisie atteint déjà 26 et 27 dinars le litre, tandis que  la production tunisienne, la 4ème en volume sur le plan mondial, est à 80% exportée, techniquement dans de bonnes conditions.

S.B.H

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