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STAR 2025 : Ce que la communication financière taisait, et que les CC ont dit

Au mois de juin, la STAR présentait ses résultats 2025 sous le mot d’ordre adaptabilité et résilience. Bénéfice en hausse de 33,9 pour cent, action qui flambe, fractionnement réussi. Le récit était maîtrisé. Puis sont venus les états financiers définitifs, accompagnés des rapports des commissaires aux comptes. Mêmes chiffres, autre histoire. Là où la communication mettait en scène la performance, l’audit signale une révélation au procureur de la République et un contrôle social en cours. L’écart entre les deux documents est le vrai sujet de cet article.

–          Deux documents, deux paroles

Il faut d’abord distinguer la nature des sources. La communication financière de la STAR est une parole d’entreprise. Elle est organisée par la société, à sa main, avec les éléments de langage qu’elle choisit. Le slogan adaptabilité et résilience en dit le ton. Ce document met en avant ce que la direction veut montrer. Le bénéfice qui progresse, le titre qui termine l’année à son plus haut, à 63,820 dinars, en hausse de 55 pour cent, le fractionnement de l’action qui rouvre le capital aux petits porteurs.

Les états financiers définitifs sont d’une autre nature. Ils sont certifiés par deux commissaires aux comptes indépendants, Mohamed Hédi Kammoun pour ECC Mazars, et Abir Matmti pour Conseil Audit Formation. Leur rapport n’est pas un outil de promotion, c’est un acte de contrôle légal. Et c’est précisément dans ce second document qu’apparaissent les éléments que le premier ne pouvait, ni ne voulait, contenir.

–          Sur les chiffres, aucune contradiction

Soyons justes, les deux documents ne se contredisent pas sur les nombres. Le bénéfice social de 39,9 millions de dinars tunisiens, soit MDT, est confirmé. Les commissaires certifient les comptes sincères, sans réserve, avec des capitaux propres positifs de 450,2 MDT.

Ce que notre première lecture avait établi tient donc intégralement. Le résultat s’appuie sur deux béquilles. Une reprise de provisions de 30,6 MDT, près de 77 pour cent du bénéfice, qui provient du passé et non de l’exercice. Et un apport des marchés financiers de 12,2 MDT. Sans ces deux soutiens, le métier d’assureur pur frôlerait l’équilibre. La certification valide la régularité des comptes, elle ne valide pas la solidité du modèle. Cette nuance, la communication financière ne la faisait pas. L’audit, par sa nature, la rend visible.

–          La phrase qui change la lecture

Vient ensuite le point nouveau, et le plus sensible. Dans la partie consacrée aux obligations légales, les commissaires écrivent qu’en application de l’article 270 du Code des sociétés commerciales, ils ont procédé à une révélation au procureur de la République du tribunal de première instance de Tunis 1, en date du 2 juin 2026.

Il faut peser chaque mot. L’article 270 oblige le commissaire aux comptes à signaler au parquet les faits délictueux dont il a connaissance dans l’exercice de sa mission. Une telle démarche n’est jamais routinière. Mais le rapport s’arrête là. Aucun fait nommé, aucune qualification, aucune infraction précisée. La prudence interdit d’inférer quoi que ce soit sur l’objet de ce signalement. Le fait brut demeure, il y a eu révélation au procureur, et la communication financière de juin n’en soufflait évidemment pas mot.

–          Un contexte de fin d’exercice chargé

À cette révélation s’ajoutent quatre observations des commissaires, qui ne modifient pas leur opinion mais éclairent l’environnement. D’abord, les travaux d’apurement des suspens liés à la migration vers le nouvel ERP comptable Sage, opérationnel depuis le 1er janvier 2025. Ensuite, un volume important de dossiers juridiques non techniques suivis par la compagnie. Puis la nouvelle note ESG, conforme au communiqué du Conseil du Marché Financier du 13 février 2026. Enfin, et c’est notable, la notification le 18 mai 2026 d’un contrôle social, portant sur les cotisations et obligations sociales de la société, couvrant la période 2023 à 2025, et dont l’impact ne peut être mesuré à ce stade.

Aucun de ces éléments ne figurait dans la communication de juin, et c’est logique, une présentation orientée résilience n’a pas vocation à les afficher. Le rapport d’audit, lui, doit les porter à la connaissance des actionnaires. Le document ne relie aucun de ces points entre eux, ni à la révélation du procureur. Mais leur présence conjointe, dans le même rapport, dessine une fin d’exercice plus tendue que ne le laissait paraître le récit officiel.

–          Ce que la solidité ne dit pas

Sur les fondamentaux, rien ne change. Les provisions techniques brutes atteignent 1 028 MDT, soit 62 pour cent du bilan. Les placements nets pèsent 1 169 MDT, et recèlent une plus-value latente d’environ 200 MDT, près de cinq fois le bénéfice annuel. La STAR reste un assureur solide, largement provisionné, assis sur un trésor non encore réalisé.

Mais une certification sincère et une assise solide ne répondent pas à la question ouverte par le rapport d’audit. La communication financière donnait une image, vraie mais partielle, taillée pour rassurer. Les états financiers définitifs donnent une image complète, validée mais inconfortable. L’écart entre les deux n’est pas une affaire de chiffres, c’est une affaire de ce qu’on choisit de dire. Le rôle du commissaire aux comptes est précisément de dire ce que la communication d’entreprise passe sous silence. L’assemblée générale du 21 juillet 2026 devra éclairer ce que le rapport se contente de signaler.

–          Le split, une opération propre qui accompagne une flambée boursière

N’oublions pas pour autant l’autre événement sur lequel la DG de Star comptait pour escamoter le reste, le fractionnement de l’action, ce qu’on appelle un split. La STAR a coupé son action en plus petits morceaux. Chaque actionnaire a reçu sept actions nouvelles pour six anciennes, à partir du 22 décembre 2025, avec une valeur nominale ramenée à 5 dinars. Quand une action coûte cher à l’unité, beaucoup de petits épargnants n’osent pas l’acheter. En la divisant, on baisse le prix d’une part prise séparément. L’actionnaire se retrouve avec plus de parts, mais chacune vaut moins cher, si bien que la valeur totale de ce qu’il possède reste exactement la même. Le gâteau est seulement coupé en plus de tranches.

Pourquoi maintenant ? Parce que l’action a flambé en 2025. Elle a terminé l’année à son plus haut, à 63,820 dinars, et la STAR parle d’une hausse de 55 %. Le titre était devenu cher, et le split arrive au bon moment pour le rouvrir aux petits porteurs. C’est une opération saine et classique, qui ne cache rien en soi. Elle accompagne simplement une très belle année en Bourse, et il faut chercher ailleurs les vraies zones d’ombre.

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