Les amateurs de flâneries cathartiques que la curiosité a poussés, sûrement, un jour , dans les rues et ruelles reculées de la Médina de Tunis, ont certainement constaté l’état de délabrement et d’abandon total dans lequel les habitations et locaux de cet alias cœur battant de la Cité historique de Tunis, ont été réduits, alors que tout autour à des dizaines de kilomètres à la ronde, grouille de vie.
La situation est la même dans les autres villes tunisiennes ainsi que dans les villages du Nord au Sud du pays.
C’est qu’à l’instar de l’Univers qui, selon les scientifiques, connaît depuis sa naissance, il y a des milliards d’années, une expansion continuelle du centre vers la périphérie, les villes tunisiennes et les villages également ont connu, depuis l’Indépendance, une expansion urbaine similaire du centre vers la périphérie. Du coup, les vieux centres urbains, noyaux historiques des villes, déclarés anachroniques, ont été abandonnés, sans le moindre ménagement, au profit de nouvelles cités résidentielles soit disant plus adaptées à l’air du temps, telles les Cités d’El Menzah, et d’El Manar, dans la périphérie de Tunis.
Non seulement l’aspect résidentiel, mais l’activité commerciale de la Capitale a été un jour complètement transplantée dans la périphérie, avant le grand renversement entamé depuis les années 1990, qui lui a redonné sa primauté incontestable, réduisant la périphérie à ses limites réelles.
Mais, ce retour prodigieux des vieux centres urbains aux premiers rangs du mouvement historique, ne s’est pas étendu à l’ensemble. Les médinas et les noyaux originaux souffrent toujours d’abandon au point que dans plusieurs cas, les villes se sont dédoublées, en nouvelles et vieilles villes, ainsi dénommées d’ailleurs, comme la vieille Matmata et la nouvelle Matmata, à Gabès.
Le phénomène est universel d’ailleurs. Les Egyptiens, après de vaines extensions tentaculaires de leur Capitale, le Caire, ont décidé de la dédoubler, en construisant dans sa périphérie une nouvelle Capitale du même nom du Caire.
La ville de Tokyo, capitale du Japon, compte 40 millions d’habitants, de sorte qu’on peut imaginer les expansions et extensions qu’elle a dû connaitre pour pouvoir accueillir tout ce monde.
En février 2015, des habitants de la médina de Béja, au Nord de la Tunisie, plus particulièrement des quartiers du Ribat, Sidi Mansour et Mekemda, ont manifesté devant le siège du gouvernorat, pour attirer l’attention des autorités sur l’état vétuste de leurs maisons et les risques de les voir s’écrouler sur leurs têtes, et ce suite au décès d’un jeune homme de trente ans à la cité “Ribat », à cause de l’écroulement du toit de sa chambre.
Pauvres et sans emploi pour la plupart, les habitants s’étaient plaints de n’être pas en mesure de procéder à la rénovation de leurs maisons.
Mais qu’il s’agisse de ce cas en particulier ou du cas de la Médina de Tunis et des vieux centres urbains, en général, outre ce manque de moyens, plusieurs autres problèmes empêchent leur rénovation et leur remise en valeur, au point que d’aucuns ont fini par les regarder comme des réserves foncières de premier ordre , propres à des exploitations des plus profitables.
Réservoirs fonciers !
Bourguiba avait tenté une grande réhabilitation des vieux quartiers de Bab Souika et El Hafsia, à Tunis, mais son projet a été plutôt un échec, à l’image du corbeau de la fable qui, voulant apprendre la manière de marcher des pigeons, a oublié la sienne. Il a défiguré l’ancien sans le remplacer adéquatement.
Dans la banlieue nord de Tunis, comme à la Goulette, faute de la disponibilité des terrains à bâtir, plusieurs projets de promotion immobilière ont été lancés en remplaçant les anciennes habitations vétustes acquises auprès de leurs propriétaires par de nouveaux immeubles.
Reste que l’idée de confiner ces médinas ancestraux au rôle de réservoirs fonciers a de quoi rebuter.
Les autorités y ont pensé. Un projet de loi relatif aux bâtiments menaçant ruine sera bientôt examiné par l’ARP afin de fixer les modalités de l’évacuation de ces lieux et l’indemnisation des personnes endommagées.
Selon les statistiques, plus de 5800 édifices situés dans les différents gouvernorats du pays sont menacés d’effondrement, dont 30% constituent un réel danger pour les citoyens.
La municipalité de Tunis compte à elle seule 816 constructions menacées d’effondrement, dont environ 100 nécessitant une évacuation immédiate.
Le gouvernorat de Mahdia se classe deuxième avec environ 425 bâtiments vétustes. Le gouvernorat de Jendouba en compte 228.
Une triste réalité qui commande, aux côtés de ce projet de loi, des interventions plus approfondies sur le terrain, à travers notamment l’Agence de réhabilitation et de rénovation urbaine (ARRU), à l’exemple du projet de la petite Sicile de la Goulette, entre autres. Il y a aussi le Fonds d’amélioration de l’habitat qui a permis de rénover une partie de la Médina de Tunis.
Le projet de loi stipule que les indemnisations pour les locataires de locaux à usage d’habitation ou destinés à des activités d’artisanat seront équivalentes à une année de loyer, tandis que les propriétaires d’entreprises seront indemnisés à hauteur de quatre années de loyer.
Il accorde aux propriétaires une période de trois mois à compter de la date d’évacuation pour régler la question de l’indemnisation.
Des amendes financières comprises entre 2 mille dinars et 20 mille dinars guettent les contrevenants.
Les sanctions, prévues dans ce projet de loi, concernent tout propriétaire qui n’a pas respecté le devoir d’alerter les autorités et tout propriétaire ayant exposé autrui à un préjudice n’ayant pas entraîné la mort en raison de l’état délabré de son habitation menacée d’effondrement. La sanction sera doublée pour tout personne n’ayant pas répondu favorablement à l’appel de l’évacuation.
S.B.H









il faut penser aussi à la réhabilitation des ensembles immobiliers du centre de Tunis avec tous les immeubles autour du lycée Habib Bourguiba ou autour du marché tous ces immeubles du début du XX siècle sont un témoignage d une architecture qui fait référence au Théâtre.
Louis-Noël PERNOT- TARDY