L’Observatoire Raqaba s’est saisi de la problématique du sucre, lequel, à l’instar d’un éventail de denrées de base, se prête à des épisodes de pénurie, d’autant moins explicables que la Tunisie est censée « regorger » de structures dédiées à la production du sucre et de la betterave, en tête desquelles la Société Tunisie du Sucre (STS).
A cet égard, Raqaba souligne œuvrer depuis un certain temps à réaliser une étude approfondie sur le système sucrier en Tunisie, à travers laquelle il a été confirmé qu’ « il n’est pas réaliste de parler de mesures de sauvetage urgentes, en l’absence d’un diagnostic précis, en raison de l’absence de rapports financiers et d’activité fiables.
Citant le fait qu’à ce jour, aucun commissaire aux comptes n’a été désigné pour les années 2020, 2021 et 2022, l’Observatoire y voit un « indicateur qui reflète, parmi bien d’autres la mauvaise gouvernance de l’entreprise ».
En effet, rappelle-t-il, les dernières années ont connu une dégradation de la situation de l’entreprise, avec des pertes cumulées atteignant 46,5 millions de dinars à fin 2019, ce qui a rendu les fonds personnels et la situation comptable nette négatifs de l’ordre de 21,5 millions de dinars, ce qui confirme que l’entreprise est en état de faillite.
Raqaba s’inscrit en faux contre les informations qui circulent selon lesquelles l’entreprise enregistrait des bénéfices avant la révolution, les pertes cumulées fin 2010 s’élevant à 31,6 millions de dinars, soutenant qu’elle a enregistré des pertes au cours des années 2006, 2008, 2009 et 2010 respectivement de 17,5 millions de dinars, 7,2 MDT, 5 MDT, et 8,2 MDT, alors que la crise s’est aggravée après la décision ministérielle de 2009 de limiter l’activité de l’entreprise au raffinage du sucre brut au profit de l’Office tunisien du commerce, chargé de l’importation du sucre brut, en valorisant le sucre blanc après son raffinage par l’entreprise en échange d’une subvention de raffinage qui est déterminée en fonction des plusieurs indicateurs, dont la valeur en 2019 s’élevait à 211 dinars la tonne. L’entreprise est devenue un simple prestataire de l’Office tunisien du commerce et 99% de ses revenus provenaient de cette activité. La décision d’alors visait à distinguer la « Société tunisienne du sucre » une fois entrée en phase de production et la société Ginor.
Un lourd passif
L’Observatoire précise que la poursuite de l’activité de la société est due principalement au soutien continu de l’Etat à travers l’octroi de prêt de trésorerie, l’augmentation de la dette et le non-paiement des échéances des prêts échus, les dettes à court terme dépassant 50 millions de dinars, dont 22,3 millions de dinars, de service de la dette , outre un découvert bancaire de 3,2 millions de dinars.
Les dettes de la société envers les fournisseurs se sont creusées et s’élevant à 21,80 MD, alors que les cotisations de la Société Nationale de Distribution de Pétrole (SNDP), à fin 2019, se sont élevées à 15 MD. Les cotisations de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale ont dépassé les 2 millions de dinars, a Alors que la valeur des prêts à long terme a atteint 6 millions de dirhams,
Les indicateurs d’activité collectés par Raqaba à partir de divers rapports pour les années 2010 à 2019, confirment le caractère structurel de la crise, indique l’Observatoire, car, dit-il, il est clair que la capacité maximale de production de sucre blanc raffiné ne dépasse pas 160 mille tonnes par an dans les cas les cas extrêmes, selon le ministère du Commerce. La STS s’en est relativement approchée en 2015 et 2016 avant de reculer à nouveau. Cette capacité de production représente environ 35% des besoins du marché local en sucre blanc, et même si l’entreprise atteint sa capacité de production maximale, elle finira par essuyer des pertes que l’Observatoire estime à 5 millions de dinars.
Malgré l’investissement de l’entreprise dans la création d’une unité de conserverie de sucre, financé par des prêts bancaires et des établissements de leasing, depuis que l’unité est entrée en phase d’exploitation à partir de juillet 2017, ses résultats ont été négatifs, aggravant encore les pertes pour plusieurs raisons internes et externes. L’amélioration des résultats des années 2017 et 2018 malgré la baisse des indicateurs d’activité s’explique principalement par des revenus exceptionnels issus des indemnisations des compagnies d’assurance.
Le fardeau de l’exploitation a connu une augmentation significative au cours des dernières années en raison de l’augmentation des principaux consommables de production (fioul lourd, charbon, calcaire…) d’une part, et d’une augmentation des quantités injustifiées consommées.
« Mauvaise gouvernance et corruption endémique »
La mauvaise gouvernance, la faiblesse de la gestion et la corruption endémique sont parmi les raisons les plus importantes de la situation catastrophique dans laquelle s’est précipitée l’entreprise, qui seront détaillées dans le rapport de l’Observatoire sur le « Système Sucrier en Tunisie », qui inclut tous les aspects du la gestion des achats et des transactions, la gestion des ressources humaines, les abus et soupçons de corruption dans les contrats de sous-traitance entre l’Office tunisien du commerce et les différents acteurs concernés par le raffinage et le conditionnement du sucre, ainsi que le système de betterave qui été relancé en 2012, et dont la société Ginor a bénéficié raflant toutes les subventions allouées par l’État à ce titre, alors même que sa part dans la consommation nationale de sucre n’excède pas 1% ; un dossier qui fait l’objet d’une plainte pénale déposée par le Observatoire de surveillance des manipulations des fonds publics.
L’Observatoire confirme qu’il n’est pas possible de réformer la Société tunisienne du sucre compte tenu du contrôle de l’Office tunisien du commerce sur le système sucrier et au vu des modes de gestion actuels de l’entreprise. Bien que des « mesures urgentes » soient envisagées pour assainir la situation financière de l’entreprise en faisant en sorte que l’État prenne en charge ses dettes, cela revient à blanchir la corruption et l’échec, affirme Raqaba.








