Les petites et moyennes entreprises (PME) d’Afrique du Nord constituent à la fois l’épine dorsale de l’économie et un levier essentiel de croissance inclusive. De récentes évaluations préalables aux ateliers, menées par le Bureau sous-régional pour l’Afrique du Nord de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), mettent en évidence d’importantes lacunes en matière de connaissances en Tunisie et en Libye. L’évaluation a porté sur deux cohortes sélectionnées : 26 PME en Tunisie et 9 PME en Libye. Le groupe tunisien, composé à 31 % d’entreprises dirigées par des femmes et à 42 % par des jeunes, affiche une forte dynamique numérique mais un faible potentiel d’exportation.
Les hommes occupent majoritairement des postes de direction, tandis que les femmes assument souvent le leadership par le biais de la propriété et d’entreprises auto-créées (voir figure 1). La cohorte libyenne a atteint une quasi-parité entre les sexes, mais seulement 12,5 % des jeunes dirigeants, ce qui reflète une base de fondateurs plus mature, limitée par un accès fragile au financement et une connaissance limitée de la ZLECA, malgré des modèles entrepreneuriaux prometteurs Prises ensemble, les 26 et 9 PME offrent un aperçu démographique de l’entrepreneuriat nord-africain : diversifié et dynamique, mais toujours limité par des lacunes en matière de financement, de préparation à l’exportation et de soutien structuré à l’expansion.
Les évaluations faites confirment que les PME des deux pays sont principalement des micro-entreprises ou des petites entreprises dotées de structures organisationnelles légères. En Libye, plus de la moitié des entreprises interrogées emploient entre un et cinq salariés, tandis que seule une minorité compte entre 6 et 20 salariés. La Tunisie présente un profil similaire, avec près de 85 % de l’échantillon employant moins de 10 salariés. Les tendances sectorielles convergent également. En Libye, 46,2 % de la cohorte est employée dans l’industrie, englobant la transformation alimentaire, le conditionnement des épices, le recyclage des métaux et les énergies renouvelables. Le commerce représente 23,1 %, tandis que les services et l’artisanat se partagent le reste. La Tunisie présente une base sectorielle plus large, mais reste dominée par l’industrie, avec huit des 26 entreprises appartenant au secteur manufacturier et de transformation, suivi par une participation de niche dans l’agriculture, les services et le tourisme.
Lacunes en matière de capacités et de connaissances
Les scores d’auto-évaluation confirment des faiblesses différentes mais complémentaires dans les deux contextes. En Tunisie, le potentiel d’exportation est le pilier le plus faible (34,6 % du maximum), le potentiel numérique est le plus fort (96,1 %) et la durabilité est modérément élevée (76,9 %). La préparation financière est mitigée (64,1 %), plusieurs entreprises tenant une comptabilité solide, tandis que d’autres manquent de comptabilité de base (voir figure 4). Ce paysage inégal souligne la nécessité pour les PME libyennes de bénéficier d’un soutien urgent en matière de financement et de numérisation, tandis que les PME tunisiennes ont besoin de voies structurées vers les marchés internationaux.
Sensibilisation à la ZLECA et orientation export
La lacune la plus frappante est la méconnaissance de la ZLECA. En Libye, 66,7 % des PME déclarent une faible connaissance, seulement 22,2 % affichant une compréhension moyenne et 11,1 % une connaissance approfondie. Ce manque de familiarité empêche les entreprises de traduire leurs activités d’exportation existantes en une intégration régionale structurée. Les PME tunisiennes affichent également une compréhension limitée des règles d’origine et de la conformité commerciale, un défi qui limite leur fort potentiel numérique et de développement durable. Malgré ces lacunes, 56 % des PME libyennes exportent déjà, principalement par l’intermédiaire de courtiers informels et de réseaux personnels. Les PME tunisiennes affichent une ambition d’exportation, mais manquent d’informations sur le marché et de canaux de distribution structurés.








