Le colloque international sur « la coopération archéologique tuniso-française : nouvelles orientations, nouveaux résultats » met en lumière la longue histoire de cette coopération archéologique dans les domaines de la Préhistoire, de l’Antiquité et de la période islamique, entamée il y a 70 ans ainsi que ses grandes étapes, notamment depuis 1993.
Les experts et archéologues tunisiens et français réunis à Gammarth, les 23 et 24 octobre, présentent, chacun de son côté, les stratégies communes suivies ou à venir pour la préservation du patrimoine archéologique et la promotion de la coopération culturelle dans le secteur du patrimoine.
Organisé à l’initiative de l’Institut français de Tunisie (IFT), ce colloque international se tient en partenariat avec l’Institut national du patrimoine (INP) et l’Agence de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle (AMVPPC).
Ouvert jeudi matin, le colloque s’est poursuivi dans l’après-midi avec plusieurs interventions dont celle de Haythem Abidi, chercheur à l’INP, intitulée, « La coopération archéologique tuniso-française depuis 1993 ». Il y a retracé les grandes étapes de la cette coopération selon un fil chronologique et thématique, de la préhistoire à la période médiévale.
Sur le plan culturel, cette coopération s’est traduite notamment par des expositions temporaires et itinérantes destinées à rendre le patrimoine accessible au grand public. « Lieux Saints partages » et « Salammbô : de Flaubert à Carthage » ont ainsi été présentées successivement au Mucem (Marseille) puis au Musée du Bardo (Tunis). « Ces expositions ont contribué à valoriser le patrimoine tunisien à l’international et à renforcer l’attractivité culturelle du pays », a rappelé le chercheur.
Fouilles archéologiques, restauration, expositions, formations, publication et mobilités scientifiques constituent les grands piliers de cette collaboration que Haythem Abidi qualifie de « large éventails d’actions ».
Dès les années 60, les missions françaises ont collaboré étroitement avec l’Institut national d’archéologie et d’art (INAA), devenu en 1993 l’Institut national d patrimoine (INP).
Les fouilles réalisées ont permis d’enrichir les connaissances sur le patrimoine punique, romain et byzantin en explorant des sites majeurs de l’Antiquité, tels que Carthage, Dougga, Bulla Regia et Kerkouane. Cette collaboration s’est appuyée sur des approches pluridisciplinaires réunissant géomorphologues, archéologues et céramologues avec pour objectif l’analyse et l’étude de l’évolution de l’environnement littoral depuis l’Antiquité.
Les missions de fouilles conjointes ont également permis de lever le voile sur une histoire méconnue, notamment dans le sud du pays. Le conservateur affecté à la direction de la coopération de l’INP a cité, à ce propos, la publication en 1987 de l’Atlas préhistorique de la Tunisie, fruit d’une collaboration entre l’INP et l’Ecole française de Rome, un établissement scientifique français basé en Italie, travaillant dans le cadre de programmes de partenariats avec de recherches avec les pays du Maghreb et autres partenaires méditerranéens.
Les recherches interdisciplinaires menées dans ce cadre ont permis de consolider cette coopération, qui « constitue un modèle de collaboration durable, au service de la préservation, de la recherche et de la transmission de notre patrimoine commun ».
Parmi les projets phares figure le réaménagement en cours de la colline de Byrsa visant à valoriser le patrimoine comme moteur de développement culturel, social et économique. Ce projet s’inscrit dans le cadre du programme Tounes Wejhatouna soutenu par l’Union Européenne et mis en oeuvre par Expertise France en partenariat avec le ministère des Affaires culturelles.
« L’un des défis majeurs actuels consiste à révéler le potentiel patrimonial, scientifique et culturel des sites encore peu étudiés », a ajouté le chercheur, appelant à « leur intégration dans des démarches de recherche collaborative ».
Sur le plan de la formation, il a souligné le rôle des chantiers-écoles, fondés sur « la transmission des savoir-faire, la valorisation et la conservation des sites archéologiques et de leur environnement sur le long terme ».
En 2014, un chantier-école a été mis en place par le musée du Louvre au musée du Bardo. Cette initiative a offert aux restaurateurs tunisiens l’opportunité de s’initier aux techniques de restauration appliquées dans le célèbre musée parisien, puis de transmettre les connaissances acquises dans le cadre d’un atelier de Sculpture.
Depuis 2017, le site de Thyna, à Sfax, accueille une vingtaine de stages de formation dans diverses disciplines telles que « les archéo-sciences, l’archéologie urbaine, la céramologie, l’archéologie funéraire et la numismatique ».
Cependant la formation en patrimoine reste encore trop centrée sur la recherche universitaire, avec peu de passerelles vers les artisans, les techniciens ou les jeunes publics. Haythem Abidi plaide pour la réinvention de la manière de transmettre afin de faire revivre le patrimoine.








