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La lente croissance économique pèse sur les bénéfices des banques tunisiennes en 2026, selon S&P

S&P Global Ratings prévoit que la croissance des prêts des banques tunisiennes restera modérée, à environ 3,0 % par an en 2026, reflétant une croissance économique modeste, faisant état d’une projection de croissance du PIB de 1,7 % en 2026, hors chocs externes ou internes majeurs. La faible croissance, associée à l’absence de progrès dans les réformes structurelles clés, entraîne une baisse des investissements des secteurs public et privé et limite la capacité des banques à générer des bénéfices plus importants, explique-t-elle. L’agence note toutefois une reprise de la consommation privée. La récente baisse des taux d’intérêt par la banque centrale devrait alléger les coûts d’emprunt pour les entreprises et les particuliers, même si l’inflation relativement élevée et les normes de souscription médiocres des banques continuent de peser sur le coût du crédit.

La Tunisie compte sur la BCT pour le service de sa dette

La Tunisie a assuré le service de sa dette extérieure commerciale en 2024-2025 malgré des conditions de liquidité extérieure difficiles. Elle a été soutenue par des emprunts directs auprès de la Banque centrale de Tunisie (BCT) et par une augmentation des transferts de fonds, qui ont contribué à stabiliser les réserves de change. Les échéances à court terme sont modestes, totalisant 816,7 millions de dollars pour 2026 et moins de 350 millions de dollars pour 2027, ce qui allégera la pression budgétaire.

Cependant, un recours excessif à la BCT pourrait nuire à la crédibilité monétaire et alimenter l’inflation. La Tunisie a également utilisé la plupart de ses réserves disponibles, ce qui la rend vulnérable aux changements de l’environnement opérationnel international, tels qu’une forte hausse des prix du pétrole ou un ralentissement important de l’économie européenne, scénarios qui ne sont pas pris en compte dans notre scénario de base. Nous prévoyons donc que les banques continueront à faire face à des risques élevés liés à l’instabilité macroéconomique.

S&P Global indique prévoir que le niveau élevé de créances douteuses (NPL) représentera près de 16 % du portefeuille de prêts total au cours des 12 à 24 prochains mois, et que le coût du risque restera élevé, à environ 150 points de base. Les retards importants dans les réformes réglementaires ont entravé la capacité des banques à radier les prêts anciens. Les banques ont constitué des provisions ces dernières années sous la supervision de la banque centrale, mais le ratio de provisionnement pour pertes sur prêts (NPL) demeure modeste, à 55 % à la mi-2025. Cette couverture limitée limite la capitalisation des banques, selon nous.

Une rentabilité limitée freine la capitalisation

L’agence de rating anticipe une baisse négligeable de la rentabilité en 2026, suite à une récente réduction du taux directeur. Par ailleurs, l’importance des réseaux d’agences et la rigidité des structures de coûts continueront d’absorber plus de 40 % des revenus des banques, limitant ainsi leurs bénéfices. Les banques tunisiennes accusent également un retard par rapport à leurs homologues des marchés émergents en matière de digitalisation de leurs offres, ce qui limite davantage leurs bénéfices. Nous prévoyons un rendement des actifs de 1 % et un rendement des capitaux propres de 11 % en 2026.

Une rentabilité limitée entravera la capacité des banques à améliorer sensiblement leur capitalisation. Les ratios de solvabilité et de fonds propres de catégorie 1 du système bancaire se sont améliorés en 2024, atteignant respectivement 14,5 % et 11,9 % à la fin de l’année, contre 14,2 % et 11,3 % à la fin de 2023. Cependant, nous considérons la capitalisation globale comme faible compte tenu des risques importants qui pèsent sur l’environnement opérationnel des banques. De plus, plusieurs petites banques fonctionnent en deçà des exigences minimales d’adéquation des fonds propres. Bien que nous n’anticipions pas de risque majeur pour la stabilité financière, cela souligne la difficulté pour l’autorité de régulation bancaire de mettre en œuvre la réglementation, malgré les réformes récentes.

L’exposition souveraine des banques en hausse

L’exposition souveraine des banques tunisiennes demeure nettement inférieure à celle des marchés émergents comparables, notamment l’Égypte, fait observer S&P. Toutefois, l’exposition directe des banques aux obligations souveraines et aux programmes d’emprunt nationaux atteignait environ 30 milliards de dinars tunisiens (DT) en juin 2025, soit 16,5 % du total de leurs actifs – une hausse significative par rapport aux 12,7 % enregistrés fin 2022. Par ailleurs, elle estime que l’exposition directe des banques au secteur public et aux entités liées à l’État s’élevait à près de 19 milliards DT, soit 17 % du total des prêts, au 30 juin 2025. Sans soutien de l’État, certaines de ces expositions pourraient peser sur la qualité des actifs des banques, car la situation financière de certaines ELE demeure fragile. Nous comprenons que le gouvernement n’envisage pas de restructurer ni de liquider ces entités. Les banques tunisiennes dépendent de la BCT en raison de leurs sources de financement limitées.

Enfin, relève S&P, les dépôts de la clientèle, principale source de financement des banques tunisiennes, affichent une croissance stable et devraient augmenter d’environ 5 % en 2026. Toutefois, ces dépôts sont insuffisants pour financer intégralement les activités de prêt des banques, ce qui les oblige à recourir régulièrement à la banque centrale pour obtenir des financements complémentaires. Cette dépendance s’explique par la taille réduite du marché des capitaux local et l’accès restreint aux financements extérieurs. Nous prévoyons que la dette extérieure nette, provenant principalement de sociétés offshore, de la diaspora tunisienne et de lignes de crédit d’institutions multilatérales, dépassera légèrement 15 % du total des prêts domestiques en 2026. Le financement provenant de sociétés mères étrangères demeure limité par rapport aux marchés émergents comparables, mais les actionnaires étrangers détiennent près d’un tiers des actions du système bancaire tunisien.

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