Dans une interview accordée, ce mardi 3 mars 2026 à Africanmanager, le professeur a précisé que le Moyen-Orient a connu ces deux derniers jours une escalade militaire majeure entre les États-Unis et Israël d’une part, et l’Iran d’autre part.
Cette escalade, selon lui, ne se limite plus à des frappes ciblées, mais inclut désormais des attaques contre des sites stratégiques en Iran.
Elle s’est immédiatement reflétée sur les marchés, les prix du pétrole augmentant de plus de 13 % au cours des deux premiers jours, signe évident de l’inquiétude des investisseurs quant aux perturbations de l’approvisionnement et à leurs répercussions potentielles sur l’économie mondiale.
« Nous avons un premier scénario dont le conflit concerne que les opérations militaires, sans perturbation des approvisionnements pétroliers. Donc la hausse des prix reflète une prime de risque géopolitique de 10 à 15 % avant de diminuer progressivement avec l’apaisement des tensions. Ceci implique une augmentation temporaire des coûts de l’énergie et une inflation modérée dans les économies industrialisées, notamment en Europe et en Asie de l’Est, sans risque de stagflation (…)
Dans ce scénario, les marchés absorbent le choc grâce aux réserves stratégiques et à la capacité des producteurs situés hors des zones de conflit à accroître leur production de manière relative » a-t-il dit.
- L’économie tunisienne sera affectée dans sa facture énergétique
De ce fait, Chkoundali a, estimé que l’économie tunisienne sera affectée par une hausse modérée de sa facture énergétique, ainsi que par une légère augmentation de l’inflation. Selon la loi de finances 2026, chaque augmentation de 10 dollars du prix du baril par rapport aux prévisions budgétaires initiales coûte environ 1,6 milliard de dinars supplémentaires à la Tunisie. Ce scénario permet au secteur économique d’absorber le choc sans perturbations structurelles.
S’agissant du deuxième scénario, le professeur a estimé qu’il y aura une perturbation partielle de l’offre : ce scénario dépasse la simple variation symbolique des prix pour aboutir à une véritable perturbation partielle des exportations du Golfe ou d’Iran, de l’ordre de 3 à 5 millions de barils par jour. Dans ce cas, la prime de risque se transforme en un véritable choc d’offre et les prix pourraient dépasser
100 dollars le baril.
- Tunisie: Augmentation de 4 milliards de dinars de la facture énergétique
« Si ce scénario se concrétise, la Tunisie devra faire face à une augmentation de sa facture énergétique d’environ 4 milliards de dinars, avec une inflation en hausse de 0,75 à 1 point de pourcentage et un creusement du déficit commercial. D’autres économies importatrices d’énergie de la région, comme le Maroc, l’Inde et la Turquie, sont confrontées à des pressions similaires » a-t-il affirmé.
Evoquant le troisième scénario, il a affirmé que cela implique une perturbation généralisée du transport maritime ou une fermeture partielle du détroit d’Ormuz, transformant la crise en un choc systémique mondial. Dans ce cas, les prix pourraient augmenter de plus de 30 % à 40 % en peu de temps, atteignant potentiellement 120 dollars le baril, voire plus.
« La Tunisie supporterait une facture énergétique supplémentaire de 6 à 7 milliards de dinars, l’inflation augmentant de plus de 1,5 point de pourcentage et le déficit commercial se creusant significativement. Il est donc nécessaire de revoir les subventions énergétiques et de réajuster les dépenses publiques » a-t-il encore expliqué.
Pour le quatrième scénario, il a estimé que si les pays européens rejoignent l’alliance américano-israélienne, ou si la Russie et la Chine fournissent un soutien logistique ou diplomatique à l’Iran, la portée de la guerre s’étendrait par la formation d’alliances internationales.
Dans ce scénario, le pétrole cesse d’être une simple variable économique et devient un outil stratégique de remodelage des équilibres de puissance internationaux, pouvant mener à la formation de blocs économiques opposés et à un retour à une forte polarisation du système mondial. Dans ce cas, le prix du baril pourrait atteindre 150 dollars, voire plus.
« Ce scénario fait du pétrole un outil stratégique, et la facture énergétique de la Tunisie pourrait dépasser 10 à 11 milliards de dinars, avec une inflation en hausse de plus de deux points de pourcentage et un déficit commercial important qui pèse sur les réserves de change. Des interventions budgétaires significatives s’imposent, notamment un réajustement des subventions énergétiques et une révision du budget de l’État. Par ailleurs, la capacité de la Tunisie à attirer les investissements étrangers sera affectée par l’accroissement du risque souverain » a-t-il conclu.








