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Les Tunisiens divisés sur le commerce international, et méfiants envers l’influence occidentale, selon Afrobaromètre

Classée par la Banque mondiale (2025) comme un pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, la Tunisie occupe une position stratégique sur la côte méditerranéenne de l’Afrique du Nord et bénéficie d’une économie diversifiée reposant sur l’agriculture, l’industrie légère, le commerce de détail et le tourisme. Le commerce international joue un rôle central dans la stratégie de développement de la Tunisie. L’Union européenne (UE) est de loin le principal partenaire commercial de la Tunisie, représentant près de 60 % de ses échanges (Administration du commerce international, 2024). Environ deux tiers (67,2 %) des exportations tunisiennes sont destinées aux marchés de l’UE, tandis que 45 % de ses importations proviennent de l’UE.

La Tunisie a conclu également un certain nombre d’accords commerciaux régionaux et continentaux. Il s’agit notamment de l’accord d’Agadir de 2004 avec l’Égypte, le Maroc et la Jordanie, ainsi que d’accords de libre-échange bilatéraux avec l’Algérie et la Libye. En 2019, la Tunisie a ratifié son adhésion au Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) (Kebe, 2018), après avoir ratifié l’accord de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) l’année précédente (Administration du commerce international, 2024).

La Tunisie est membre fondateur de l’Union du Maghreb arabe (UMA), créée en 1989 pour promouvoir l’intégration régionale avec le Maroc, l’Algérie, la Libye et la Mauritanie (Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, 2016). Cependant, les activités de l’UMA sont depuis longtemps paralysées par les tensions géopolitiques, notamment la rivalité entre l’Algérie et le Maroc concernant le statut du Sahara occidental (Boukhars, 2018).

 Afin de relancer la coopération régionale au-delà du cadre de l’UMA, la Tunisie a accueilli une première réunion consultative en avril 2024 à Tunis avec les dirigeants algériens et libyens. Selon les autorités tunisiennes, cette initiative vise à favoriser non seulement le dialogue politique, mais aussi une collaboration socio-économique renforcée entre les trois pays (VOA Africa, 2024).

Comment les Tunisiens perçoivent-ils leurs relations économiques et politiques avec le reste du monde ?

Les résultats de la dernière enquête Afrobaromètre montrent que les opinions sur le libre-échange sont partagées, une minorité significative étant favorable à des limitations du commerce international afin de protéger les entreprises tunisiennes. Très peu de citoyens connaissent la ZLECAf.

L’influence économique et politique de la Chine, de l’UMA, de l’Union africaine (UA) et de la Russie est perçue comme plus positive que négative, mais une majorité rejette l’influence des États-Unis et de la France.

Une majorité estime que l’UA et l’UMA prennent en compte les besoins et les intérêts de la Tunisie dans leurs prises de décision, mais une très large majorité de citoyens affirme que les pays africains doivent avoir davantage voix au chapitre au sein des instances internationales telles que les Nations Unies.

Détail des résultats

– Une légère majorité de Tunisiens se dit satisfaite de la manière dont l’UMA (51 %) et l’UA (53 %) prennent en compte les besoins et les intérêts de leur pays dans leurs processus décisionnels. Cependant, plus de huit sur dix (82 %) estiment que les pays africains devraient avoir davantage leur mot à dire au sein des instances décisionnelles internationales telles que les Nations Unies.

– Une majorité modérée (54 %) de citoyens préfère le libre-échange à la limitation du commerce international afin de protéger les producteurs nationaux.

 Si le gouvernement décidait de faciliter le commerce international, près des trois quarts (72 %) des Tunisiens seraient favorables à un commerce ouvert avec les pays du monde entier, tandis qu’une minorité privilégierait le commerce avec les pays africains (15 %) ou avec les pays de l’UMA (7 %).

– Seuls 5 % des Tunisiens déclarent avoir entendu parler de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).  

Interrogés sur l’influence économique et politique de différentes puissances étrangères sur leur pays, les Tunisiens se montrent plus favorables que critiques à l’égard de l’influence de la Chine, de l’UMA, de l’UA et de la Russie. En revanche, les puissances occidentales sont bien moins bien perçues : seul un répondant sur dix environ se félicite de l’influence des États-Unis (11 %) et de la France (12 %).

– À la question de savoir qui a le plus aidé la Tunisie pendant la pandémie de COVID-19, les répondants citent le plus souvent la Chine (34 %), suivie de l’Europe (17 %) et des États-Unis (7 %).

 La proportion de citoyens qui estiment que les activités économiques de la Chine ont « une certaine » ou « une grande » influence sur l’économie tunisienne a diminué de 15 points entre 2015 et 2024, pour atteindre 59 %.

Enfin, parmi les 88 % de Tunisiens qui sont au courant de l’invasion russe de l’Ukraine, environ deux tiers (65 %) sont favorables à une position neutre dans ce conflit.

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