Les états financiers de la Société Tunisienne de Banque arrêtés au 31 décembre 2025 dressent le portrait d’un établissement qui progresse sur ses fondamentaux de solvabilité et de liquidité, mais dont la rentabilité s’érode significativement. Le résultat net recule de 20 %, le portefeuille crédit se contracte, et la question de la concentration des risques sur les entités publiques reste un point de vigilance explicitement signalé par les commissaires aux comptes.
– Un bilan en légère croissance : 15,4 milliards de dinars
Le total du bilan de la STB atteint 15,36 milliards de dinars au 31 décembre 2025, en progression de 2,6 % par rapport aux 14,97 milliards de 2024. L’essentiel de l’actif reste concentré sur deux postes : les créances sur la clientèle (8,64 Md DT, soit 56,3 % du total actif) et le portefeuille d’investissement (4,78 Md DT, soit 31,2 %), composé principalement de bons du Trésor (3,15 Md DT) et d’emprunts nationaux (1,08 Md DT). Du côté du passif, les dépôts de la clientèle progressent de 9,7 %, passant de 11,4 à 12,5 milliards de dinars — signe d’une collecte dynamique maintenue malgré le contexte économique tendu. Les capitaux propres totalisent 1,34 Md DT, en hausse de 4,7 %.
– Solvabilité : au-dessus des minima réglementaires
Les ratios de solvabilité placent la STB dans une position confortable. Le ratio Tier 1 s’établit à environ 12,5 %, bien au-dessus du seuil réglementaire BCT de 7 %. En incluant les éléments de Tier 2, le ratio total de solvabilité atteint environ 14 %, contre un minimum fixé à 10 %. Ces marges offrent un coussin de sécurité appréciable face aux chocs de crédit potentiels.
– Liquidité très confortable, LTD en nette amélioration
Le ratio LCR s’avère très largement excédentaire, avec des actifs liquides estimés à 3,8 Md DT, soit un LCR de l’ordre de 600 % — très au-dessus du minimum de 100 %. Le ratio Loan-to-Deposit (LTD) s’améliore nettement : les crédits nets ne représentent plus que 69,1 % des dépôts en 2025, contre 85,7 % en 2024. Ce recul résulte d’une combinaison de croissance des dépôts (+9,7 %) et de contraction du portefeuille de créances nettes (-11,6 %). Si cette évolution améliore la position de liquidité, elle soulève en parallèle la question de la capacité de la banque à transformer ses ressources en crédits productifs.
– PNB en hausse de 7,5 % — mais porté à 62 % par les revenus de titres
Le Produit Net Bancaire 2025 progresse de 7,5 %, passant de 649,7 MDT à 698,6 MDT. Le total des produits d’exploitation bancaire (PEB) s’élève à 1 452,5 MDT, face à des charges d’exploitation bancaire (CEB) de 754 MDT — en légère baisse de 0,6 % grâce à un contrôle des coûts de refinancement.
La décomposition du PEB révèle cependant une réalité préoccupante sur la structure des revenus. Les intérêts et revenus assimilés (PR1) représentent 882 MDT soit 60,7 % du PEB — en recul relatif. Les commissions en produits (PR2) contribuent pour 136 MDT (9,4 %). Les gains sur portefeuille-titres commercial et opérations financières (PR3) apportent 80,9 MDT (5,6 %), quasi stables par rapport à 2024. Enfin, les revenus du portefeuille d’investissement (PR4) bondissent de +73,6 %, passant de 203,6 à 353,4 MDT, représentant désormais 24,3 % du PEB.
Au total, PR3 et PR4 combinés — soit les revenus tirés des titres détenus, essentiellement des bons du Trésor — représentent 62,2 % du PNB. Autrement dit, près des deux tiers du produit net bancaire de la STB ne proviennent pas de l’activité commerciale directe avec la clientèle, mais du portage de titres d’État. Cette structure révèle une banque dont le moteur de revenus est davantage celui d’un investisseur obligataire que celui d’un intermédiaire financier classique — une réalité qui soulève des questions de fond sur la stratégie de transformation des dépôts en crédits productifs.
– Cost/Income Ratio : 50,4 %, efficience opérationnelle correcte
Le ratio charges d’exploitation sur PNB s’établit à 50,4 % — un niveau raisonnable pour une banque tunisienne de cette taille. Les frais de personnel (238 MDT) représentent le poste le plus lourd, suivis des charges générales d’exploitation (97,8 MDT) et des dotations aux amortissements (16 MDT). La légère baisse des charges bancaires (-0,6 %) contribue positivement à la maîtrise du coût d’exploitation.
– ROE en chute : de 6,43 % à 4,91 %
C’est le signal le plus préoccupant de l’exercice. Le résultat net recule de 82,5 MDT à 65,9 MDT (-20,1 %). La rentabilité des capitaux propres (ROE) tombe de 6,43 % à 4,91 %, tandis que la rentabilité des actifs (ROA) s’établit à 0,43 %. Ces niveaux demeurent faibles au regard des standards régionaux. Deux facteurs expliquent cette dégradation : la forte progression des dotations aux provisions pour créances douteuses (+33,8 %, à 268 MDT), et l’érosion des marges d’intérêts pures sur le crédit clientèle. En 2024, par ailleurs, un impact exceptionnel lié à des modifications comptables (-18,8 MDT) avait pesé sur le résultat, rendant la comparaison à la baisse encore plus marquée.
– Qualité du crédit : taux de créances classées à ~20 %, couverture insuffisante
Le portefeuille brut de créances s’élève à 10,86 Md DT. L’écart entre brut et net (2,22 Md DT) donne un taux de créances classées estimé à 20,4 %. Ce niveau est couvert à 64,3 % par les provisions constituées (1,43 Md DT) — en deçà du seuil réglementaire BCT de 70 %. Le solde est couvert par des agios réservés (0,77 Md DT) et des garanties. Ce gap de couverture reste un point de vigilance structurel.
– Division des risques : le point rouge de l’OCT
Les commissaires aux comptes signalent explicitement un dépassement du seuil réglementaire de concentration. L’article 51 de la circulaire BCT n° 2018-06 limite les engagements envers une seule contrepartie à 25 % des fonds propres nets, soit environ 336 MDT. Or, l’Office du Commerce de la Tunisie affiche des engagements de 1 573 MDT auprès de la STB — plus de quatre fois le plafond. Les créances sur entités publiques représentent globalement 2 421 MDT (19 % du portefeuille), en baisse de 12 % mais toujours très concentrées.
– Une banque sous perfusion obligataire, en attente de transformation
La STB de 2025 n’est pas une banque en crise aiguë. Sa solvabilité est satisfaisante, sa liquidité confortable, et son bilan croît. Mais 62 % de son PNB proviennent de revenus de titres, son portefeuille crédit se contracte, et sa rentabilité s’affaiblit. La dépendance aux bons du Trésor pour soutenir le compte de résultat illustre parfaitement la tension entre la mission de financement de l’économie réelle attendue d’une banque publique et la logique de sécurité financière à court terme. Pour une institution dont 71,7 % du capital appartient à l’État, l’enjeu dépasse le diagnostic financier : c’est la question du modèle économique d’une banque publique dans une économie tunisienne en quête de croissance.








