Le marché publicitaire tunisien a enregistré 24,13 millions de dinars hors taxes d’investissements publicitaires au mois de juin 2026, selon les données de Mediascan reprises par la newsletter Med News. La progression affichée est de 8% par rapport à mai. Le chiffre paraît flatteur. Comparé à juin 2025, il recule pourtant de 1%. Voilà le premier enseignement de ce mois. La hausse mensuelle masque une stagnation, voire un léger tassement, sur un an. La comparaison séquentielle rassure, la comparaison annuelle tempère.
– Presse écrite, le seuil de l’insignifiance chez les annonceurs
La répartition par média confirme une structure très concentrée. L’affichage conserve sa position de premier support avec 11,13 MDT, soit 46% du total. La télévision suit avec 8,74 MDT et 36% de part. La radio capte 3,96 MDT, soit 16%. La presse écrite ferme la marche, réduite à 308 351 dinars, à peine 1% du marché. Ce dernier chiffre mérite que l’on s’y arrête. La presse ne pèse plus rien dans l’allocation publicitaire tunisienne. Un pour cent, c’est le seuil de l’insignifiance statistique. Pour un secteur qui fut longtemps un pilier du financement des médias, le signal est sévère, et il ne date pas de ce mois.
La dynamique interne du mois profite surtout à la télévision et à la radio, tandis que l’affichage reste étale, en très léger repli. Autrement dit, la croissance mensuelle du marché repose sur les supports audiovisuels, pas sur le média dominant. L’affichage tient sa place par le volume acquis, non par sa progression.
– Ooredoo, reine des IP
Côté annonceurs, Ooredoo TN s’installe en tête du mois avec 1,38 MDT d’Investissements Publicitaires (IP). Sa ventilation est instructive. L’opérateur consacre 43% de ses dépenses à la télévision, 29% à la radio, 22% à l’affichage et 6% à la presse. Ce profil, très audiovisuel, contraste avec la structure globale du marché dominée par l’affichage. Les télécoms achètent de l’audience de masse et de la répétition sonore, là où d’autres secteurs achètent de la visibilité urbaine.
L’analyse sectorielle éclaire cette logique. L’alimentation domine largement, avec 6,97 MDT et 29% des investissements globaux. SICAM y figure en premier annonceur, avec 965 876 dinars, soit 14% du secteur. Les télécommunications arrivent en deuxième position avec 3,18 MDT et 13% du marché, Ooredoo en tête à 43% du secteur. Les services suivent avec 2,58 MDT et 11%, portés par Glovo et ses 576 986 dinars. Ces trois secteurs concentrent à eux seuls plus de la moitié des investissements du mois. La dépendance du marché à quelques grands comptes reste forte, ce qui le rend sensible au moindre arbitrage budgétaire de ces annonceurs.
– Les TV privées dépassent les publiques, par le réchauffé
Sur le front des audiences, la télévision affiche une pénétration globale qui progresse d’une semaine à l’autre, autour de 49 à 54%. Le classement des chaînes confirme la domination de la fiction et de la rediffusion. Nessma El Jadida prend la première place, portée par les rediffusions de « Nsibti Laaziza 6 » et le feuilleton « El Galb Ikhtar », ce dernier culminant à 17,9% d’audience moyenne. Watania 2 suit grâce au sitcom « Choufli Hal ». Watania 1 complète le podium avec son journal de 20 heures. Le constat est net. Ce sont les contenus anciens et rediffusés qui tirent les audiences, pas la nouveauté. Le marché publicitaire s’adosse ainsi à un patrimoine télévisuel amorti plutôt qu’à une production fraîche.
En somme, juin 2026 livre un marché en croissance apparente mais en recul annuel, structurellement concentré sur l’affichage et l’audiovisuel, dépendant d’une poignée de secteurs et d’annonceurs, et adossé à des audiences de rediffusion. La presse écrite, elle, poursuit sa marginalisation. Le mois est correct. La tendance de fond, elle, invite à la vigilance.








