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Tunis : Marzouki dilapide l’argent de l’Etat pour sa candidature aux présidentielles (Vidéo)

Voici, d’abord, ce que dit la loi électorale tunisienne concernant les élections présidentielles. Ainsi peut-on lire, dans l’article 49 de cette loi, que «la campagne est soumise aux principes fondamentaux suivants : La neutralité de l’administration et des lieux de culte, l’impartialité des médias nationaux, la transparence de la campagne électorale au niveau des sources de financement et des procédés d’utilisation des fonds y affectés, l’équité et l’égalité des chances entre tous les candidats, le respect de l’intégrité physique, de l’honneur et de la dignité des candidats et des électeurs, le respect de l’intégrité de la vie privée et des données personnelles des candidats la non-incitation à la haine, au fanatisme et à la discrimination».

– Une contravention, claire et publique, des restrictions de la loi électorale.

C’est ensuite dans l’article 50 du même texte que l’on peut lire avec plus de précision, que «il est interdit de distribuer des documents, de diffuser des slogans ou des discours liés à la propagande électorale ou au référendum, et ce, quelle que soit sa forme ou sa nature, au sein de l’administration publique ainsi qu’aux établissements et aux entreprises publiques, par le chef de l’administration, ses agents ou fonctionnaires ou les personnes s’y trouvant ».

Il est indiscutable que l’institution de la présidence de la République est une institution publique et qu’elle émarge du budget de l’Etat, c’est-à-dire qu’elle est financée par les deniers publics ou l’argent de tous les Tunisiens. Des deniers que les premiers responsables de l’Etat doivent sauvegarder et n’utiliser qu’à des fins de service public.

Or, sur la page Facebook qu’il a dédiée à sa propre campagne électorale, on peut voir le candidat Moncef Marzouki, derrière un bureau à la présidence de la République et devant un ordinateur et tout ce qui va avec, de la Présidence de la République, conversant comme un Tchateur chevronné, avec ses les visiteurs de la page FB consacrée à sa propre campagne électorale, sous le slogan de «nous vaincrons ou nous vaincrons ». Jusque-là, cela pourrait n’avoir rien d’anormal. Quoi de plus normal, en effet, que de voir un chef de l’Etat entretenant des liens avec ses concitoyens sur les réseaux sociaux. Mais ne voici-t-il pas que Moncef Marzouki, manifestement inconscient de sa bavure ou peut-être bravant insouciamment la loi, parle et donne les preuves qu’il le fait pour sa propre campagne aux présidentielles du 23 novembre 2014.

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«A l’occasion de cette campagne électorale [ndlr : le sienne pour les présidentielles de 2014], je voudrais vous annoncer le programme qu’on a appelé Sans Barrières, où vous pourrez poser toutes vos questions [ndlr : A propos de sa candidature et de son programme] en toute liberté et j’y répondrai en toute liberté et spontanéité. Et, si Dieu le veut, ces réponses pourront vous aider à prendre la bonne décision [ndlr : pour voter Moncef Marzouki] ». Il donne ensuite l’adresse Twitter de sa page, en indiquant que «je serai quotidiennement présent [Ndlr : comme s’il n’avait rien d’autre à faire à ce haut poste], pendant toute la campagne électorale, et cela sera une occasion pour mieux nous connaître et répondre à vos questions». La conclusion est claire et nette : Moncef Marzouki, le candidat à sa propre succession, y utilise les biens et les moyens de l’Etat. Il contrevient ainsi clairement à la loi et tombe directement sous le coup de l’article 50 de la loi électorale. Ce faisant, le chef de l’Etat donne le meilleur exemple du souci des deniers publics et de la mauvaise gestion du budget de la Présidence de la République et donc du budget de l’Etat.

On pourra y adjoindre la remarque déjà relevée par l’unité de contrôle des financements des campagnes électorales à l’ISIE comme elle l’a certifiée à Africanmanager, l’utilisation des véhicules de la présidence de la République pour des déplacements, strictement inhérents à sa propre campagne électorale. On pourrait même y ajouter que le directeur de sa campagne reste aussi, malgré la nomination d’un autre porte-parole de la Présidence, employé de l’institution publique de la présidence et son salaire émarge sur le budget de l’Etat. A l’ISIE, on nous certifie pourtant que, comme tous les candidats, Moncef Marzouki bénéficie d’une prime de 75 mille DT.

– A l’ISIE, «silence, on tourne».

Ce sont toutes ces remarques que nous avons portées à Soufiene Ben Abid, le chef de l’Unité de contrôle des financements des campagnes électorales, qui les a toutes confirmées. «Nous avons pris note de l’existence de quelques unes de vos remarques et on prendra note d’autres choses, dans le contenu de vos remarques. Tout ce que vous dites est consigné dans nos rapports. A la réunion du Colisée [Lieu où a été lancée la campagne de Moncef Marzouki], nous avons pris note des moyens utilisés dans cette campagne et il y des décisions qui sont en cours et peut-être des répercussions s’il s’avère que ces irrégularités revêtent un caractère fondamental et décisif (… sur le déroulement de la campagne)», nous indique Soufiene Ben Abid. Le chef de l’Unité de contrôle du financement à l’ISIE avoue cependant l’incapacité de l’Instance indépendante des élections à prendre des sanctions, dont le contrôle ne concernera, in fine, que les vainqueurs des élections. A le comprendre donc, l’ISIE suit et veille, même si elle ne peut pour l’instant rien faire, sauf peut-être, comme le dira Soufiene Abid sans vouloir entrer dans le détail, lancer des avertissements. Et à la question de savoir si l’ISIE a émis un avertissement à Moncef Marzouki, S. Abid se retranche derrière l’obligation de réserve, tout en précisant que « si nous le faisons, on n’est pas obligés d’en avertir la presse ou de le faire savoir même». Il finit par nous avouer que l’ISIE a adressé plus de mille avertissements à certains des candidats des législatives, puis invoque de nouveau l’obligation de réserve. Il s’agit pourtant de dilapidation de deniers publics et leur utilisation, à des fins personnelles, alors qu’il disposait déjà de 75.000 DT au titre de la prime électorale !

Khaled Boumiza

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