AccueilLa UNETunis : Opération de Chebaou : plusieurs pièges déjoués à la fois

Tunis : Opération de Chebaou : plusieurs pièges déjoués à la fois

Mehdi Jomâa s’est déplacé, aujourd’hui vendredi 24 octobre 2014, à la caserne de la garde nationale de l’Aouina pour congratuler l’unité spéciale de la garde nationale de Bir Bouregba qui a exécuté l’assaut contre le groupe terroriste. Il était accompagné par Lotfi Ben Jeddou ministre de l’Intérieur et Mounir Ksiksi commandant de la garde nationale.

Mahdi Jomâa a présenté au début de son allocution, ses condoléances à la famille de Achraf Ben Aziza le qui est tombé en martyre au cours de l’opération, ainsi qu’à tout le corps sécuritaire pour cette perte, et a prié Dieu pour que l’âme d’Achraf Ben Aziza repose en paix. Il a ensuite félicité les membres de l’unité spéciale pour le travail professionnel accompli qui a permis de venir à bout du groupe terroriste , en mettant l’accent sur le regard nouveau que porte le citoyen sur les forces de sécurité , et la conviction des Tunisiens que les forces de sécurité et l’armée nationale sont une garantie fondamentale pour la paix et la stabilité dans le pays.

Le coordinateur de l’opération a fait un exposé sur son déroulement et le cadre dans lequel elle a été exécutée : respect total de la dignité humaine, application stricte de la loi et attitude humaine envers les femmes et les enfants sur le terrain des opérations.

En fait, l’opération présentait déjà à son déclenchement de hauts risques. On était à 3 jours des élections, et le scrutin pouvait se ressentir de n’importe quel dérapage ou des mauvais effets des jugements sur le terrain. L’opinion publique qui a appuyé les forces de sécurité dans des opérations similaires, n’a pas été indulgente envers les bavures qui étaient constatées, ou le message médiatique parfois non approprié. Ces remontrances ont permis à la hiérarchie sécuritaire de mieux préparer ses troupes, d’affiner ses plans, et de véhiculer un message médiatique pertinent.

Au moment de l’opération, le pays comptait des centaines de journalistes et d’activistes politiques. Il est vrai qu’ils étaient mandatés pour suivre les élections, mais ils ne pourraient pas s’en tenir à cette mission si les choses prenaient une autre tournure. Ils sont attentifs à tout ce qui dit et se fait dans le pays, en cette période hautement chargée. Cela a rendu la marge de manœuvre des troupes sécuritaires encore plus étroite.

La présence d’un nombre si élevé de journalistes pourrait se révéler bénéfique si les choses se passaient bien ( y compris le scrutin), mais si elles tournaient mal, ils ne manqueraient pas de dire les quatre vérités à leurs opinions publiques. Leur présence sur le terrain ferait d’eux de bons témoins attentifs et portés vers la nuance, mais leur référentiel sur le monde musulman en ébullition, sur le printemps arabe qui sombre dans l’extrémisme et la violence et finit dans la guerre civile, comme un fleuve dans le sable, pourrait être activé dès que la violence éclate devant eux.

Or, les Tunisiens ont combattu depuis des mois ( depuis l’été 2013), pour envoyer au monde entier un seul message : notre pays n’est ni la Syrie , ni la Libye , ni le Yémen , ni l’Egypte , ni encore l’Irak. Et cette bataille était menée contre les forces politiques tunisiennes qui voulaient mettre le pays à la remorque de cette dynamique internationaliste d’obédience islamiste , mais aussi contre l’amalgame des occidentaux qui semblaient regretter d’avoir considéré, pendant des décennies, la Tunisie comme un pays à part, et apprécié ses approches toujours spécifiques , pour finir après l’avènement du printemps , de la ranger dans la catégorie des autres pays précités.

On imagine que toutes ces considérations ont pesé sur les responsables sécuritaires et sur les hommes de terrain, au cours de cette opération. Mais il n’y a pas que ces éléments-là. Il y a la configuration du terrain. Les affrontements vont avoir lieu dans un quartier populaire en plein village et contre un groupe terroriste, formé entre autres de femmes et d’enfants. C’est un véritable piège qu’il fallait déjouer. Et on a assisté à un plan bien fait qui a conduit à déstabiliser le groupe, pour rendre ses réactions inefficaces , à neutraliser sa capacité de nuisance et à le scinder pour que ses membres se désolidarisent de manière à ce qu’au paroxysme de l’action (au moment de l’assaut) chacun agira, malgré l’embrigadement à outrance, selon ses intérêts propres et de sorte qu’il y ait des survivants surtout parmi les femmes et les femmes.

Le plan a marché, la stratégie a porté et plusieurs pièges ont été déjoués à la fois, c’est ce qui explique en partie les réactions positives des Tunisiens à l’issue de l’opération (voir vidéo).

Aboussaoud Hmidi

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