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Tunisia Economic City : Miroir aux alouettes ou nouvelle promesse de Gascon ?

Toute la Tunisie avait rêvé, lorsque les Emiratis de Sama Dubaï avaient montré les images de leur faramineux projet à 25 milliards de dollars. Le rêve s’est pourtant évaporé sous l’effet du souffle froid d’une crise financière arabe et le projet ne fera pas long feu. Inauguré en grande pompe en juillet 2007, le projet «Porte de la Méditerranée » meurt dans les cartons en janvier 2009. Il n’en reste que les ruines de la salle de vente, à la sortie Sud de la capitale et des conventions et accords qui n’ont toujours pas été abrogés.

Cinq année après l’enterrement de Sama Dubaï, voici le nouveau mégaprojet saoudien de… 50 milliards USD (inflation et effet change obligent) d’un richissime Tunisien, dont personne n’avait entendu parler auparavant, qui était entouré d’un Emir saoudien et d’une ribambelle de conseillers de toutes nationalités. A bien regarder les composantes des deux projets, on croirait volontiers que c’est le même, à part le lieu qui a changé, de Tunis vers Enfidha.

De Dubaï à l’Arabie Saoudite, de «Mediterranean Gate » à «Tunisia Economic City », beaucoup de similitudes pour un seul projet qui passe de Tunis à Enfidha.

Sans vouloir mettre en cause la volonté de ce nouvel investisseur de concrétiser ses promesses mirobolantes et de construire toute une nouvelle ville ex nihilo, il y a lieu de faire quelques remarques et d’attirer l’attention sur quelques étranges similitudes.

– Similitudes de la conjoncture politique. Hier Ben Ali, aujourd’hui Ben Jaafar !

Lorsque Sama Dubaï avait inauguré son projet, le régime de Ben Ali était alors à court d’idées, l’économie tunisienne à court de croissance et le RCD qui préparait activement les élections présidentielles à court de promesses pour garantir les 99,99 % au Chef Ben Ali.

L’annonce du projet «Tunisia Economic City» intervient à quelques jours seulement des deux plus grandes élections jamais organisées en Tunisie. Lors de la séance de présentation du projet, dont l’investisseur aurait pourtant rencontré le Chef du gouvernement à La Kasbah, les promoteurs avaient choisi un homme politique, Mustapha Ben Jaafar, un homme de l’ancienne troika gouvernante dont le parti se présente aux législatives et lui-même aux présidentielles. Le choix de coller ce projet à l’image d’un Ben Jaafar qui ne s’était pas privé de donner interviews et déclarations média à ce sujet, était-il fortuit ? S’il l’est, la coïncidence restera quand même une gaffe politique. Les mauvaises langues diront, dans les coulisses de l’hôtel où s’était déroulée ce mardi 9 septembre 2014 la présentation du projet, que les Saoudiens voulaient peut-être ainsi désigner leur candidat !

Pour éviter de faire une semblable gaffe et pour éviter toute possible récupération politique de «Invest in Tunisia », Mehdi Jomaa avait pourtant exclu tous les partis politiques et les deux présidences (ANC et République) d’une rencontre internationale aux multiples personnalités mondiales et qui promettait 7 milliards DT.

– Disparité de la conjoncture, administrative, sociale et de faisabilité.

Lorsque Ben Ali avait décidé de dire oui aux Emiratis de Sama Dubaï, le gouvernement était conscient des énormes défis, administratifs surtout, pour la réalisation d’un tel projet où les parties prenantes sont aussi nombreuses que le sable des plages. C’est pour cela qu’il a créé la haute commission des grands projets. Une poignée de hauts cadres qui n’avaient de comptes à rendre qu’au chef de l’Etat dont le seul nom était alors capable d’ouvrir toutes les portes, de faciliter toute décision quel que soit son niveau de difficulté. Une structure aussi, supra-ministérielle dont les avis deviennent des lois. Qui peut maintenant créer une telle structure, pourtant nécessaire pour réaliser ce projet dont le coût est le double de celui de Sama Dubaï ? Qui le pourra, dans une année ou plus, sous un régime parlementaire où l’adoption d’un simple petit projet de loi pourrait prendre des années et où chef d’Etat et Chef de gouvernement seront obligatoirement des frères ennemis ?

Lorsque l’ancienne Tunisie avait applaudi les «Sama Dubaï» et autres «Bukhatir» et «Gulf Financing House», elle était gouvernée par une seule personne et par une autorité forte. Il n’y avait alors ni grèves, encore moins des préavis de grèves, ou de sit-in. La centrale syndicale n’était pas partie prenante au pouvoir, mais plutôt simple partenaire économique dont le rôle se limitait, comme d’ailleurs pour le reste des organisations syndicales, à faciliter l’exécution du plan quinquennal ou du budget économique annuel. Qui, comme se le sont demandés les investisseurs étrangers lors de la rencontre «Invest In Tunisie, a Start-up Democracy», pourra certifier à ce nouvel investisseur qu’il n’y aura aucun sit-in sur les terres de son prochain projet ? Qui pourra lui certifier qu’il n’y aura pas des grèves à répétition pour demander des augmentations salariales et autres primes dans un projet où le coût de la main d’œuvre est capital ? En un mot, qui pourra lui certifier que l’UGTT facilitera son travail ?

Enfin, lorsque Ben Ali était au pouvoir, il avait tous les pouvoirs pour vendre des terres tunisiennes à des étrangers, à petits prix ou même au millime symbolique et de peser de tout son poids pour faire adopter les textes de loi et les conventions qui permettaient cela. L’ANC ou la prochaine Assemblée du Peuple le permettra-t-elle désormais ? Qui aura aussi le courage de changer la vocation des milliers d’hectares de terres agricoles nécessaire à ce projet ?

Lors de la présentation du projet, les fondateurs et leurs spécialistes parlaient de l’Etat tunisien comme d’un partenaire dans la future société en charge du projet. Du temps de l’ancien régime, les hauts cadres de l’Etat tunisien avaient exigé que les promoteurs soient actionnaires à plus de 50 % sur les prochaines 10 années du projet pour garantir la stabilité du capital et éviter toute malversation. Ils exigeaient aussi que les promoteurs ne prennent aucun sous sur le marché tunisien et investissent leurs propres devises s’ils sont sérieux pour éviter l’ardoise de 150 MDT auprès des banques tunisiennes, du projet de l’autre saoudien Ghaïth Faraon. Qui fera l’infrastructure extra- muros pour cette nouvelle immense ville qui aura besoin d’une centrale électrique à part alors que les difficultés financières de la Tunisie s’annoncent pour de longues prochaines années ?

Toutes ces questions, même prématurées, ainsi que le fait qu’aucun des trois anciens grands projets étrangers (Port de la Méditerranée, Port financier de Tunis et Sport City) n’a jusqu’ici vu le jour, semblent indiquer que ces 50 milliards USD, pourraient n’être qu’un simple effet d’annonce et un simple songe d’une nuit d’été.

Khaled Boumiza.

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