Désavantagée, voire lésée, la Tunisie ne voit plus dans l’accord de partenariat qui le lie à l’Union Européenne les mérites dont elle espérait s’assurer lors de sa conclusion voici une trentaine d’années.
Les observateurs affirment que la Tunisie n’a pas, en effet, tiré les bénéfices escomptés de l’accord, arguant d’un manque flagrant de parité sur les plans logistique et financier, notamment dans les domaines liés à la gestion des migrations et aux flux d’investissement.
Au demeurant, le président Kaïs Saïed a appelé à une révision de l’accord de partenariat global avec l’Union européenne, le qualifiant d’injuste et déséquilibré. Ces propos témoignent des pressions nationales et géopolitiques croissantes, explique The Arab Weekly, se référant à l’entretien téléphonique que le chef de l’Etat tunisien a eu avec le président français Emmanuel Macron, où il appelé à ce que ledit accord soit « plus équilibré, juste et équitable ». Il a également souligné que la Tunisie restait déterminée à recouvrer les « fonds volés », insistant sur le fait que ces actifs appartiennent au peuple tunisien et ne doivent pas être perdus en raison de retards juridiques ou de complexités procédurales qui, jusqu’à présent, n’ont abouti à aucun résultat.
Ce cadre de partenariat, qui a évolué au fil des décennies, a été initialement établi comme un accord de coopération en 1995 et entré en vigueur en 1998 ; il a été modernisé en 2012 et renforcé en 2023 par un mémorandum d’entente stratégique portant sur le commerce, la coopération énergétique et la gestion des migrations. Malgré cette relation de longue date, les autorités tunisiennes remettent désormais ouvertement en question son équilibre et son efficacité.
Les observateurs, cités par The Arab Weekly, font valoir que la Tunisie n’a pas tiré les bénéfices escomptés de l’accord, notamment en raison d’un manque flagrant de parité sur les plans logistique et financier, en particulier dans les domaines de la gestion des migrations et des flux d’investissement. L’UE demeure le premier partenaire commercial de la Tunisie, absorbant environ 70 % de ses exportations. Pourtant, les critiques estiment que cette relation ne s’est pas traduite par un niveau d’investissement ou de soutien au développement équivalent.
En Tunisie, des voix politiques laissent entendre que la position de Saied est également influencée par des dynamiques régionales et internationales plus larges, la montée des tensions au Moyen-Orient rendant plus urgente la nécessité de réexaminer les cadres existants. Certains analystes estiment que le contexte actuel pousse la Tunisie à envisager des mécanismes d’aide d’urgence similaires à ceux mis en place lors de la crise de la COVID-19 en 2020.
Saïed a également insisté sur la nécessité d’une coopération renforcée concernant le retour volontaire des migrants en situation irrégulière. Il a déclaré que la Tunisie avait « beaucoup donné » et qu’elle était elle-même victime de ce qu’il a qualifié de système économique mondial injuste, ainsi que de réseaux criminels opérant en Afrique subsaharienne et en Méditerranée et exploitant la vulnérabilité des migrants. Il a exhorté les organisations internationales et les pays du Nord à assumer pleinement leurs responsabilités, réaffirmant que la Tunisie avait toujours refusé de servir de pays de transit ou de centre d’installation pour les migrants.
Pour un cadre de légitimité internationale renouvelé
Les deux dirigeants ont également évoqué la nécessité de travailler à la mise en place d’un cadre de légitimité internationale renouvelé. Saïed a fait valoir que l’ordre mondial d’après-guerre s’était progressivement érodé. Les deux parties ont souligné l’importance de développer de nouveaux concepts et approches pour remplacer les modèles obsolètes qui ne correspondent plus aux réalités actuelles.
En Tunisie, les analystes estiment que le problème fondamental réside dans les déséquilibres structurels au sein du partenariat, notant qu’il existe un « réel problème d’inégalité des chances » entre la Tunisie et l’UE, notamment en matière d’investissement économique et de politique migratoire, l’UE profitant largement des accords migratoires, et la Tunisie supportant une charge logistique et financière disproportionnée.
La question des ressortissants tunisiens à l’étranger occupe également une place importante dans le débat. Avec environ 1,5 million de Tunisiens vivant à l’étranger, les analystes estiment qu’une meilleure protection et une reconnaissance professionnelle devraient être accordées aux migrants qualifiés, en particulier les ingénieurs et les médecins, dont les contributions sont de plus en plus reconnues dans les pays d’accueil.
La Tunisie continue de constituer un point de départ important pour les ressortissants tunisiens et les migrants africains qui tentent de dangereuses traversées maritimes vers l’Europe.








