Une étape décisive vient d’être franchie pour l’avenir de l’agriculture africaine, à travers l’adoption par 20 pays africains, d’une déclaration historique visant à sécuriser la souveraineté semencière paysanne sur le continent, à l’issue de la 4e Conférence panafricaine sur la gouvernance semencière, tenue du 2 au 4 juin à N’Djamena, au Tchad.
Réunis sous l’égide de l’Alliance pour la Souveraineté Alimentaire en Afrique (AFSA), des chercheurs, parlementaires et organisations paysannes ont affirmé l’urgence de protéger les Systèmes Semenciers Paysans (SSP) qui constituent l’épine dorsale de l’agriculture continentale, fournissant 90 % des semences utilisées par des millions d’agriculteurs mais qui font face à des menaces grandissantes : des législations restrictives, la concentration des entreprises du secteur et l’émergence de technologies numériques qui risquent de transformer le patrimoine biologique africain en actifs privés
Appel à des réformes législatives et budgétaires
La Déclaration de N’Djamena exhorte les États membres de l’Union africaine (UA) à développer des lois sur les semences et une législation sur la protection des obtentions végétales qui renforcent les pratiques coutumières des paysans.
Les communautés économiques régionales sont également appelées à veiller à ce que le cadre politique des SSP de l’UA protège explicitement les droits des paysans et prévienne toute ingérence réglementaire excessive. Les gouvernements devraient par ailleurs inclure les systèmes semenciers paysans dans les plans nationaux d’investissement agricole, les stratégies d’adaptation climatique et les budgets publics avec des financements dédiés.
Réorienter les investissements vers l’agroécologie
Les signataires de la déclaration appellent les bailleurs de fonds et les institutions de financement du développement à rompre avec les modèles à forte intensité d’intrants pour aligner leurs investissements sur l’agroécologie, la conservation de la biodiversité et l’innovation menée par les paysans.
Parallèlement, les parlementaires sont exhortés à défendre des réformes juridiques garantissant un contrôle démocratique des politiques relatives aux semences, aux biotechnologies et à la gouvernance des données.
La déclaration se clôture par des engagements concrets pour le renforcement d’alliances pour la souveraineté semencière à travers l’Afrique, le soutien des banques de semences communautaires et les initiatives de sélection menées par les paysans et la promotion des cadres juridiques et financiers qui renforcent les systèmes semenciers paysans.
Les différents acteurs s’engagent aussi à surveiller la mise en œuvre du Cadre politique des SSP de l’UA, à œuvrer pour la protection des droits des paysans à l’ère numérique et à militer pour une gouvernance équitable des Informations sur les Séquences Numériques et la souveraineté africaine en matière de données.
Adoption de la « Déclaration de N’Djamena » visant à sécuriser la souveraineté semencière paysanne sur le continent
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