Par sa dépendance croissante aux hydrocarbures importés, la Tunisie risque de subir une dégradation de ses comptes extérieurs en cas de hausse durable des prix mondiaux de l’énergie. Alors que sa consommation de produits pétroliers et de gaz naturel atteignent des niveaux historiquement élevés, et que son taux d’indépendance énergétique s’est dégradé depuis trois décennies jusqu’à tomber à 35% en 2025 (graphique ci-joint), la Tunisie a dû importer ces dernières années des volumes croissants d’hydrocarbures qui ont alourdi sa facture énergétique externe (env. 14 Mds DT/an depuis 2022, soit 7% du PIB), qui représentait plus de la moitié du déficit commercial en 2025, ce qui accentue la vulnérabilité de la balance des paiements à un choc sur les prix énergétiques.
Sur la base des volumes d’hydrocarbures (gaz naturel, pétrole brut et produits raffinés) importés en 2025, des simulations montrent qu’un choc durable aurait un impact significatif sur le solde courant, que l’on peut estimer entre 0,5 point de PIB (avec un baril à 80$ en moyenne sur l’année mais sans hausse de prix du gaz) et 2,5 points de PIB (avec un baril à 100$ et une hausse de 25% de la facture de gaz naturel) ; toutes choses égales par ailleurs, les réserves de change perdraient l’équivalent de 4 à 20 jours d’importations.
Certains leviers pourraient être actionnés pour atténuer ces effets sur le niveau des réserves, comme une modération des importations de certains produits ou la mobilisation de nouveaux emprunts en devises. A contrario, ces scenarios seraient aggravés par certains effets de second tour, tels qu’une dépréciation du dinar par rapport au dollar, suite au creusement du déficit courant et à la baisse des réserves, ou encore en cas de baisse des recettes touristiques en devises qui résulterait d’un ralentissement du tourisme international.
En raison du subventionnement par l’Etat des produits de base et de l’énergie, le déficit public pourrait se creuser en cas de hausse durable des prix de l’énergie et d’inflation importée. En effet, alors que la LFI 2026 est construite sur un prix annuel moyen du baril à 63$, 1$ de hausse supplémentaire génère un coût budgétaire de 162 M TND/an (environ 48 M€, soit 0,1 point de PIB). En conséquence, un scenario de Brent à 80$ pendant une année entrainerait un surcoût de dépenses publiques de 1,5 point de PIB, le déficit public passant alors de 5,9% du PIB dons inclus (prévision de la LFI) à 7,4% du PIB ; un scenario plus défavorable avec un prix moyen annuel à 100$ pourrait porter le déficit public jusqu’à à 9,1% sans autres mesures correctives.
Différentes mesures budgétaires pourraient réduire l’impact, comme une réduction temporaire du niveau de subventions à l’énergie, de nouvelles mesures de consolidation portant sur les recettes ou les dépenses, ou encore un lissage pluriannuel du paiement des subventions de compensation aux entreprises publiques du secteur énergétique. Par ailleurs, une inflation des prix alimentaires pèserait également sur les dépenses publiques via le système de subventions aux produits de base.
Si une éventuelle paralysie des échanges de biens entre le Golfe persique et la Tunisie n’aurait pas de conséquences majeures directes (ces pays ne représentent que 1,4% des exportations tunisiennes et 2,1% de ses importations en 2025, et ne lui fournissent pas de produits énergétiques), l’économie tunisienne pourrait cependant subir les effets logistiques et énergétiques de second tour d’une crise prolongée. En effet, la production d’électricité nationale repose à 94% sur le gaz naturel, dont les trois quarts sont importés d’Algérie.








